Emmanuel Macron a énoncé lundi huit priorités pour la prochaine Conférence des Nations unies sur l’Océan, prévue en juin au Port de Nice. Parmi elles figurent l’entrée en vigueur de l’accord sur la gouvernance de la haute mer, la fin de la surpêche mondiale et la défense de la science face à sa remise en cause aux États-Unis.
Adopté en mars 2023 à l’ONU, l’accord portant sur « la conservation et l’utilisation durable » de la haute mer a été signé par 110 États, mais seuls 21 l’ont, à ce jour, ratifié.
« L’objectif pour Nice, c’est d’atteindre au moins 60 ratifications afin de permettre son entrée en vigueur. Nous n’y sommes pas encore (…) Un travail considérable reste à accomplir », a admis le président français lors du sommet « SOS Océan » organisé à Paris.
« Il faut rendre possible un espace de gestion durable de la haute mer et de ses ressources », a-t-il souligné, insistant sur la nécessité de créer des aires marines protégées et de renforcer les études d’impact environnemental.
Emmanuel Macron a également réaffirmé l’urgence de lutter contre la « pêche illégale, illicite et non déclarée », qui représente encore entre 10 et 20 % de la production mondiale, selon lui.
« À l’Organisation mondiale du commerce (OMC), nous sommes nombreux à œuvrer pour que l’accord mettant fin aux subventions à la pêche illégale soit ratifié avant la conférence de Nice », a-t-il précisé.
Le président de la République ambitionne aussi d’obtenir des « résultats concrets » sur la décarbonation du transport maritime, avec pour objectif une neutralité totale d’ici 2050. Cela implique, selon lui, des « investissements massifs » dans la transition vers des carburants durables.
Il a insisté sur la nécessité d’une « mobilisation de nouveaux financements » dédiés à l’électrification des ports, à la recherche et à l’innovation.
« Nous traversons une période où de nombreuses grandes puissances réduisent leurs financements à la recherche publique et remettent en cause la validité des résultats scientifiques », notamment en matière de biodiversité, a-t-il relevé, visant implicitement l’administration de Donald Trump.
La France défend un moratoire sur l’exploitation des grands fonds marins, en l’absence des « connaissances scientifiques nécessaires ». « Aucune action concernant l’océan ne doit être prise sans un éclairage scientifique », a martelé Emmanuel Macron.
« Nous avons la responsabilité (…) d’assurer le financement d’une recherche académique libre », qui permette « d’établir scientifiquement des résultats » et « d’adapter nos pratiques sur la base de ces faits avérés », a-t-il insisté.
Le sommet de Nice, qui réunira des dizaines de chefs d’État entre le 9 et le 13 juin, sera précédé d’une conférence scientifique rassemblant 2 000 chercheurs issus d’une centaine de pays, du 3 au 6 juin.
Emmanuel Macron entend aussi « remobiliser sur (l’objectif des) 30 % de protection de nos océans » d’ici 2030, alors que « nous sommes encore loin du compte avec 8,5 % ». Il s’engage à atteindre « 12 % de protection de nos zones économiques exclusives » d’ici la conférence de Nice.
Concernant la lutte contre la pollution plastique, où les avancées restent insuffisantes, le président français estime que la conférence devra « mobiliser les États les plus ambitieux », notamment ceux bordant la Méditerranée.
Les ONG, quant à elles, exhortent la communauté internationale à dépasser le stade des déclarations.
« Le président Macron devrait rappeler aux dirigeants qu’ils ne peuvent se contenter de nouvelles promesses », a estimé Enric Sala, directeur du projet « Pristine Seas » à la National Geographic Society.
« Il reste de l’espoir. La fenêtre est encore ouverte (…) mais elle se referme rapidement », a averti Johan Rockstrom, directeur de l’Institut de Potsdam pour la recherche sur l’impact climatique.
(Avec AFP)





