L’explosion d’un colis piégé a blessé lundi l’homme d’affaires ukrainien Vadim Ermolaev dans la Principauté de Monaco. Cet exilé fortuné de 58 ans, promoteur immobilier originaire de Dnipro, se retrouve au centre d’une affaire mêlant sanctions de Kiev et réputation sulfureuse.
- Lire aussi|Monaco : les polices française et monégasque traquent l’individu en fuite après l’explosion
En 2022, quelques mois seulement après le début de l’offensive russe, il descendait d’une Bentley sur les rivages de la Méditerranée. Vadim Ermolaev venait alors d’intégrer le bataillon Monaco, un groupe d’oligarques fuyant les combats pour un cadre plus clément, ironiquement baptisé ainsi par la presse de son pays.
Lundi, le quotidien de cet homme de 58 ans a basculé lorsqu’un colis piégé a explosé en Principauté. Ce résident local, installé sur la Côte d’Azur depuis au moins 2021, porte derrière lui un passé complexe, façonné dans les tumultes de l’espace post-soviétique.
Une fortune bâtie dans le béton ukrainien
Originaire de Dnipro, ce père de quatre enfants s’est enrichi prestement en profitant du chaos ayant suivi la chute de l’URSS en 1991. Il s’est imposé comme l’un des principaux promoteurs immobiliers de cette ville universitaire et industrielle du centre-est de l’Ukraine.
Son conglomérat, baptisé Alef, produit du béton et d’autres matériaux de construction, tout en développant des activités dans le vaste secteur agroalimentaire. Sa réussite financière lui a permis d’atteindre la 45e place des personnalités les plus riches de la nation.
Le magazine américain Forbes évaluait sa fortune personnelle à 220 millions de dollars au cours de l’année 2021. Sur place, un acteur économique interrogé sous couvert de l’anonymat décrit un entrepreneur « ambitieux, parti de rien ».
Cet informateur souligne un impact urbain majeur, affirmant que le milliardaire a « changé le visage de la ville » grâce à ses nombreux projets. Cependant, cette trajectoire ascendante s’accompagne d’une réputation tenace et nettement plus sombre.
« Il avait beaucoup d’ennemis, au point que, au fil des années, on aurait pu faire une file d’attente de gens prêts à lui tirer dessus », confie cette même source.
Monaco : ce microscopique royaume du luxe frappé par l’attaque à l’explosif d’une famille ukrainienne, une violence rarissime
— Nice-Presse · Top infos (@NicePresse) June 30, 2026
C’est à lire dans Nice-Presse ⬇️
https://t.co/1Vi4JcXrJD
Un passeport chypriote face aux impôts
L’homme d’affaires est également connu pour être l’un des soutiens financiers de l’importante communauté juive de Dnipro. Toutefois, il a choisi de renoncer à son passeport ukrainien en 2017 pour adopter la citoyenneté chypriote.
Cette pratique était répandue durant les années 2010 parmi les riches Russes et Ukrainiens afin de légaliser des capitaux ou de trouver un système juridique plus sûr.
« Pourquoi ? Je veux avoir une protection internationale. La justice ukrainienne n’est, pour le moins, pas idéale et la fiscalité pas objective », justifiait-il alors pour expliquer ce changement de nationalité.
Malgré cet exil administratif, il assurait poursuivre ses affaires sur ses terres natales et s’y rendre régulièrement. « J’aime notre Ukraine », déclarait-il, complétant son propos d’une promesse : « après la guerre, je compte développer mes entreprises en Ukraine ».
Son ancrage local a d’ailleurs subi les frais du conflit armé. Son avion personnel a été détruit lors d’un bombardement russe sur l’aéroport de Dnipro, une capitale régionale désormais située à une centaine de kilomètres de la ligne de front et jouant un rôle clé dans la défense.
Les tourments judiciaires n’épargnent pas non plus son cercle familial. Son fils, Artur Ermolaev, a été reconnu coupable de fraude en Estonie plus tôt cette année. Il a plaidé coupable d’avoir orchestré une escroquerie téléphonique aux faux investissements depuis l’Ukraine, détournant environ 100 millions d’euros.
Des sanctions présidentielles liées à la Crimée
Depuis décembre 2023, le président Volodymyr Zelensky a décrété des sanctions officielles d’une durée de dix ans à l’encontre du promoteur. Kiev accuse le quinquagénaire de maintenir des activités de négoce de vins et spiritueux sur la péninsule de Crimée.
Ce territoire étant annexé par Moscou depuis 2014, ces échanges commerciaux impliqueraient le paiement d’impôts à l’Etat russe, en pleine guerre.
Le résident monégasque conteste vigoureusement ces accusations. « Je ne possède et ne gère aucune entreprise en Crimée. C’est juridiquement et conceptuellement impossible », se défendait Vadim Ermolaev lors d’un entretien accordé en 2024.
Pour prouver sa loyauté, l’oligarque met en avant sa contribution directe à la défense face aux troupes russes. Il revendique avoir versé 83 millions de hryvnias, soit environ 1,6 million d’euros, pour l’effort de guerre ukrainien.
Menton-Presse avec dépêche






Commentez l'actualité
Vous ne pouvez plus réagir 20 jours après la publication de l'article. Les contenus insultants ou diffamatoires ne seront pas autorisés, idem pour la publicité et les liens web. En cas de problème ou de contenu illicite, contactez-nous.