Le prince Albert II de Monaco célèbre ce dimanche deux décennies de règne, au cours desquelles il s’est engagé pour la défense de l’environnement et s’est efforcé de redorer l’image de son micro-État, à la prospérité économique vertigineuse mais encore en difficulté face aux standards internationaux de transparence, tout en étant régulièrement secoué par des scandales.
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Sur son territoire escarpé de deux kilomètres carrés, niché sur la Côte d’Azur, où se mêlent climat méditerranéen, luxe, casino, tables étoilées, vues imprenables sur la mer, sécurité maximale et absence d’impôt sur le revenu ou sur les sociétés — sauf pour les citoyens français — l’attractivité reste forte.
L’immobilier y est le plus onéreux au monde, le produit intérieur brut s’élevait à 9,4 milliards d’euros en 2023, soit une progression de près de 50 % depuis 2014. Quant aux banques implantées sur le Rocher, elles géraient quelque 171 milliards d’euros d’actifs, selon les chiffres de l’Institut monégasque de la statistique et des études économiques (Imsee).
Une telle concentration de richesse sur un territoire aussi exigu, peuplé de moins de 40 000 habitants — dont à peine un quart sont de nationalité monégasque — a de quoi donner le vertige. Pourtant, dès son discours d’avènement en juillet 2005, Albert II posait un cap clair : « Argent et vertu doivent se conjuguer en permanence ».
« Le grand actif du prince Albert II, c’est cette impulsion », observe auprès de l’AFP Michel Hunault, ancien directeur (2019-2022) de la cellule de renseignement financier de Monaco, le Siccfin, devenu en 2023 l’Autorité monégasque de sécurité financière, aux compétences et moyens élargis.
L’entrée de Monaco au Conseil de l’Europe en 2004 avait enclenché ce mouvement. Désormais, le Rocher reçoit régulièrement les visites des experts de Moneyval (lutte contre le blanchiment) et du Greco (lutte contre la corruption). Par ailleurs, ses décisions judiciaires sont susceptibles d’appel devant la Cour européenne des droits de l’Homme.
Ce regard international croissant a contraint la principauté à adapter, parfois en urgence, sa législation et sa réglementation. Certaines avancées ont été saluées, comme la sortie des listes de paradis fiscaux à la fin des années 2000. D’autres épisodes furent plus amers : en juillet 2024, Monaco a été placé sur la « liste grise » du Groupe d’action financière (Gafi), l’organisme international de lutte contre le blanchiment d’argent.
Le pays a également été ébranlé par une série de révélations et de rumeurs, donnant lieu à une bataille à la fois médiatique et judiciaire impliquant d’anciens proches du prince, écartés en 2023, dont son ancien comptable Claude Palmero.
Celui qui fut le gardien des comptes de la famille Grimaldi a depuis multiplié les confidences : sociétés offshore détenues par la famille — un héritage de Rainier III jugé superflu puisque le prince n’est pas imposable à Monaco et désormais liquidé, selon le Palais —, dépenses privées des princesses ou tensions entre elles.
Mais les excès et les histoires sentimentales de Caroline et Stéphanie semblent aujourd’hui appartenir au passé. Albert II, de son côté, a délaissé son image de célibataire sportif multipliant les conquêtes — dont sont issus deux enfants reconnus hors mariage — pour celle d’un père comblé par ses jumeaux, Jacques et Gabriella, malgré des rumeurs persistantes de tensions avec la princesse Charlene.
Serein en apparence, le souverain entend désormais mettre la puissance financière de Monaco au service d’une cause chère à ses yeux : la préservation de l’environnement. Une ambition parfois brouillée par les chantiers permanents et le vacarme des Formule 1 lors du Grand Prix.
En juin, à la veille de la troisième Conférence de l’ONU sur l’océan, organisée à Nice, il s’apprête à accueillir plusieurs chefs d’État, dont Emmanuel Macron, ainsi que des investisseurs majeurs à l’occasion d’un forum visant à mobiliser d’importants capitaux privés en faveur d’une économie maritime durable, voire régénérative.
(Avec AFP)



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