Elle s’étire aujourd’hui sur plus de sept kilomètres, comme un ruban bleu et or bordant la baie des Anges. Mais avant d’être une carte postale à ciel ouvert, la Promenade des Anglais fut d’abord un sentier poussiéreux… et un « champ de bataille » symbolique entre Niçois et Britanniques.

À l’origine, le rivage. Et rien d’autre. « Il y avait juste une piste cavalière, la ville, elle, restait cantonnée de l’autre côté du Paillon » rappelle Julie Reynes, architecte-urbaniste spécialiste du patrimoine niçois.

Pas d’allée arborée, encore moins de balustrade blanche. Juste un chemin de sable stabilisé, une voirie poussiéreuse, qui faisait râler les élégantes en robe longue.

En 1822, tout change. Les Anglais, installés dans le faubourg de la Croix de Marbre, prennent ainsi les choses en main. « Ils ont décidé de terrasser cette piste, de l’endiguer, pour créer une allée digne de leur standing. »

Deux tracés cohabitent alors : une promenade suspendue à l’italienne, côté Ponchettes, et une promenade terrassée, plus brute, que les Niçois surnomment : « la route des Anglais. »

Un nom né d’un conflit… de trottoir

« Ces derniers, qui avaient financé l’aménagement, s’indignaient de voir passer les charrettes niçoises. Ils estimaient que c’était leur chemin » assure Julie Reynes.

De cette dispute naît un surnom qui restera gravé dans l’imaginaire collectif. Officiellement, on parle en premier de « route du littoral. » Mais pour tout le monde, ce sera la « Promenade des Anglais ». Définitivement.

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(Photo Archives Nice Côte d’Azur)

Son essor, lui, ne débute vraiment qu’à partir de 1880. On plante des chênes verts, quelques palmiers. On y flâne dans une atmosphère qui devient très vite mondaine.

La Belle Époque bat alors son plein. « 75% du patrimoine niçois date de cette période. » La Prom’ s’habille d’hôtels luxueux et de villas toutes plus folles les unes des autres.

Des villas de rêve aux palaces éphémères

Tout commence avec Penelope Rivers, nièce d’un ministre britannique, qui a mis dix ans à obtenir le droit de bâtir la première villa en bord de mer. C’était en 1787. Elle n’en profitera finalement que cinq ans, chassée par les soubresauts révolutionnaires.

Puis viendront les établissements en bois, les hôtels à l’aspect colonial. À l’emplacement de l’horrible Méridien actuel, on retrouve d’abord l’Hôtel des Anglais, remplacé en un rien de temps par plusieurs versions successives.

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(Photo Archives Nice Côte d’Azur)

En 1913, un certain Ruhl fait d’ailleurs son apparition. Une façade quasi jumelle du Negresco, à quelques mètres de là.

À l’aube des années 1930, la ville modernise encore. En 1931, la Prom’ prend presque sa largeur actuelle. On étend les trottoirs, on rationalise les voies de circulation, on fait surgir les fameuses pergolas Art déco.

« Avec tout un mobilier magnifique, aujourd’hui disparu » glisse Julie Reynes, avec une pointe de nostalgie. Mais pour celle qui a oeuvré pour que Nice intègre le patrimoine mondial de l’UNESCO, la magie est tout de même restée intacte. « La Promenade des Anglais, c’est l’âme de Nice. »

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Né à Nice et diplômé de l'EDJ Nice, Romain Boisaubert couvre l'actualité des Alpes-Maritimes depuis 2014. Après avoir fondé la rubrique « Nos Quartiers » pour Nice-Presse, il dirige Menton-Presse depuis 2026. Expert de la vie locale, de la politique et du patrimoine azuréen, il est présent quotidiennement sur le terrain, de Menton à la Riviera. Engagé pour un journalisme responsable, il est signataire de la Charte de Déontologie de la rédaction.

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