Engagée sur tous les fronts, du soutien aux pompiers jusqu’à la promotion de la ruralité en passant par la lutte contre les violences routières, Alexandra Borchio Fontimp (Les Républicains) défend depuis toujours une vision enracinée mais dynamique de son territoire.
- Vive les esprits libres ! Lisez la première édition de Nice-Presse Dimanche !
C’est une sénatrice aux nombreux dossiers qui reçoit Nice-Presse Dimanche cette semaine dans son fief d’Antibes. Le temps d’un après-midi printanier, celle qui est aussi la présidente de Côte d’Azur France Tourisme évoque les enjeux de la saison qui s’ouvre. Entretien.
Chauffards, santé des pompiers… Ses combats locaux
Vous êtes mobilisée sur la question des violences routières. À l’échelle locale, quelle est l’ampleur du problème ?
L’affaire du jeune Noé, renversé à Antibes Juan-les-Pins par un chauffard sans permis et sous stupéfiants, m’a bouleversée. Il avait 17 ans. J’ai demandé un renforcement des contrôles et la création du délit d’homicide routier. C’est un combat que je mène depuis longtemps, et l’affaire Palmade a permis une prise de conscience nationale. Aujourd’hui, on ne parle plus d’accident, mais bien d’homicide. Autre problème : les chauffeurs de transports scolaires. On constate qu’ils peuvent rouler alcoolisés ou drogués. Il faut impérativement renforcer la sécurité. C’est un enjeu de société majeur.
Quant aux pompiers, vous portez la question des maladies professionnelles : cancers, expositions toxiques… Est-ce que l’État écoute ?
Je suis administratrice du SDIS 06, le Service Départemental d’incendie et de Secours, et je suis très engagée à ce sujet. J’ai rencontré de nombreux pompiers souffrant de maladies graves. Notre département est particulièrement exposé aux incendies. Les professionnels ont réalisé un documentaire très frappant sur YouTube, « Consommable », qui montre clairement l’impact de leur mission sur leur santé.
Une enquête scientifique britannique indique qu’après 30 ou 40 ans, un pompier est 300 fois plus exposé aux cancers qu’un adulte lambda ! Je demande au gouvernement de faire évoluer le tableau des maladies professionnelles, car seulement deux cancers sont reconnus en France, contre dix-neuf au Canada.
L’arrière-pays reste à l’écart de la manne touristique. Que faudrait-il faire pour le valoriser, notamment hors saison ?
Nice est la locomotive de notre territoire, la ville-centre. La Côte d’Azur est très étendue, jusqu’à Saint-Tropez. Pour valoriser la ruralité, Côte d’Azur France Tourisme met en avant toutes les actions entreprises par le Département, notamment l’équipement de pistes balisées pour la randonnée pédestre ou cycliste.
La gastronomie locale, les hébergements ruraux de qualité, les logements insolites, et bien sûr les fêtes patronales, éléments clés de notre identité provençale. Nous devons préserver nos racines et notre histoire.
Belle journée en #CotedAzurFrance ☀️
— Côte d’Azur France (@VisitCotedazur) March 26, 2025
📍Saorge
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Quels sont les atouts à vanter ?
On sectorise par thèmes. Le sport, par exemple : beaucoup de touristes aiment jouer au golf, et nous avons tout ce qu’il faut. Il y a également le yachting, avec le plus grand port de plaisance d’Europe à Antibes. Sans oublier la culture, le sport, la haute technologie, la ruralité, la plage, le shopping…
Ce dernier point fait partie des dix priorités des visiteurs, notamment dans les centres commerciaux fermés, idéaux par temps de canicule ou de pluie, mais aussi ceux à ciel ouvert. Toutes les grandes villes proposent de nombreux commerces, ainsi que les plus petites communes, comme Vallauris ou Biot, où il est possible de fabriquer sa propre poterie.
On entend beaucoup parler de « lisser le tourisme » sur la Riviera, pour ne plus tout concentrer sur juillet-août. Que faire concrètement ?
Il faut décongestionner le littoral pour faire découvrir l’arrière et le moyen pays. Nous recevons 11,5 millions de visiteurs par an. Nous ne cherchons pas à augmenter ce chiffre, mais à mieux répartir les flux.
Nos hivers doux attirent, et nous travaillons sur la promotion hivernale en mettant en avant des événements comme les stations de ski, le Carnaval de Nice, la fête du Citron, celle du Mimosa à Mandelieu, ou encore la fête de la Violette à Tourrettes-sur-Loup. La Côte d’Azur est unique au monde : il n’existe pas beaucoup d’endroits où l’on peut skier le matin et se baigner l’après-midi.
Enfin de l’air pour LR ?
Vous êtes aussi très active à droite, mais on a aujourd’hui du mal à suivre le positionnement des Républicains. Que répondez-vous ?
Ma première carte, je l’ai prise à l’UMP. Quand Éric Ciotti a créé son parti (l’UDR, « l’Union des Droites », allié au RN) l’été dernier, j’ai préféré rester fidèle à ma famille politique, Les Républicains, convaincue qu’elle est constituée de femmes et d’hommes de talent, capables de redresser la droite et le pays.
Je considère que lorsqu’une personnalité de droite est forte, l’extrême droite est affaiblie. J’ai choisi de ne pas suivre Eric Ciotti, et j’ai été très claire là-dessus (son groupe au Sénat avait signé un texte s’opposant à l’union avec le RN, « La démagogie n’a jamais permis de conduire un pays », ndlr). Pour la présidence LR, je soutiens naturellement Bruno Retailleau, avec lequel j’ai plaisir à travailler. Je connais sa qualité et ses valeurs humaines.
Comment cela se traduit localement, dans les Alpes-Maritimes ?
J’appartiens à une majorité départementale présidée par Charles-Ange Ginésy, avec qui je travaille quotidiennement pour défendre mon canton d’Antibes. Je reste très attachée à ma commune et à cette collectivité. Je ne vois aucune différence notable depuis le choix d’Éric Ciotti. Certains de mes collègues l’ont suivi, et je l’accepte totalement. Chacun est libre de ses choix politiques. Dans tous les conseils municipaux, vous trouverez des élus de tous les partis. Cette pluralité est une force, car elle permet à tout le monde de travailler ensemble.
Il y a la politique politicienne nationale à Paris, mais localement, cela n’a aucune incidence sur notre fonctionnement. Il ne faut pas tomber dans les caricatures selon lesquelles nous sacrifierions la culture ou augmenterions les impôts. Bien au contraire : nous avons réduit les dépenses de fonctionnement et baissé la fiscalité. Pour moi, ce pari est réussi, et je continuerai à siéger au côté de Charles-Ange Ginésy.
À vos yeux, qu’est ce qui distingue encore la « droite traditionnelle » de « l’extrême droite » ? Les LR ont longtemps parlé de « cordon sanitaire » à défendre entre les deux.
Économiquement parlant, il existe encore une nette différence. Bruno Retailleau est souvent classé comme très conservateur, mais il porte également une sensibilité libérale forte, soutenue par le maire de Cannes David Lisnard. Ils savent qu’ils peuvent travailler ensemble.
Par esprit familial et par conviction, je n’ai jamais été attirée par le Rassemblement National. J’aurais peut-être changé d’avis s’il y avait eu des personnalités qui m’attirent, mais ce n’est absolument pas le cas. Je me sens bien dans ma famille politique. J’y crois profondément, et je suis convaincue que la droite est enfin de retour.
SON COMBAT POUR DES ASSURANCES PLUS JUSTES
Vous alertez aussi sur l’assurabilité des communes : en quoi est-ce devenu un enjeu majeur, notamment dans le 06 ?
Je me suis rendue dans de nombreuses communes pour rencontrer les élus. Nous subissons ici des phénomènes climatiques de plus en plus importants et récurrents, comme les inondations. Nous avons vécu les dramatiques tempêtes Alex et Aline. Les assureurs considèrent aujourd’hui qu’il n’est plus rentable d’assurer les collectivités. Mais un maire ne peut pas se retrouver sans couverture. Ce fut le cas à Breil-sur-Roya, ce qui est très préjudiciable. J’ai alerté le gouvernement et des travaux sont en cours au Sénat.
Un sujet plus que jamais d’actualité, avec le séisme qui a touché le département en mars…
On sait que notre département est vulnérable aux tsunamis. Le risque sismique est lui aussi bien réel. Quand on voit les dégâts incroyables qu’ont pu subir certaines régions du monde, comme Bangkok récemment, on comprend qu’il faut être dans la prévention. Les maires doivent évaluer les risques, ce qui est très difficile à faire seul. Nous devons les aider et élargir la dotation aux collectivités touchées par les inondations, en assouplissant ce qui existe déjà. Les élus travaillent souvent dans des conditions difficiles et sont parfois mis en examen pour des événements dont ils ne sont pas à 100% responsables ! Être élu aujourd’hui comporte beaucoup de risques, pour très peu de reconnaissance.



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