L’artiste, autodidacte et venu du graffiti, revisite l’art antique avec sa vision contemporaine. Ses fresques monumentales ont été adoptées par les Azuréens, de Menton jusqu’à Fréjus : César Mafli est devenu incontournable.
Dans Nice-Presse Dimanche, il revient sur le dynamisme dingue du « street art » à Nice, sur ses œuvres les plus marquantes, et sur le parcours de cette discipline, de murs clandestins jusqu’aux galeries d’art contemporain. Entretien.
Le street art avait mauvaise réputation il y a encore quelques années. Comment expliquez-vous son essor aujourd’hui ?
À l’origine, s’exprimer de cette façon, c’était un geste de protestation. Les artistes s’emparaient de l’espace public comme Ernest Pignon-Ernest l’a fait dès les années 1970. Aujourd’hui, le street art est entré dans les galeries, les musées : le Centre Pompidou à Paris, le Stedelijk à Amsterdam… Il s’est institutionnalisé. On passe du graffeur illégal à l’artiste reconnu, grâce aux commandes publiques. Cette légitimation a permis au mouvement d’exploser.
Pourquoi Nice est-elle si impliquée ?
Quand on vient de la ville d’Ernest Pignon-Ernest, difficile de ne pas être concerné ! Il est le père de l’art urbain moderne, reconnu internationalement. On grandit forcément dans ses pas. Nice utilise le street art comme une corde supplémentaire à son arc culturel. C’est aussi un retour aux sources. La municipalité a d’ailleurs très tôt soutenu ma démarche.
Pourtant, les Niçois sont réputés plutôt conservateurs…
Je ne pense pas qu’il y ait de contradiction. On peut créer du dialogue plutôt que de la friction. Personnellement, je puise mes inspirations dans l’art classique, par nature conservateur. Tout dépend de comment on s’adapte au lieu. Une œuvre revendicatrice à côté d’une église, ce serait inapproprié. En revanche, investir des lieux chargés d’histoire, avec respect, comme une chapelle désacralisée, c’est une démarche positive.
Quels projets vous ont particulièrement marqué ici ?
Le château de Crémat a été un moment phare : une rencontre presque féerique avec son propriétaire, qui m’a ouvert ses portes. En 2023, l’exposition au musée d’archéologie a été marquante également : j’y ai réalisé des œuvres en réalité augmentée, directement sur le site antique.
Peindre à Nice Étoile, avenue Jean Médecin, en pleine ville, a été une expérience hors du commun. Récemment, la fresque sur la façade de l’Alliance Française, célébrant la francophonie, fut une très belle aventure urbaine…
Quel serait votre projet de rêve sur la Côte d’Azur ?
Plus le temps passe, plus mes rêves gagnent de l’ampleur ! J’imagine créer des œuvres qui feraient dialoguer toutes les périodes historiques de Nice : une œuvre iconique, symbolique, comme la statue de Garibaldi sur la ligne 2 du tramway. L’idée serait de transformer la ville entière en musée à ciel ouvert, avec des fresques immenses, marquantes, emblématiques.
Quelles sont vos principales inspirations ?
J’ai des modèles éternels : les artistes de la Renaissance, comme Le Caravage, Léonard de Vinci ou Michel-Ange. Localement, être « au contact » de figures comme Bernar Venet ou Ben, mais aussi Matisse et Fernand Léger, nourrit énormément mon travail.
Vous avez récemment dévoilé à Fréjus la 2e plus grande fresque de tout le pays. Quel sentiment cela vous laisse-t-il ?
C’était une expérience exceptionnelle ! On y retrouve des personnages historiques comme Roland Garros, Jules César, Napoléon, Jean Cocteau… Une telle fresque à Nice, qui rende hommage à ses grandes figures, serait un rêve (sourire). À Fréjus, nous étions six pendant quatre semaines, à lutter contre le vent, la pluie et même mes allergies au pollen, qui m’ont causé quelques frayeurs. Une sacrée aventure humaine, là aussi.
Vous étiez également en Corse, récemment ?
Oui, pour les 300 ans de Pascal Paoli, une figure majeure de l’histoire corse. Réaliser une œuvre à Corte, à l’occasion de cet anniversaire, c’était très spécial pour moi : ma grand-mère est originaire d’un village voisin, elle portait même le nom Paoli. J’ai pu me projeter encore plus dans l’œuvre.
Sur quoi travaillez-vous en ce moment dans le Sud ?
Sur un gros projet avec un centre hospitalier azuréen, mais je ne peux pas encore en dévoiler les détails. Début juin, je participe au festival Poésie Urbaine à Grasse, avec une nouvelle œuvre. Pour le reste, c’est encore confidentiel… (sourire)
Quel bilan tirez-vous de « Lou Bari », un mur avec des propositions éphémères au Stockfish, dont vous êtes le directeur artistique ?
C’est un projet très cher à mon cœur. Il vise à démocratiser tout cela en permettant au public niçois de découvrir différentes techniques et approches. On a par exemple exposé Nadège Dauvergne, qui travaille des paysages avec des traits minutieux, ou Andrea Ravo Mattoni, spécialiste de la reproduction précise de tableaux de la Renaissance.
On a aussi profité du Carnaval pour faire venir Bault, qui travaille sur les masques, ce qui collait parfaitement au thème. « Lou Bari » est une belle occasion d’emmener toutes les générations à découvrir, et à aimer l’art urbain.





Bonjour,
Mr. César Mafli, pourriez vous faire du « street art » sur le mur à l’avenue COMBA svp ?
Un œuvre du peintre COMBA y serait pas mal.
Merci 🙂