Près d’Aix-en-Provence, des paléontologues fouillent un site unique au monde où reposent potentiellement des millions d’œufs de dinosaures, vieux de 75 millions d’années. Ce trésor naturel, encore largement inexploré, soulève fascination scientifique et enjeux de protection contre les pillages.
Armée d’une simple brosse, une paléontologue gratte patiemment un sol rouge argileux au pied de la montagne Sainte-Victoire. Ce décor provençal abrite un site paléontologique exceptionnel surnommé par les scientifiques « Eggs-en-Provence », clin d’œil à sa proximité avec Aix et aux trésors qu’il renferme : des œufs de dinosaures, vieux de 75 millions d’années.
« Ce site n’a pas d’équivalent. On marche littéralement sur des œufs ! », affirme Thierry Tortosa, paléontologue et conservateur de la Réserve Naturelle Nationale de Sainte-Victoire. Près de 1 000 œufs ont déjà été découverts sur moins d’un hectare, sur les 280 que comptera bientôt la réserve, dont la superficie va doubler d’ici 2026.
Un trésor préhistorique protégé : un œuf découvert au mètre carré dans cette réserve paléontologique unique en France
Avec une densité d’un œuf par mètre carré, les estimations s’emballent : il y aurait potentiellement des milliers, voire des millions d’œufs sous terre. À la différence d’autres pays, les scientifiques n’extraient que les spécimens ayant un intérêt paléontologique, afin de préserver le paysage et limiter les besoins de stockage. « On attend que l’érosion les révèle », explique Thierry Tortosa.
Pour l’heure, tous les œufs retrouvés sont vides : soit éclos, soit non fécondés. « Tant qu’on n’aura pas trouvé d’embryon, on ne saura pas de quel type de dinosaure il s’agit », explique le paléontologue. Leur forme ronde suggère toutefois qu’ils proviennent de grands herbivores, comme les Rhabdodon ou les Titanosaures.
L’instant + : « Eggs-en-Provence », ou le royaume des œufs de dinosaures
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Un site tenu secret où les fouilles minutieuses réveillent la magie de l’enfance chez les chercheurs passionnés de dinosaures
Chaque année, pendant 20 jours, une équipe restreinte d’experts fouille une nouvelle parcelle dans un lieu tenu secret. Protégés par un filet de camouflage, dans un vallon de garrigue, ils dégagent lentement les fossiles à l’aide de burins et de pointes à tracer. « Il y a toujours un côté magique, un retour à l’enfance », confie Séverine Berton, technicienne de fouilles.
Lors d’une récente session, les chercheurs ont mis au jour un fémur numéroté « 38 » et un tibia-péroné « 52 », sans doute ceux d’un grand herbivore. Un millier d’ossements ont déjà été recensés sur le site. Et pourtant, les scientifiques en sont encore aux prémices de l’exploration.
Entre Cézanne et Jurassic Park : un passé de marécages tropicaux aujourd’hui menacé par les pillages clandestins de fossiles
Il est difficile d’imaginer qu’à la fin du Crétacé, cette Provence aujourd’hui parsemée de pins et d’oliviers ressemblait à des marécages tropicaux, semblables à la Camargue ou au delta de l’Okavango. Cette zone, alors une île, accueillait de nombreuses espèces endémiques, y compris des carnivores comme le Variraptor ou l’Arcovenator, cousin du célèbre Velociraptor.
Le tout premier œuf de dinosaure au monde a été découvert en 1846 par le Français Philippe Matheron, à seulement 30 km de là, à Rognac. Depuis, la région attire de nombreuses sociétés savantes. « Les musées du monde entier voulaient un œuf de la Sainte-Victoire », rappelle Thierry Tortosa. Malgré le classement du site en réserve naturelle nationale depuis 1994, les pillages persistent.
La France championne de la diversité fossile mais en retard pour valoriser ses dinosaures et créer un vrai tourisme paléo
Le département des Bouches-du-Rhône réfléchit à mieux valoriser ce patrimoine. « La France est le seul pays à ne pas savoir communiquer sur les dinosaures », regrette Thierry Tortosa. « Ailleurs, un musée est bâti autour d’une simple dent. Ici, on a une richesse inégalée et méconnue ».
Avec AFP



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