À Marseille, Dominique Russo a affronté les flammes avec des seaux d’eau puisée dans son bassin à poissons rouges. Un acte de survie face au feu.
Dominique Russo n’oubliera jamais cette nuit où sa maison a failli disparaître sous les flammes. À l’Estaque, dans le nord de Marseille, il a lutté durant des heures contre un incendie avec des moyens dérisoires. “C’est grâce au bassin des poissons rouges que j’ai sauvé ma maison !”, lance-t-il, la voix brisée par l’émotion.
Un quartier emblématique durement touché
Dans le haut de la Montée du Pin, ce quartier escarpé au charme méditerranéen, deux habitations ont été entièrement détruites. Elles venaient tout juste d’être acquises par deux jeunes couples. Dans les jardins en restanques, les vestiges calcinés parlent d’eux-mêmes : arbustes brûlés, vélos fondus, y compris celui d’un enfant.
À quelques mètres, la maison des Russo, récemment rénovée, porte les stigmates de la catastrophe. Emménagés depuis le 28 juin avec sa femme et sa belle-mère de 93 ans, Dominique montre les dégâts : façade noircie, fenêtre soufflée, volet réduit en cendres. À l’intérieur, le salon est jonché de verre brisé, les meubles sont couverts de suie, et le climatiseur a littéralement fondu.
Un sauvetage improvisé face au brasier
Le feu s’est rapproché rapidement. “Au début, on ne voulait pas quitter la maison, mais à 15h00, quand on a commencé à entendre les crépitements autour de nous, avec ma femme on a fait descendre ma belle-mère de 93 ans”, raconte-t-il. Une évacuation laborieuse par les escaliers abrupts du quartier.
Réfugié chez son frère, situé plus bas, Dominique voit depuis la terrasse la serre familiale en train de flamber. Il décide de remonter sur place avec son frère et son cousin. Malgré une voiture en feu dans la montée et l’intervention des policiers, ils parviennent à rejoindre la maison. “On a essayé de repousser le feu avec un jet d’eau, un petit pipi qui ne servait pas à grand-chose”, souffle-t-il.
Quand le bassin des poissons devient vital
Très vite, la réserve d’eau s’épuise. La maison ne dispose pas de compteur classique, mais d’un système de jauge plafonné à 800 litres par jour. L’eau cesse de couler. Alors, il faut improviser.
“Du coup, on a pris des seaux, et avec l’eau du bassin des poissons rouges, on a arrosé, arrosé”, décrit Dominique. Les policiers restent avec eux plus d’une heure. Puis, à trois, ils continueront jusqu’à deux heures du matin, guidés par une simple lampe solaire de jardin. “Je courais dans tous les sens… j’ai fait ce que j’ai pu”, dit-il, la gorge serrée. “Je me suis excusé auprès de ma belle-mère… mais j’ai pas pu faire plus.”
Une alerte ignorée depuis 2016
Dominique Russo ne blâme pas les pompiers. “Il y avait des feux partout dans le département, ils étaient submergés. Et ici, avec leurs camions, ils ne pouvaient pas passer”, reconnaît-il. En revanche, il s’interroge sur les manquements des autorités. “Je ne comprends pas qu’on n’ait pas une bouche d’incendie à côté”, insiste-t-il.
Depuis un précédent incendie en 2016, les habitants du quartier réclament une installation adaptée. “On a demandé plusieurs fois une bouche d’incendie, et ça n’a pas été fait ! On aurait pu se défendre !”, s’indigne Dominique, encore sous le choc. Les travaux dans la maison étaient terminés. Il ne restait qu’un peu de nettoyage et de rangement.
Solidarité de voisinage après la peur
“Là je vais rassembler nos papiers, et appeler les assurances, mais j’ai peur…”, confie-t-il. Malgré les dégâts, un élan de solidarité émerge dans le quartier. Une voisine, dont la maison a été épargnée, passe inviter les Russo à déjeuner. Un autre habitant leur apporte des bouteilles d’eau, propose une douche chez lui. Dominique esquisse enfin un sourire.
Avec AFP



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