La contrôleure générale des lieux de privation de liberté réclame « la fermeture, au moins partielle » de la prison pour mineurs de Marseille-La Valentine. Dans un avis publié vendredi, elle dénonce des conditions d’incarcération indignes et pointe l’absence de moyens humains et éducatifs.
Dominique Simonnot, contrôleure générale, estime qu’«il ne reste pas d’autre choix que de fermer pour rouvrir dans de meilleures conditions ». Inspecté début juillet, l’établissement de 59 places réservé aux garçons âgés de 13 à 18 ans cumule des problèmes matériels, un manque de personnel et des conditions de vie jugées dégradantes.
Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a réagi en annonçant une inspection et un « pré-rapport attendu sous un mois ». Selon lui, des travaux ont déjà été menés entre 2024 et 2025 mais « les fortes dégradations sont commises par la population pénale mineure ». Une à deux unités devraient être fermées en septembre pour réfection.
Des conditions matérielles alarmantes
Le rapport d’inspection décrit des murs recouverts de graffitis « dont la couleur et la texture évoquent parfois de la matière fécale ou du sang ». Les salles d’eau privatives sont dépourvues de portes, les matelas sont dégradés, parfois réduits à de simples morceaux de mousse sans housse ni drap.
À Marseille, où les étés sont caniculaires, il est interdit d’installer des rideaux aux fenêtres des cellules. Seuls les jeunes sans ressources peuvent bénéficier gratuitement d’un ventilateur. Quant aux repas distribués, de nombreux adolescents affirment « avoir constamment faim ».
Des pratiques jugées dégradantes
La contrôleure a également constaté la pratique dite de « mise en grille », consistant à enfermer un adolescent dans un local barreaudé sans assise, ni eau potable, ni toilettes, et sans surveillance continue. Cette mesure pouvait durer jusqu’à cinq heures. Mme Simonnot exige qu’elle soit « immédiatement et définitivement proscrite ».
Le ministre affirme que cette pratique répondait à l’absence de salle d’attente pour séparer les jeunes en cas d’incidents, mais que son « arrêt immédiat » a été décidé le 20 août.
Un manque criant de personnel
Les syndicats soulignent eux aussi la gravité de la situation. « Le ministre porte la responsabilité des dégradations sur les enfants mais vous avez des enfants encellulés 23h sur 24, c’est de la maltraitance », accuse Marc Hernandez, co-secrétaire du SNPES-PJJ/FSU. Il déplore l’absence d’accompagnement éducatif et de suivi psychiatrique.
Kamel Belghanem, de l’Ufap-Unsa Justice, appuie ce constat : « Dimanche, il y avait 4 agents, aujourd’hui, il en manque deux. C’est un public difficile à gérer, imprévisible, avec de nombreuses interventions à gérer », dénonce-t-il en pointant un « management toxique ».
Un projet éducatif en crise
Les six établissements pénitentiaires pour mineurs créés en 2007 visaient à privilégier l’éducatif face aux défaillances des quartiers mineurs en prison. Mais à Marseille, l’absentéisme massif du personnel entraîne surenfermement et privation de scolarité, selon la contrôleure et l’Observatoire international des prisons.
Le directeur de l’administration pénitentiaire et celui de la protection judiciaire de la jeunesse doivent se rendre mercredi à Marseille, alors que les critiques s’accumulent et que la pression monte pour des réformes rapides.
Avec AFP



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