À quelques mois des municipales, l’Association des maires de France hausse le ton. Derrière les sourires polis face au nouveau Premier ministre, les élus locaux réclament de vraies marges de manœuvre et redoutent de nouvelles ponctions…
Ça chauffe dans les communes ! David Lisnard, président de l’AMF et maire de Cannes, n’a pas mâché ses mots lors de la conférence de presse de rentrée. Oui, il se réjouit d’entendre parler de liberté locale et d’un « grand acte de décentralisation » (maintes fois promis…). Mais il a vite tempéré l’enthousiasme : si l’État cherche à boucler son budget, les collectivités craignent surtout d’être transformées en tiroir-caisse.
« Tous les six mois, on nous ressort cette promesse », a lancé Lisnard avec une pointe d’ironie. Les élus locaux connaissent la musique : les beaux discours en faveur des communes se terminent souvent en transferts de charges. Et le scepticisme n’est pas réservé à la droite.
André Laignel, maire socialiste d’Issoudun et vice-président délégué de l’AMF, a lui aussi alerté sur le recul massif de la décentralisation. Selon lui, c’est toute la République qui s’étiole si les collectivités restent pieds et poings liés.
L’idée d’une nouvelle étape s’appuie sur le rapport du député Éric Woerth, remis en mai. Reste à voir si ce texte servira réellement à libérer les territoires ou s’il restera coincé dans les tiroirs ministériels, comme tant d’autres avant lui.
Communes exsangues et élus découragés
L’AMF fédère l’immense majorité des 34.800 communes françaises. Ces dernières ont perdu une grande partie de leur autonomie fiscale, remplacée par des dotations fléchées venues de Paris. Et quand l’État impose de nouvelles normes coûteuses, les maires n’ont pas d’autre choix que de payer, quitte à rogner ailleurs.
Le constat est brutal : quatre fois plus de démissions d’élus locaux qu’il y a vingt ans. En moyenne, 42 maires quittent leur poste chaque mois depuis le début du mandat. Pourtant, David Lisnard refuse de parler de « crise des vocations » en vue de 2026, même si le malaise est évident.
Budget sous tension ?
Dans les coulisses, la grande crainte reste l’avenir financier. Le gouvernement envisage de solliciter davantage les collectivités d’ici 2026. Pour l’AMF, la ligne rouge est claire : pas question d’assumer des dépenses imposées par décret. Lisnard cite d’ailleurs une mesure récente qui alourdirait de 10 milliards d’euros par an la charge des communes et départements. Un chiffre colossal qui laisse planer le doute sur la sincérité de la promesse décentralisatrice.



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