Viols présumés au centre Atman de Valbonne: la très troublante ligne éditoriale du journal «Le Petit Niçois»

D’après nos informations et celles de «Nice-Matin», des liens financiers et personnels pourraient expliquer l’étrange présentation que «Le Petit Niçois» réserve à l’affaire des viols présumés au centre Atman. Un bien curieux mélange des genres 
le petit niçois
Photo : Nice-Presse

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(Mise à jour en fin d’article)

C’est un étrange papier qui a été publié hier, jeudi 18 février, sur le site du mensuel gratuit «Le Petit Niçois». Le sujet, signé par son directeur de la rédaction Pascal Gaymard et que la rédaction n’a pas relayé sur les réseaux sociaux, est le suivant: «Justice. Marc Bozzetto: «Je suis un homme brisé»» Au programme, un long entretien accordé au journal par le fondateur de l’école d’ostéopathie Atman à Valbonne. Depuis des années, l’octogénaire est confronté à de multiples accusations de viols et d’agressions sexuelles.

marc bozzetto le petit niçois

Le 15 février, «Nice-Matin» sortait une nouvelle enquête très étayée révélant qu’au moins six femmes ont porté plainte contre lui. Avec des témoignages glaçants.

Ce que ne rappelle pas du tout le «Petit Niçois» avec son intertitre sur les «techniques reconnues» du praticien? Le contenu de ces plaintes, avec d’imposés «baisers sur les seins, cunnilingus, masturbation, pénétration digitale» ainsi que des mots crus, qui auraient été prononcés par Marc Bozzetto, dont le très peu médical «tu vas avoir envie de me sucer».

Dans les colonnes du quotidien régional, ces femmes, qui ne semblent rien avoir en commun, décrivent toutes un mode opératoire plus ou moins semblable. Sous prétexte d’une séance d’osthéo gratuite, le praticien verrouille la porte de son cabinet, demande à la patiente de se déshabiller avant de l’agresser sexuellement, d’après les témoignages recueillis par les enquêteurs. Marc Bozzello reste évidemment présumé innocent de l’ensemble de ces accusations.

Marc Bozzetto, l” «homme brisé»

À lire l’article, la vraie victime a l’air d’être… Marc Bozzetto, un «homme brisé», «précurseur», «l’un des plus réputés» qui plaide, à plusieurs reprises, «un malentendu».

Comment expliquer qu’une affaire potentiellement criminelle ait pu être traitée avec autant de légèreté, laissant l’unique accusé exposer sa version, sans rappeler aucun des faits allégués, ni aucun témoignage de victime en guise de contradictoire? Serait-ce une simple erreur de traitement journalistique?

Plusieurs éléments troublants permettent d’en douter fortement.

Des liens financiers…

Archives de "L'Antibois", l'une des déclinaisons du "Petit Niçois", en 2019. Centre Atman
Archives de «L’Antibois», l’une des déclinaisons du «Petit Niçois», en 2019.

Le centre Atman de Marc Bozzetto est, d’après nos informations, un partenaire publicitaire du «Petit Niçois». 

L’institution a acheté pour plusieurs milliers d’euros d’espaces de communication dans les pages du journal (ci-haut).

Ce dernier ne se prive pas non plus de présenter certains des contenus visiblement publicitaires du centre Atman comme des encadrés rédigés par des journalistes, une pratique assez peu déontologique (voir ci-dessous en rosé, à droite).

Il s’agit d’ailleurs de l’un des rares annonceurs privés de cette publication, «LPN» semblant vivre sous perfusion des collectivités locales. Les villes de Nice, de Vence et d’Antibes trustent la plupart des pages dédiées.

…et affectifs

Le centre Atman bénéficie d’une belle couverture dans le «Petit Niçois», qui couvre avec une bienveillance qui a le mérite de la constance ses différentes formations, ses portes-ouvertes et même… la fête d’anniversaire du patron (voir ci-dessous).

Pascal Gaymard conclut le papier sans cacher sa proximité avec Marc Bozzetto: «Bon anniversaire Marc et longue vie à toi et à l’ostéopathie!»

le petit niçois

Là où cette affaire d’interview mal fagotée est encore plus grave que ce qu’il n’y paraît, c’est que le journaliste Gaymard et l’accusé Bozzetto ne sont pas liés uniquement par une complicité de banquets. Mais également par un document révélé par «Nice-Matin» ce 19 février. À la lecture des révélations de nos confrères, on comprend mieux la défense assumée du journal pour l’ostéopathe.

Loin d’être neutre dans cette affaire, Pascal Gaymard «a accepté de jouer les témoins de moralité contre une victime d’agression sexuelle en 2016. Une Québecoise affirmait et affirme toujours avec force avoir été agressée sexuellement par le président-fondateur d’Atman, dans un hôtel de Montréal». L’intervieweur du «Petit Niçois» a dans la foulée «envoyé une attestation pour la défense de Bozzetto», ce dernier étant décrit comme «compétent, honnête, sérieux», doué d’un «indéfectible professionnalisme».

Gaymard ajoute également que l’accusé, qui fréquente une loge maçonnique irlandaise «serait dans l’incapacité de mentir ou de commettre tout acte répréhensible.» 

Devant un soutien si indéfectible, on comprend mieux pourquoi M. Bozzetto a réservé sa seule interview dans la presse au «Petit Niçois», avec un journaliste particulièrement concerné par le dossier. Toute forme d’honnêteté journalistique repassera.

Sollicités à plusieurs reprises par «Nice-Presse», ni Pascal Gaymard ni les autres membres de la direction du «Petit Niçois» n’ont retourné nos demandes d’interview.

FAKE-NEWS
Surpris par cet exemple de journalisme alternatif? Pourtant, comme nous le rapportions dans «Nice-Presse» en octobre dernier, «LPN» avait déjà commis le papier «Roselyne Bachelot: l’Islamiste indigne?» en se basant sur une fausse information pas crédible une seconde. Le journal semble avoir un rapport très parallèle à la vérité. «Cela n’est plus une rumeur mais ressemble de plus en plus à une info réelle et plausible (sic)» entame-t-il ainsi sur la prétendue invention du Covid-19 dans un laboratoire chinois… C.A.

Note de l’éditeur. Dans un papier non-signé posté sur son site quelques heures après cet article, «Le Petit Niçois» valide nos informations. Oui, Marc Bozzetto a été interviewé par un journaliste avec qui il est un «ami de longue date», tout en étant un partenaire publicitaire du média, deux points importants qui n’ont pas été portés à la connaissance des lecteurs. Ce que ne regrette pas le journal, qui ne s’excuse pas non plus pour cette très parcellaire présentation de l’information. Pour ce qui est de ne pas avoir confronté l’accusé aux témoignages des victimes présumées, «LPN» se défend en assurant que «Nice-Matin» avait déjà fait ce travail avant eux. Tout en pointant des «tentatives de buzz». Périlleuse défense.

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