Dix ans après l’attentat de la promenade des Anglais, l’imam Abdelkader Sadouni revient sur le traumatisme traversé par la communauté musulmane niçoise. Il livre un témoignage sur la douleur, la solidarité et la longue reconstruction des familles.

TÉMOIGNAGE – « Ce dont je me souviens de cette nuit-là, c’est le décompte macabre, interminable, du nombre de morts. Les confessions des uns et des autres, on ne s’en soucie évidemment pas alors ». Il est l’un des imams sur l’épaule duquel de nombreuses familles ont pu s’appuyer pendant leur deuil. Abdelkader Sadouni officie à la mosquée Al-Wahda (L’Union), dans le centre-ville.

L’homme de foi a vécu le traumatisme de l’attentat djihadiste du 14 juillet 2016 à travers le récit des nombreuses victimes. « L’horreur, je l’ai découverte à la télévision. En étant très vite saisi par le drame : je connaissais l’une des personnes décédées. Son mari vient encore régulièrement prier. Il m’arrive de rencontrer ses enfants. Dans leur regard, c’est leur mère que je vois ».

Le douloureux fardeau des amalgames

Pour tenir, il a fallu que la communauté niçoise soit forte et solidaire : « les musulmans d’ici ont été très présents les uns pour les autres. J’ai fait tout mon possible, avec un soutien spirituel, avec un accompagnement dans les hommages mais aussi pour les cérémonies d’inhumation ». Selon Le Figaro, ce crime de masse a compté parmi ses victimes un tiers de personnes musulmanes. 

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Ce qui n’a pas empêché les fidèles d’être pointés du doigt sur la Côte d’Azur. « Plusieurs femmes voilées se sont fait insulter, voire agresser dans la rue » souffle encore l’imam. Qui n’a rien oublié des atroces amalgames. Le deuil de familles est alors bousculé par les injures : « certaines ont été traitées de ‘terroristes’. Alors qu’elles venaient de perdre un enfant, vous imaginez ? C’était la double peine ».

La foi pour accompagner la guérison

Depuis 2016, « chacun a dû mener un parcours de guérison difficile. Mais pour nous, la religion est un pilier, un bouclier ». Abdelkader Sadouni développe : « beaucoup honorent leurs proches en offrant des repas, en leur mémoire. Parmi nos croyances, il y a celle de faire vivre les disparus par le don de soi et par l’aumône ».

Sans jamais se départir d’une certaine lumière : « nous considérons être destinés à un monde éternel, la mort n’est pas une fin en soi. On ne peut évidemment plus voir et toucher nos disparus. Mais ils sont là. Et s’ils pouvaient parler, ils nous diraient de vivre au moins pour eux ».

  • Ce dossier éditorial a été préparé et réalisé par Nice-Presse en amont des commémorations, début juin, pour une publication ce 14 juillet 2026.

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Journaliste native de Nice, Célia Soddu est diplômée d'un Master en journalisme et d'une licence en Philosophie. Après des expériences marquantes au sein de Nice-Matin et de La Provence, elle rejoint Nice-Presse en 2026 et la rubrique « Nos Quartiers ». Elle se spécialise dans le reportage de proximité, couvrant les débats locaux, le tissu associatif et la vie des commerces azuréens. Sa pratique s'appuie sur une éthique rigoureuse, en tant que signataire de la Charte de Déontologie de la rédaction.

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