L’écrivain Jacques Pradel, mythique présentateur de Perdu de vue et de Témoin n°1, dévoile en ce début d’été « L’Univers du crime » aux éditions du Rocher. À l’occasion du Festival du Livre dont Nice-Presse est partenaire, cet expert des grandes affaires a lancé un appel, celui d’un débat sur la fin de la prescription accordée aux auteurs de meurtres ou de viols.
Nice-Presse. Vous êtes un fin connaisseur des affaires criminelles : avec la longue carrière que nous vous connaissons, quels genres de faits divers peuvent encore vous passionner ?
Jacques Pradel : La criminalité organisée, le macabre, la violence, le sang, ça ne m’intéresse pas. Moi, je suis fasciné par le crime de monsieur et madame tout le monde. Ces gens qui nous ressemblent étrangement, qui peuvent être nos collègues, nos voisins de palier, qui pètent un plomb et passent à l’acte. Le déclic criminel. J’aime aussi le décryptage du travail des enquêteurs, ce petit côté Columbo.
Vous avez sélectionné, dans ce nouvel ouvrage, une variété de crimes, de natures et d’époques très différentes. Comment s’est opéré votre choix ?
Il s’est soit basé sur le scénario du meurtre, la personnalité singulière de son auteur ou de sa victime, ou, surtout, sur ce que cela dit de telle ou telle époque. Je pense par exemple à la mort d’Emile Zola. Cela n’est pas acté, mais un journaliste aurait découvert qu’il s’agit d’un meurtre presque parfait, par le sabotage d’une cheminée. L’homme qui s’est revendiqué plus tard, en privé, comme l’assassin justifiait de motifs haineux et antisémites, dans le sillage de l’affaire Dreyfus.
Vous n’avez jamais de jugement moral sur les assassins, et vous y tenez beaucoup…
Absolument, puisque chacun doit garder sa place ! Un journaliste n’est pas un sniper. Il porte un combat pour la vérité, dans le respect des familles de victimes. Et dans celui du travail de la police. Le reporter ne mène pas l’enquête à sa place non plus, même s’il peut être tenté de le faire…

Ces meurtres sont traités au travers d’un livre. C’était le meilleur support selon vous pour éviter certaines dérives médiatiques ?
Souvenons nous de l’affaire Gregory. Les dommages causés par la presse ont été désastreux. Ces dernières semaines, la chasse à l’homme lancée sur les réseaux sociaux par l’influenceur Aqababe contre Xavier Dupont de Ligonès me révulse aussi.
Les chaînes de l’info en continu « meublent » parfois avec pas grand chose. Je décline leurs invitations pour venir évoquer des meurtres dont on vient seulement d’avoir connaissance. Que l’on ne compte pas sur moi pour jouer au café du commerce !
Mais parfois, les médias permettent d’avancer. Face à un juge un peu paresseux, pour éviter le classement d’affaires ou les relancer, pour retrouver des témoins clés…
Vous n’hésitez pas à remettre en cause certaines versions officielles, lesquelles ?
Dans le Var en 1994, la mort de la députée Yann Piat n’a jamais été tout à fait expliquée. Il y eut des condamnations, mais il subsiste des zones d’ombre, au carrefour de la politique et des milieux mafieux. En 1998, l’affaire des trois cadavres retrouvés dans les quartiers de la Garde suisse du Vatican n’est pas claire non plus, avec bien des éléments troublants. Une chape de plomb s’est abattue sur cette enquête.
Selon vous, les progrès des techniques policières soulèvent bien des questions…
Nous devons ouvrir un débat radical et sincère au sujet de la prescription. Les preuves scientifiques permettent désormais de résoudre des affaires anciennes, pour peu qu’elles n’aient pas été refermées. J’ai un exemple en tête pour lequel l’assassin a avoué de lui-même son crime, allant jusqu’à révéler aux gendarmes l’emplacement d’un cadavre enterré. Evidemment, il savait qu’avec les années écoulées, il ne serait pas inquiété. Je pense que les citoyens doivent se positionner sur la prescription touchant aux meurtres et aux viols. Voire carrément l’abroger. Aux États Unis, ça n’existe pas.
Les faits divers, cela reste une passion française ?
C’est profondément humain. Déjà, au cours du siècle dernier, sans télé ni radio, la presse a proposé des feuilletons incroyables sur certaines enquêtes, notamment avec la première malle sanglante. Deux millions d’exemplaires étaient vendus en une seule journée ! Et ce n’est pas prêt de s’arrêter.










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