Un mois après la publication d’un rapport sévère appelant à sa « fermeture », l’établissement pénitentiaire pour mineurs de Marseille, critiqué pour ses conditions jugées indignes, a entamé ses premiers travaux, prélude à une rénovation complète prévue dès octobre.
Les murs repeints, le mobilier réparé, sols et sanitaires remis à neuf : l’unité n°6, composée de quatre cellules encore vides, est la plus réduite des sept unités de l’EPM de La Valentine. La réhabilitation de l’ensemble du site devrait être finalisée à l’horizon 2026.
« Cet été, nous avions 57 détenus (pour 59 places), nous sommes maintenant à 38, ce qui nous permet de planifier les travaux », indique le directeur-adjoint de l’établissement à la sénatrice écologiste Anne Souyris, venue en visite surprise samedi aux côtés de journalistes de l’AFP.
Selon ce responsable, qui préfère garder l’anonymat, « il n’y a pas eu d’instruction pour ne pas écrouer », mais certains magistrats auraient tendance à limiter les placements depuis le rapport de la contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL).
Ce rapport a été « très très mal vécu par les personnels », reconnaît-il, tout en concédant un déficit d’effectifs et de moyens, ainsi que « l’état très dégradé de certaines cellules », attribué aux jeunes détenus.
Sur les façades des unités, de longs draps déchirés pendent aux fenêtres : ces « yoyos » servent à échanger des objets entre cellules. D., 17 ans, incarcéré depuis un an dans l’unité n°3, explique s’en servir pour « passer des trucs, comme des CDs…».
Arrivé de Tunisie en 2022 et déjà arrêté cinq fois pour trafic de stupéfiants, il purge une nouvelle peine. Peu enclin aux cours obligatoires, il reste dubitatif quand la sénatrice lui propose l’idée de préparer un diplôme : « Ça va, on fait nos petites bêtises…»
« On a actuellement une dizaine de mineurs qu’on voit très régulièrement, parfois jusqu’à 6 ou 7 fois avant leur majorité », observe le directeur-adjoint.
Y., 17 ans, originaire de Nice, est arrivé il y a quatre mois à l’EPM. Affecté à l’unité n°1 après des bagarres, il décrit des murs couverts de graffitis et des sanitaires sales. « Faut que ça ferme ici !» lance-t-il, même s’il espère retrouver une cellule « plus propre » sous peu.
Prison pour mineurs à Marseille : réhabilitation en cours et témoignages de jeunes détenus
Le jeune Niçois se plaint aussi de son matelas « trop dur » et de l’eau « tiède », mais dit apprécier le sport et les ateliers proposés. Comme 70 % des mineurs, il attend encore son jugement. La durée moyenne de détention est d’un mois et vingt jours, mais certains, condamnés pour trafic de drogue — qui représente 77 % des cas —, restent bien plus longtemps.
Samedi, le quartier disciplinaire, fraîchement repeint, était vide. Jusqu’à fin août, trois cellules grillagées servaient à isoler des jeunes turbulents. Cette « mise en grille », dénoncée par la CGLPL comme inhumaine, a été interdite par le ministre de la Justice, Gérald Darmanin.
Le rapport a déjà entraîné des mesures immédiates : remplacement des matelas, contrôle des quantités de nourriture, distribution du pain le matin pour assurer un petit-déjeuner. « Je ne dis pas qu’on fait tout bien, il y a des manquements », admet le chef de la détention, qui pointe le manque de personnel.
Les effectifs ne couvrent que 80 % des besoins. À cela s’ajoute un absentéisme élevé et des difficultés à gérer les jeunes souffrant de troubles psychiatriques, faute de moyens suffisants. Autre limite, l’unité sanitaire, qui ferme chaque jour vers 16h15, oblige à faire appel aux pompiers en soirée ou le week-end.
Malgré ces difficultés, « le rapport de la contrôleure générale a enclenché des actions rapides et l’attribution de moyens supplémentaires », estime le directeur-adjoint. La sénatrice Anne Souyris note elle aussi « une évolution positive », citant des progrès en matière d’alimentation, d’activités et de rénovation, tout en appelant à « des postes en urgence » et à « une réflexion globale sur la prévention de la récidive et la réinsertion ».
Avec AFP






