À quelques milles de la côte, entre Saint-Tropez et Marseille, le parc national de Port-Cros constitue une réserve de biodiversité exceptionnelle en Méditerranée. Un modèle de préservation que les experts souhaitent voir étendu, alors que s’ouvre bientôt la Conférence des Nations unies sur l’océan à Nice.
Situé au large d’Hyères, ce parc marin est le plus ancien de France et d’Europe. Créé en 1963 autour de l’île de Port-Cros, il s’est agrandi en 2012 à l’île de Porquerolles. Sa superficie atteint désormais 1.700 hectares terrestres et 2.900 hectares en mer. La pêche, la navigation et les activités humaines y sont strictement encadrées, voire interdites selon les zones.
« Des dauphins, des puffins, des mérous… C’est une bulle de nature et pourtant on est entre Saint-Tropez et Marseille. Les gens disent que c’est un miracle », se réjouit Sophie-Dorothée Duron, directrice du parc national.
Un refuge écologique aux espèces emblématiques
Le cœur marin du parc, où toute forme de pêche est interdite, permet aux écosystèmes de se développer avec une densité et une diversité rares. « C’est un petit joyau, un hotspot de biodiversité. On retrouve ici quasiment toutes les espèces de Méditerranée », témoigne Vincent Bardinal, garde-moniteur, en observant les poissons qui fraient dans les herbiers.
Girelles, daurades, crénilabres et castagnoles évoluent dans des eaux claires. Le mérou, prédateur phare de l’archipel, est ici si familier qu’il se laisse approcher. « On peut les approcher à quelques centimètres alors que sur le continent ils fuient », sourit Vincent Bardinal.
Une gestion concertée avec les acteurs locaux
Port-Cros n’est pas une réserve isolée du monde. Ses règles sont définies en lien avec les professionnels du tourisme, les pêcheurs et les scientifiques. La circulation maritime, la plongée et l’observation de la faune sont réglementées pour limiter l’impact humain. « Le pari a été de conserver la nature tout en permettant à une population de continuer à y vivre et à des touristes d’en profiter, il n’y a pas de mise sous cloche », précise Sophie-Dorothée Duron.
Bien que les deux îles comptent à peine 350 habitants à l’année, elles accueillent jusqu’à 2 millions de visiteurs. Un équilibre délicat qui repose sur un zonage précis, adapté à la sensibilité des écosystèmes. « Il y a des zones ultra sensibles où l’on réglemente voire interdit la présence humaine. Et d’autres qui peuvent tolérer les visiteurs », ajoute la directrice.
Pêche encadrée, données partagées
Depuis 1999, une charte régit l’activité des 24 pêcheurs professionnels autorisés à travailler dans les eaux du parc. Quelque 350 pêcheurs amateurs y sont aussi tolérés, à condition d’arborer une autorisation annuelle. « L’objectif n’est pas d’exclure la pêche mais d’encadrer une pratique traditionnelle », explique Thomas Abiven, garde-moniteur.
Les prises doivent être déclarées, fournissant des données essentielles aux chercheurs. « En contrepartie de pouvoir pêcher, ils ont l’obligation de déclarer leurs prises. Cela offre des données que l’on croise avec les scientifiques », poursuit-il. Ce suivi permet d’ajuster la réglementation selon l’état des populations marines.
Un laboratoire grandeur nature pour l’avenir des océans ?
Les résultats sont probants. Le nombre de mérous a été multiplié par 25, les herbiers de posidonie gagnent du terrain, et les poissons sont non seulement plus nombreux mais aussi plus gros. « On observe clairement l’effet réserve », affirme Sandrine Ruitton, chercheuse à Aix-Marseille Université. « C’est comme un coffre-fort où on fait fructifier le capital-poisson », ajoute-t-elle.
Pour François Sarano, océanologue, la France doit s’inspirer de ce modèle. « L’appellation d’AMP ne veut rien dire, il y en a dans lesquelles on peut chaluter », déplore-t-il. « Port-Cros n’est pas un conservatoire du passé, c’est un endroit qui nous montre le futur », conclut-il.
Avec AFP










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