Considéré par la justice comme l’un des principaux chefs du narcotrafic marseillais, Karim Harrat, 37 ans, a été condamné jeudi à dix ans de prison assortis d’une période de sûreté aux deux tiers et à… un million d’euros d’amende. Le tribunal correctionnel de Marseille a décrit un homme à la tête d’un réseau structuré, piloté depuis l’étranger, impliqué dans des importations de stupéfiants à grande échelle et au cœur d’une violence qui continue de meurtrir la ville.
Dans la salle d’audience, les mots sont lourds et le constat sans détour. Pour le président du tribunal de Marseille, Karim Harrat n’était pas un exécutant, mais bien le centre de gravité d’un système criminel tentaculaire. « Il était le donneur d’ordres principal du réseau, pilotant l’organisation depuis l’étranger, n’hésitant pas à recourir aux menaces, voire à la violence au moyen d’intermédiaires », a-t-il déclaré en rendant le jugement.
Un trafic structuré au cœur de Marseille
Selon les éléments exposés à l’audience, Karim Harrat contrôlait plusieurs points de vente de drogue dans la deuxième ville de France. Le tribunal a également retenu son implication directe dans des filières d’importation de stupéfiants en tonnes, illustrant l’ampleur d’un trafic organisé à grande échelle. Une activité qui, selon le président, alimente une spirale de violences quotidiennes et fragilise profondément l’État de droit, « en particulier à Marseille ».
Cette condamnation intervient dans un contexte particulièrement tendu. D’après un décompte de l’AFP, 19 personnes ont perdu la vie en 2025 dans des affaires de narchomicides dans le département des Bouches-du-Rhône, la majorité à Marseille. Derrière ces chiffres, des trajectoires brisées, parfois sans lien direct avec le milieu criminel.
Parmi les victimes figurent plusieurs personnes inconnues des services de police et de la justice. Le tribunal a rappelé le cas de Mehdi Kessaci, tué à 20 ans le 13 novembre. Sa mort, celle du petit frère du militant écologiste et antidrogue Amine Kessaci, avait profondément bouleversé la ville, symbole des dégâts collatéraux d’un trafic devenu omniprésent.
Des lieutenants lourdement sanctionnés
Autour de Karim Harrat, plusieurs figures clés du réseau ont également été condamnées. Ses deux principaux lieutenants, chargés notamment du stockage, du transport des stupéfiants et de la collecte des fonds, ont écopé de peines de sept et huit ans de prison, assorties d’amendes de 50.000 et 100.000 euros.
Le fournisseur de la technologie de messagerie cryptée Sky ECC à Marseille, utilisée par de nombreux narcotrafiquants avant d’être décryptée par les enquêteurs en 2021, a été condamné à sept ans de prison et à une amende de 50.000 euros. Un autre prévenu, revendeur grossiste à Nice et en fuite au moment des interpellations, a quant à lui été condamné par défaut à dix ans de prison et 300.000 euros d’amende.
Le rôle central de la messagerie Sky ECC
Au cœur du dossier, la question de l’identité numérique de Karim Harrat. L’intéressé contestait être l’utilisateur du pseudonyme « Rant », diminutif de Rantanplan, associé au téléphone crypté servant à diriger le réseau. Le tribunal n’a laissé planer aucun doute. Il a estimé qu’il était « démontré, sans aucun doute possible, l’attribution aux prévenus des identifiants de la messagerie Sky ECC », établissant ainsi leur participation active au trafic.
Balayant les arguments de la défense, le président a précisé que les liens établis ne reposaient pas uniquement sur des éléments policiers ou médiatiques. « Loin de reposer sur la seule documentation policière ou la couverture médiatique », ces identifications s’appuient sur « un ensemble d’éléments matériels précis dont la conjonction et la concordance excluent tout hasard ».
Parmi ces éléments, le contenu du téléphone associé à « Rant », qui comportait des informations personnelles, notamment sur la garde à vue de la compagne de Karim Harrat ou encore sur la reconnaissance de son fils en mairie en 2020 par un tiers se faisant passer pour lui. Autant de détails jugés déterminants par le tribunal pour confirmer la responsabilité du chef de réseau.
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP









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