[© AFP] Il a conservé aisément son siège de député et disposera d'un groupe à l'Assemblée, mais il n'a pas dynamité le barrage républicain et n'aura pas de ministère : le pari d'Eric Ciotti de s'allier au RN ne lui a pas apporté tous les fruits qu'il espérait, en attendant les munici­pales à Nice.

"Notre victoire complète n'est plus qu'une question de temps", a assuré M. Ciotti à l'issue des légis­la­tives devant ses partisans à Nice, attri­buant l'échec aux légis­la­tives de sa "nouvelle alliance politique inédite" avec le RN au refus "d'une partie de la droite" de le rejoindre.

Un mois plus tôt, au surlen­demain de la disso­lution, le patron de LR avait annoncé à la surprise générale s'allier au RN, un rappro­chement salué alors par Marine Le Pen comme un "geste courageux" qui contri­buait à faire dispa­raître "quarante ans d'un pseudo cordon sanitaire" avec le RN.

Au second tour des légis­la­tives, le barrage a pourtant tenu, la droite remportant 32 de ses 39 duels avec l'extrême droite : "Je ne dirais pas que c'est une défaite, mais plutôt une victoire au goût amer", tente de minimiser un cadre LR, proche du député des Alpes-Maritimes.

"Il a eu tout faux en ne consultant personne, donnant ainsi le sentiment de ne négocier que pour lui", estime, à l'inverse, un autre cadre LR qui connaît bien l'élu sudiste.

Avec son micro-​parti "Les Républicains à droite", qui a présenté 62 candidats au total avec le soutien du RN, il pourrait disposer d'un groupe de 17 élus au Palais Bourbon, dont deux seulement arrachés à la droite.

Mais l'une de ses princi­pales recrues, le président des jeunes LR Guilhem Carayon, a mordu la poussière dans le Tarn face à ce qu'il désigne comme une "alliance contre-​nature" entre le camp macro­niste et la gauche.

Malgré ces résultats, inférieurs aux prévi­sions des sondages avec 143 élus au total, le RN et Eric Ciotti "sont parvenus à bâtir une coalition" lors des légis­la­tives, observe un dirigeant centriste qui refuse de crier victoire : "le feu couve sous les cendres", prévient-il.

- "Il a joué contre son camp" -

Chez Les Républicains, qui ont refusé de suivre leur patron, les dirigeants ont la dent dure contre M. Ciotti, accusé par le président des Hauts-​de-​France Xavier Bertrand d'avoir rejoint le RN "parce qu'il pensait obtenir un poste de ministre".

"Il a joué contre son camp, pire contre la France", s'emporte auprès de l'AFP la sénatrice Agnès Evren, prési­dente de la fédération LR de Paris, qui accuse le député des Alpes-​Maritimes "d'avoir fracturé la droite".

Le président LR du Sénat Gérard Larcher s'est, quant à lui, félicité dans un commu­niqué du résultat de la droite "malgré les trahisons".

"Il a fait tout ça pour devenir ministre et il ne le sera pas. Il a perdu son pari", ricane une source LR du Sénat, qui constate que la droite a conservé son contingent d'une soixan­taine de sièges malgré tout.

D'autres vont plus loin : "Il est en train de tout perdre", explique la source LR, convaincu que le député fait tout son possible pour conserver la questure et s'efforce de convaincre le RN de le soutenir.

Avec son groupe, Eric Ciotti aura toutefois "du mal à exister" à l'Assemblée nationale, disposant de moins de temps de parole et de visibilité que le parti de Marine Le Pen.

"Il va se faire broyer par le RN", prévient cette même source, qui fait un parallèle avec le souve­rai­niste Nicolas Dupont-​Aignan qui avait rejoint Mme Le Pen dans l'entre-deux-tours en 2017 et qui a perdu son siège dimanche.

Mais c'est à Nice où le pari d'Eric Ciotti peut se révéler défini­ti­vement gagnant face à son rival, le maire Horizons Christian Estrosi : "Il y remporte une très grande victoire ainsi que dans les Alpes-​Maritimes où il décroche trois sièges", souligne le cadre LR, qui estime qu'il sort renforcé pour les munici­pales de 2026.

Dans cette perspective, les prochains jours pourraient être décisifs. Le dépar­tement des Alpes-​Maritimes doit décider cette semaine si le député conserve la prési­dence de la Commission des finances. Si elle lui est retirée, "il sera privé de moyens", prévient le cadre LR.

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