La ville de Biot (Alpes-Maritimes) a symboliquement nommé Christophe Gleizes, journaliste emprisonné en Algérie depuis un mois, membre du jury de son prix littéraire annuel récompensant un ouvrage écrit par un reporter.
L’annonce a été faite lundi matin lors d’une cérémonie organisée devant la mairie de cette commune située à proximité d’Antibes. Le maire, Jean-Pierre Dermit, a expliqué cette initiative comme un geste fort en faveur de la liberté d’expression.
« La ville de Biot a souhaité s’associer à cette cause de la liberté d’expression, de liberté de la presse, de liberté tout court », a déclaré l’élu sans étiquette. À cette occasion, les six livres en lice pour le prix 2025 ont été envoyés par la poste au journaliste détenu à Tizi Ouzou.
Un prix dédié aux journalistes engagés
Le prix littéraire de Biot, créé en 2022, récompense chaque année un ouvrage signé par un journaliste traitant d’un fait d’actualité et intégrant une part de vécu personnel. L’édition 2025 ne fait pas exception.
Parmi les titres sélectionnés cette année : « Prisonnier du désert » d’Olivier Dubois, ex-otage au Mali, ou encore « La Meute », signé par Charlotte Belaïch et Olivier Pérou, qui explore l’univers des Insoumis.
Un jury constitué malgré la détention
Ne pouvant être contacté directement, c’est la famille de Christophe Gleizes qui a accepté, en son nom, qu’il fasse partie du jury. Elle reste en contact uniquement via son avocat algérien.
Selon ses proches, les conditions de détention sont jugées acceptables. Le journaliste partage une cellule de 10 m² avec un codétenu, peut emprunter trois livres par semaine à la bibliothèque de la prison et regarder les chaînes de télévision algériennes et beIN Sports.
Un procès dans un climat diplomatique tendu
Âgé de 36 ans, Christophe Gleizes collabore avec les magazines So Foot et Society. Fin juin, il a été condamné à sept ans de prison ferme pour « apologie du terrorisme » et « possession de publications dans un but de propagande nuisant à l’intérêt national ».
Les autorités lui reprochent notamment d’avoir été en lien avec un responsable de la Jeunesse Sportive de Kabylie, également membre du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, organisation considérée comme terroriste en Algérie.
Une affaire emblématique des tensions actuelles
Cette affaire intervient dans un climat diplomatique très tendu entre la France et l’Algérie, marqué par des expulsions de diplomates et par l’arrestation de l’écrivain Boualem Sansal, condamné à cinq ans de prison pour « atteinte à l’unité nationale ».
Christophe Gleizes est aujourd’hui le seul journaliste français parmi les 573 professionnels de l’information actuellement détenus dans le monde, selon Reporters sans frontières. Son procès en appel pourrait se tenir à l’automne.
Un prix en mémoire d’un héros méconnu
Le prix littéraire de Biot porte le nom de Stéphane Frantz di Rippel, directeur d’hôtel français enlevé et tué en 2011 en Côte d’Ivoire après avoir protégé des envoyés spéciaux français. Son père, résident de Biot, a souhaité lui rendre hommage à travers cette distinction.
La remise du prix 2025 aura lieu le 24 octobre. En attendant, les livres envoyés à Christophe Gleizes, enfermés dans un colis postal, traversent les frontières en portant un message : celui de la liberté de la presse.
Avec AFP






