Élu maire en 2024, réélu en mars 2026, Fabrice Pastor déroule dans Menton-Presse sa feuille de route pour Gorbio. Urbanisme maîtrisé face à la pression foncière, projets attendus depuis des décennies, stationnement, attractivité… Le septième vice-président de l’agglo mentonnaise s’engage pour la préservation l’identité du village… tout en l’inscrivant dans le futur.
Menton-Presse : Quel cap vous êtes-vous fixé pour les années à venir ?
Fabrice Pastor : C’est simple, défendre mon village. Je suis né ici, j’y ai grandi, j’y ai mes racines. Si demain, mon petit-fils peut grandir ici, jouer sur la place, aller à la fontaine, vivre cette enfance rurale que j’ai connue, alors on aura réussi. Gorbio, ce n’est pas seulement un cadre de vie, c’est une identité, un patrimoine. Mon objectif, c’est de le préserver tout en tournant la commune vers l’avenir. Il ne s’agit pas de vivre dans le passé, mais de s’appuyer sur cette richesse pour construire demain.
Quel est aujourd’hui le principal chantier de la ville ?
Le grand enjeu, c’était le Plan local d’urbanisme. On l’a voté le 3 mars dernier, après des années de travail. C’était une révision attendue depuis sept ans. Avant, le PLU était très permissif, notamment dans la vallée, avec un risque de développement d’unités collectives…
On a fait le choix de stopper ça. On est désormais sur un urbanisme maîtrisé, pavillonnaire, paysager. Il faut éviter les constructions massives qui dénatureraient la commune et déséquilibreraient son territoire. Parce qu’il y a une vraie pression foncière. Les promoteurs viennent nous voir. Mais notre ligne est claire. On construit, oui, mais en respectant l’esprit rural de Gorbio.

Vous évoquez justement un déséquilibre entre le village et la vallée…
La commune est coupée en deux. Le vieux village, d’un côté, et la vallée, beaucoup plus urbanisée et tournée vers les pôles d’emploi comme Monaco ou Menton. Nous devons recréer une seule entité. Qu’il ne soit pas simplement un lieu de passage, mais un cœur de vie.
Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez dans la gestion de la commune ?
Le maire est un peu un « couteau suisse ». On vous sollicite pour tout. Un problème d’égout, un conflit de voisinage, un permis de construire… C’est très prenant, très chronophage, mais c’est aussi ce qui fait la richesse du mandat. Il n’y a pas de cabinet, pas d’intermédiaire. On est au contact direct des habitants. La règle que je me fixe : à chaque demande, une réponse. Même si elle est négative…
Qu’est-ce que vous souhaitez absolument avoir accompli d’ici la fin du mandat ?
Deux dossiers majeurs structurent la commune depuis des décennies. L’îlot de ruines et la question du parking.
Sur l’îlot de ruines, on a enfin avancé. Cela fait vingt-cinq ans que le sujet traîne. Ce sont des bâtiments dégradés, dangereux, qui causent des infiltrations chez les riverains. On va sécuriser, assainir et préserver le caractère patrimonial. Un bureau d’études va nous accompagner, avec un objectif de lancement des travaux d’ici la fin de l’année. Ensuite, il faudra s’attaquer au second grand chantier, qui est le stationnement.

Justement, la question du parking reste centrale…
On manque clairement de places. L’été, c’est encore plus compliqué, notamment avec le festival de flamenco qui attire jusqu’à 1 200 personnes sur trois jours. Actuellement, le parking existant sert aussi d’espace événementiel. Il faut donc créer une centaine de places supplémentaires pour répondre aux besoins des habitants et des visiteurs.
La démographie progresse fortement. Comment l’expliquez-vous ?
Gorbio est passé de 660 habitants dans les années 1970 à environ 1 700 aujourd’hui. C’est l’attractivité. La proximité de Monaco, à quatorze kilomètres, joue énormément. Les prix restent plus accessibles. Et puis il y a la qualité de vie. On est à 300 mètres d’altitude, à quelques kilomètres de la mer, dans un environnement préservé. C’est un équilibre rare !
Comment la commune tire-t-elle son épingle du jeu sur le plan touristique ?
On s’appuie sur nos atouts. Le festival de flamenco, qui fête ses vingt-cinq ans, est un temps fort. On a aussi un château avec une importante donation d’œuvres, des expositions toute l’année.
L’été, on attire du monde, avec environ 600 visiteurs par mois sur les expos. On a aussi des gîtes, un camping à la ferme, quelques commerces de bouche qui fonctionnent bien. En revanche, le commerce de proximité reste fragile. Le vieux-village compte peu d’habitants à l’année, et beaucoup travaillent à Monaco ou à Menton, où ils font leurs courses.

Quel rôle peut jouer la Communauté d’agglomération de la Riviera française dans vos projets ?
Pour une commune comme la nôtre, la CARF est essentielle. Elle permet de mutualiser les compétences et les moyens. Transports, déchets, eau, marchés publics… tout cela serait très difficile à gérer à notre échelle. Aujourd’hui, il y a une nouvelle dynamique, avec l’arrivée d’Alexandra Masson à la présidence. Je l’ai connue comme députée, c’est quelqu’un de présent et à l’écoute. Je pense qu’elle apportera une vraie impulsion.
Vous évoquez aussi des projets transfrontaliers ?
La CARF travaille à la création d’un groupement européen avec des communes italiennes. Cela permettra d’accéder plus directement aux financements européens. Pour de petites communes comme la nôtre, c’est une opportunité majeure. On a besoin de financements, notamment pour des projets comme l’îlot de ruines. Si on peut aller chercher des subventions à 80 %, cela change tout.
Vous avez été désigné 7e vice-président, chargé notamment des déchets et de la collecte. Quel rôle allez-vous jouer ?
C’est un choix lié à mon parcours. J’ai travaillé pendant seize ans à Monaco dans les domaines de l’environnement, de la collecte et du recyclage. C’est un sujet technique, mais essentiel. Je viens de prendre mes fonctions, donc je découvre encore les dossiers. Mais c’est un domaine dans lequel je peux apporter une expertise concrète.



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