Les nouvelles municipalités de Nice et de Bordeaux ont décidé de rouvrir largement leurs eaux aux compagnies de croisières maritimes, enterrant définitivement les politiques restrictives de leurs prédécesseurs. Depuis cet automne, Eric Ciotti sur la Côte d’Azur et Thomas Cazenave en Gironde actent le retour officiel des paquebots dans les rades, motivés par les éventuelles retombées financières d’un secteur touristique florissant. Ce revirement met un terme à des mois de querelles judiciaires et d’affrontements politiques…
Les imposantes silhouettes des géants des mers s’apprêtent à s’ancrer dans le paysage azuréen. Autrefois menacés d’être repoussés par des élus, les vastes navires touristiques retrouvent leurs mouillages historiques le long de nos côtes méridionales.
Fin de la bataille maritime dans la baie
À Nice, la page Christian Estrosi se tourne avec un changement de cap radical opéré par le nouveau maire Eric Ciotti (UDR-RN). L’élu a rapidement endossé un plan de régulation des escales et des navires proposé par le préfet en octobre dernier, réglant du même coup un lourd contentieux devant le tribunal administratif.
L’ancienne municipalité s’était pourtant illustrée l’été dernier par une sortie médiatique remarquée. L’ex-maire était monté à bord d’un simple zodiac pour signifier physiquement à un paquebot géant l’interdiction de s’arrêter dans la rade voisine de Villefranche-sur-Mer.
En tant que président de la métropole, Christian Estrosi justifiait alors ses arrêtés d’interdiction et de limitation des navires de plus de 2 500 passagers par « l’urgence climatique, la protection de la biodiversité marine, la promotion d’un tourisme raisonné et la protection du patrimoine ».
La justice administrative a finalement suspendu cette limitation, rappelant que le préfet était le seul compétent sur ce dossier.
Le système de régulation désormais acté satisfait les commerçants et les taxis locaux, mais laisse de marbre le maire de Cannes. David Lisnard (Nouvelle Energie) poursuit en effet depuis plusieurs années une véritable croisade pour réguler les escales de ces bâtiments monumentaux face à la Croisette. Eric Ciotti insiste au contraire sur l’importance vitale du tourisme dans l’économie locale.
Un revirement similaire sur la façade atlantique
Ce mouvement d’ouverture trouve un écho retentissant du côté de Bordeaux. L’ancien maire écologiste Pierre Hurmic tentait de chasser ces immeubles flottants du centre-ville vers un quartier périphérique. Il invoquait des raisons esthétiques et la nécessité de brancher les navires au réseau électrique pour limiter la pollution des moteurs thermiques, au grand désespoir des commerçants du cru.
Son successeur Thomas Cazenave (Renaissance) a mis un coup d’arrêt à ce projet. Le nouvel adjoint au tourisme, Fabien Robert, précise fermement qu’il « ne souhaite pas transférer l’amarrage de ces navires ».
L’élu municipal justifie cette décision par « plusieurs raisons ». Il explique « que le quai devrait être complètement reconstruit » et souligne surtout « que le tourisme fluvial et maritime rapporte plus de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires par an à Bordeaux et à la Gironde ».
Un montant très éloigné des calculs de la chambre de commerce et d’industrie. L’organisme a estimé à seulement 1,5 million d’euros les dépenses générées par les 38 000 passagers accueillis lors des 49 escales de l’an passé, sur la base d’une étude menée auprès de 1 200 personnes.
Les arguments environnementaux sont également balayés par l’adjoint au tourisme. Il s’appuie sur trois enquêtes différentes qui « ont toutes conclu au caractère dérisoire, notamment par rapport à la circulation automobile, de la pollution atmosphérique induite par ces navires ».
L’observatoire Atmo Nouvelle-Aquitaine confirmait d’ailleurs cette tendance dans une étude réalisée en 2022-2023 : « Globalement, l’impact des paquebots maritimes et fluviaux est faible sur la qualité de l’air dans les quartiers aux abords du port ». Fabien Robert ajoute pour conclure que la cité girondine ne reçoit « que des petits et des moyens paquebots » et demeure donc « très loin du sur-tourisme maritime ».
Des compagnies protégées face à l’inflation
Malgré la crise géopolitique au Moyen-Orient et la psychose provoquée par le foyer mortel d’hantavirus sur le navire MV Hondius, l’engouement du public pour les croisières ne faiblit pas. Le géant du secteur TUI ne constate « aucun impact sur les réservations ».
Le marché français a même enregistré en mars une hausse de 4,5% sur un an. Le président du site croisieres.fr, Pierre Pelissier, évoque « une croissance de 30 à 40% du nombre de réservations passagers » sur le seul mois d’avril.
La récente flambée des prix du kérosène reste pour le moment invisible. TUI explique cette protection tarifaire par « l’utilisation de contrats anticipés », évitant aux armateurs de répercuter cette charge financière directe sur les vacanciers.
Le carburant pèse pourtant très lourd dans les budgets maritimes puisqu’il « représente environ 25% du coût du fonctionnement du navire » d’après Pierre Pelissier.
Les compagnies majeures « ont acheté leur carburant il y a 12 ou 18 mois », ce qui signifie mathématiquement qu’ « il pourrait y avoir éventuellement un impact l’année prochaine ».
Pierre Pelissier relativise néanmoins toute perspective de hausse des billets de voyage. « Mais ce qui est important pour les compagnies, c’est que le bateau soit plein, donc elles peuvent être amenées à baisser les prix pour que le bateau parte plein », tranche-t-il.
Nice-Presse avec l’agence






Tout pour les recettes touristiques (en oubliant d’ailleurs qu’une bonne partie de la clientèle touristique finira par déserter une Côte d’Azur dénaturée par la prolifération de ces gratte-ciel flottants) ! Et aucune considération pour les populations sédentaires. Lamentable.