Tandis que la gauche se déchire sur la désignation d’un candidat au poste de Premier ministre, la droite tente de peser dans les négociations en proposant un rapprochement avec la macronie. Mais elle avance divisée et ne dispose pas, en tout cas, d’élus suffisants pour garantir une majorité.

La droite – très courtisée avec une soixantaine de députés, au total, qui pourraient apporter un soutien aux 160 élus du camp présidentiel – diverge entre la ligne indépendante défendue par Laurent Wauquiez qui refuse toute participation à un gouvernement et celle du député du Lot Aurélien Pradié qui plaide pour une cohabitation.

Le chef du nouveau groupe LR de l’Assemblée nourrit des ambitions élyséennes et a écarté dès son arrivée au Palais-Bourbon l’idée d' »une coalition gouvernementale » incluant une participation de la droite.

Avec un groupe constitué pour l’instant de 45 députés – on y trouve Michèle Tabarot du Cannet, Eric Pauget du pays antibois ou encore la cannoise Alexandra Martin –, réunis autour de lui sous le nom de la « Droite républicaine« , il a élaboré une première mouture d’un « pacte législatif », dont les propositions seront soumises à la droite sénatoriale pour élaborer une version définitive.

Dans un document provisoire dont l’AFP a obtenu copie, son groupe reprend dans ce « pacte » des sujets défendus par la droite depuis plusieurs années, notamment la valorisation du travail face à ce qu’il désigne comme « l’assistanat ».

Les propositions contre « l’immigration incontrôlée » ne sont pas non plus nouvelles: « accès aux aides sociales à une durée de présence minimale » ou remplacement de « l’AME (aide médicale d’Etat, NDLR) par une aide médicale d’urgence ».

En clair, le message est le suivant: « voici ce que nous proposons, voici ce que nous voterons » si les autres groupes ou l’exécutif s’emparent de ces idées, explique à l’AFP l’entourage de Laurent Wauquiez.

– « Travail de fond » –

Des idées qui ont en tout cas ravi le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, lui-même ex-LR, qui s’est empressé d’adresser un message aux députés du bloc présidentiel.

« Nous devons travailler avec Les Républicains sur le fond », écrit le ministre de l’Intérieur, assumant clairement sa main tendue : « les propositions législatives du groupe de la droite républicaine sont très intéressantes et méritent que nous en discutions ».

En Conseil des ministres, Emmanuel Macron a repris les termes de la droite, en appelant son camp à « mettre une proposition sur la table en vue d’une coalition majoritaire ou d’un large pacte législatif ».

Mais l’idée de voir la droite imposer son agenda ne séduit pas toute la macronie: « Laisser rentrer Laurent Wauquiez dans la pièce c’est co-signer un bail avec la frange la plus dure de LR et le RN », s’agace un conseiller de l’exécutif, qui voit dans cette démarche « une énième manipulation de Gérald Darmanin pour imposer idéologiquement la droite au Parlement ».

Rappelant que les députés du camp macroniste sont plus nombreux que ceux de la Droite républicaine, cette source ne voit pas non plus pourquoi ce serait cette frange qui « donnerait la ligne » de la législature.

Au-delà des députés qui ont rejoint Laurent Wauquiez, une vingtaine de droite n’ont pour la plupart pas indiqué le nom du groupe qu’ils rejoindraient ou s’ils en créaient un autre.

Parmi eux, le député réélu du Lot Aurélien Pradié, qui a repris son rôle de trublion de la droite après avoir annoncé pendant la campagne sa décision de claquer la porte des Républicains.

Dans un entretien au Point, il a non seulement confirmé qu’il ne siègerait pas avec le groupe de Laurent Wauquiez, sans préciser celui qu’il rejoindrait, mais il a pris également le contre-pied du président du Conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes.

Rejetant « une stratégie qui consiste à observer de loin le pays en attendant 2027 », il plaide, lui, pour un gouvernement de « cohabitation », composé de personnalités et de « bâtisseurs », inspiré du Conseil national de la Résistance (CNR).

Dans l’entourage de Laurent Wauquiez, on se félicite toutefois d' »une clarification de fond » au sein de LR avec le départ de ceux pour qui « la discipline collective est rédhibitoire ».

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