À l’approche de ses cent premiers jours, le maire de Sospel, Christophe Brunengo, détaille dans Menton-Presse ses projets de mandat, dont un complexe sportif et culturel. Volontaire mais lucide, l’ancien premier adjoint ne cache pas le sentiment, partagé par bien des élus, de ne « pas toujours être entendu. »
Menton-Presse : Quel serait le chantier prioritaire dans votre commune ?
Christophe Brunengo : terminer la mairie. Nous mettons ce qu’il faut pour tenir les délais envisagés, c’est-à-dire une finalisation des travaux d’ici la fin de l’année. Nous sommes un peu contraints par une découverte, des fresques. C’est un patrimoine communal exceptionnel, donc nous avons dû agir. Un artisan est à pied d’œuvre pour les rénover. Nous allons pouvoir en sauver environ un tiers.
Resteront-elles visibles ?
Oui, dans la salle des mariages et du conseil, au dernier étage. On pourra les observer lors des événements qui s’y tiennent. J’aimerais d’ailleurs trouver une solution pour montrer aussi au public quelques zones encore bien conservées. Il y a notamment un visage et un livre, assez beaux à regarder.
Quelles contraintes du quotidien vous occupent ?
Il y a la piscine, qui devait ouvrir début juin, ce sera le cas plutôt le 22. Nous avons rencontré des difficultés avec l’entreprise retenue pour refaire la fibre du bassin. Nous avons donc trouvé une solution alternative. Cela permettra à l’association affiliée à la fédération de natation de donner des cours aux élèves de l’école et du collège de Sospel, mais aussi à des écoles extérieures qui n’ont pas d’enseignant.
Vous évoquez l’école. Une classe est justement menacée de fermeture…
C’est un sujet très très énergivore. L’évaluation des inscriptions au mois d’octobre tournait autour de 95 élèves, ce qui a laissé dire au Rectorat qu’il n’y avait plus de quoi maintenir cinq classes. Nous annoncions déjà une centaine d’élèves, sans être entendus. Les inscriptions en donnent aujourd’hui 107…
Vous y croyez encore pour cette rentrée ?
L’inspecteur d’académie n’entend pas vraiment la parole des élus locaux, des professeurs, des ATSEM, alors que tout le monde est monté au créneau, avec les chiffres exacts. Ils restent sur les inscriptions d’octobre dernier, en deçà de la réalité, et attendront la rentrée pour compter les élèves sur place !
Concrètement, quand le saurez-vous ?
Fin septembre. Pendant ce laps de temps, les élèves seront répartis dans des classes surchargées, sans professeur ni ATSEM… Nous sommes dans un monde un peu particulier, où les maires de terrain sont ignorés.

Quelles sont les autres difficultés que vous rencontrez ?
Nous avons un village très dynamique, riche en associations. Notre point noir, c’est le manque de structures sportives. Le Département a dû démolir la salle polyvalente il y a maintenant trois ans, et depuis, nous n’avons plus d’espace pour accueillir. Le problème, c’est que tous les terrains de Sospel sont très gypseux, ce qui rend très coûteuse la construction d’un complexe à la hauteur de la commune.
D’où votre grand projet de mandat ?
C’est effectivement une salle qui ferait à la fois lieu de convivialité, équipement sportif et site culturel. C’est un chantier sur six ans. Nous avons rencontré le président du Département, Charles-Ange Ginésy. Le projet initial portait sur un gymnase de 700 m². Mais nous sommes souvent en concurrence avec le collège, qui veut se réserver l’équipement, alors que nos associations en ont besoin pour s’entraîner et accueillir les enfants. Nous avons donc demandé d’étendre le projet : un dojo de 100 à 120 m², une salle de danse de 120 m² et une salle culturelle de 300 m².
Où ce complexe verrait-il le jour ?
Au même endroit qu’avant, au Stade Donato, un peu plus haut dans la montée. L’ancien bâtiment s’affaissait d’un côté et ne pouvait pas être sauvé : cela aurait coûté beaucoup trop cher.
Autre projet attendu : la ferme-école-restaurant portée par Mauro Colagreco. Où en est-on ?
C’est toujours d’actualité. J’étais encore en discussion ce matin (lundi 15 juin) avec nos avocats et ceux qui suivent le projet de leur côté. Nous avons signé un bail emphytéotique avec le Mirazur, qui pilote désormais le projet. Nous les accompagnons. Mais ils rencontrent des difficultés avec l’État.
Où et quand verra-t-elle le jour ?
Au Pré Saint-Gervais, à l’extérieur du village : une parcelle de 17 hectares avec une cour de ferme au centre. L’idée est de conserver une partie agricole et d’y adjoindre une petite hôtellerie et un restaurant, avec des unités de transformation des récoltes et une cuisine adaptée à l’enseignement, de la terre à l’assiette. Des plantations sont déjà en cours, deux fermiers travaillent la terre.
Le logement est un enjeu majeur sur le territoire. Les prix grimpent-ils aussi à Sospel ?
Oui, la proximité de Monaco et de Menton a fait évoluer notre prix du mètre carré à la hausse. La population, elle, croît doucement : il y a une vraie recherche de bien-être, une envie de sortir des grandes villes, et Menton devient une ville chère. On sent un mouvement vers l’arrière-pays, mais cela reste progressif.
La sécurité était un axe fort de votre campagne. Qu’avez-vous mis en place ?
Notre première action a été de recruter un policier municipal. Il est en place, efficace, bien apprécié de la population. Comme il est cynophile, il est accompagné de son chien. Nous avons aussi renforcé la vidéoprotection, avec désormais quelqu’un de compétent pour suivre et résoudre les affaires.
Un seul agent de police municipale suffit-il pour 4 000 habitants ?
Il est aujourd’hui seul et trop sollicité. Pour bien faire, il en faudrait quatre. La base, ce serait un policier pour 1 000 à 1 200 habitants. Nous allons déjà recruter un ASVP pour renforcer la saison estivale, surtout sur la circulation. Si cela fonctionne, nous reconduirons le contrat pour en avoir au moins deux. Reste la question des moyens financiers.

Vous êtes le cinquième vice-président de la CARF, délégué à l’eau et à l’assainissement. Quelles sont vos missions ?
C’est un domaine vaste et budgétairement, l’un des plus importants. Sospel était plutôt bien lotie : nous avions depuis longtemps une régie qui fonctionnait bien, notamment sur l’installation des compteurs. Mais dans la vallée, les façons de faire n’étaient pas les mêmes. Il y a deux ou trois ans de travail pour rattraper ce retard et remettre la distribution de l’eau au goût du jour.
On évoque aussi une coopération avec l’Italie. Comment cela se matérialiserait-il ?
Cet élargissement concerne la ressource en eau. Aujourd’hui, nous dépendons à la fois d’une alimentation venant de la Roya et d’une autre venant de Nice. L’objectif, c’est de gagner un maximum d’autonomie, en centralisant notre alimentation sur la Roya, via l’Italie ou d’autres méthodes à étudier. Nous avons des ressources importantes dans les vallées de la Roya et de la Bévéra, aujourd’hui trop peu exploitées, alors que le littoral manque d’eau. Si l’on parvient à y faire venir cette eau, l’agglomération peut devenir autonome en approvisionnement.
Enfin, comment travaillez-vous avec la présidente de la CARF, Alexandra Masson, et les autres maires ?
Plutôt très bien. Elle a pris son rôle à bras-le-corps, elle est très investie. Il faut d’ailleurs lui tirer un coup de chapeau : arriver ainsi, c’est moins simple que pour moi, qui ai pris le relais de Jean-Mario Lorenzi en assurant une continuité après avoir été premier adjoint. Elle a beaucoup de dossiers à embrasser. Je crois qu’elle entretient de bonnes relations avec l’ensemble des élus, et elle est à l’écoute. C’est ce qu’on demande à une présidente.
Qu’attendez-vous d’elle en priorité ?
Qu’elle porte un regard sur l’arrière-pays, et pas seulement sur le littoral. Il y a les trois grandes communes de la CARF, mais aussi douze autres communes, tout aussi importantes, qui méritent de l’attention.






Commentez l'actualité
Vous ne pouvez plus réagir 20 jours après la publication de l'article. Les contenus insultants ou diffamatoires ne seront pas autorisés, idem pour la publicité et les liens web. En cas de problème ou de contenu illicite, contactez-nous.