Les attaques de loups dans les Bouches-du-Rhône marquent un tournant avec l’apparition d’un phénomène récent touchant désormais les bovins en 2025. Si la pression du prédateur reste stable sur le territoire, son adaptation aux spécificités de l’élevage camarguais inquiète les autorités et les professionnels, alors que les dispositifs de prévention et d’indemnisation se renforcent pour protéger les exploitations provençales.
Une menace invisible plane désormais sur les troupeaux de taureaux et de veaux au cœur de la Provence. Dans les pâturages des Bouches-du-Rhône, le prédateur semble avoir franchi une nouvelle étape dans son mode opératoire. Les chiffres officiels communiqués par la sous-préfecture d’Aix-en-Provence révèlent une mutation du risque.
Sur les 150 victimes du loup recensées en 2025, onze étaient des bovins. Ce chiffre, bien que minoritaire face aux pertes subies par les élevages ovins ou caprins, marque une évolution notable dans un département où le nombre de 72 attaques de loups “pour lesquelles l’origine lupine n’a pas été écartée” demeure néanmoins constant par rapport aux années précédentes.
L’intelligence du prédateur face aux élevages de Camargue
Le territoire de la Camargue présente des particularités qui compliquent la défense des bêtes. Dans cette zone, les bovins vivent en quasi-liberté, une méthode d’élevage traditionnelle qui limite l’efficacité des protections classiques. Les autorités soulignent que cet environnement spécifique rend les animaux plus vulnérables.
Juliette Fano, éleveuse de taureaux à Istres et présidente de l’association Bovin 13, livre un témoignage éclairant sur la stratégie des canidés. Selon elle, “le loup était présent sur le territoire, il a analysé la façon dont on élève, c’est un animal très intelligent”. Elle décrit des scènes de chasse coordonnées où les prédateurs agissent en binôme, l’un s’occupant de neutraliser le veau tandis que le second maintient la mère à distance pour l’empêcher d’intervenir.
Cette situation inédite a conduit à une reconnaissance officielle de la détresse des éleveurs de bovins. Pour la première fois, leurs représentants ont été intégrés aux réunions du comité départemental. Cette volonté d’ouverture se traduira prochainement par une délocalisation des échanges, puisque le sous-préfet Mathieu Gatineau a annoncé que la prochaine session se tiendrait directement sur le terrain, au plus près des réalités quotidiennes des professionnels de la filière.
Un investissement massif dans la prévention en Provence
Face à la prédation, l’État privilégie pour l’heure une stratégie de défense passive plutôt que des tirs de prélèvement. En 2025, aucun tir n’a été déclenché dans les Bouches-du-Rhône, une absence d’intervention létale que les pouvoirs publics justifient par l’efficacité des mesures de protection. Un budget de 1,2 million d’euros a été alloué à la prévention pour accompagner les exploitations. Ce soutien financier permet notamment l’achat de chiens de protection et l’installation de clôtures électrifiées, des outils jugés indispensables par de nombreux bergers de la région.
À Meyrargues, près d’Aix-en-Provence, Richard Logerot témoigne de l’utilité de ces dispositifs. Cet éleveur de 300 brebis a dû faire face à sept incursions depuis 2019. Aujourd’hui, il se dit “rassuré” par l’accompagnement étatique, particulièrement en ce qui concerne l’indemnisation des pertes indirectes.
Ce mécanisme prend en compte le préjudice subi pour les bêtes qui, bien que n’ayant pas été tuées lors de l’assaut, sont égarées ou traumatisées à la suite d’un passage du loup. Pour ces acteurs de l’agriculture provençale, l’enjeu reste de trouver un équilibre fragile entre la présence du prédateur et la survie économique des élevages.
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP







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