Le prince Albert II de Monaco affichait sa sérénité, mais la démission soudaine de son chef du gouvernement nommé révèle une crise profonde au sommet de la Principauté.
Philippe Mettoux, désigné ministre d’État après cinq mois de recherches, a annoncé son retrait jeudi soir, avant même de prendre officiellement ses fonctions. Un coup de théâtre qui fragilise l’exécutif monégasque et interroge sur les luttes d’influence à l’œuvre dans les coulisses du pouvoir.
Un départ avant même l’entrée en fonction
Dans un communiqué transmis à l’AFP, Philippe Mettoux justifie sa décision par des obstacles internes : « Il ressort de différents échanges que j’ai eus tout récemment que des forces négatives et contraires sont d’ores et déjà à l’œuvre pour faire perdurer les pratiques archaïques du passé et m’empêcher de mener à bien la mission que le Prince Albert m’a confiée », a-t-il déclaré.
Il n’a pas apporté davantage de précisions. Cette déclaration intervient dans un contexte particulièrement tendu, marqué par des affrontements entre anciens collaborateurs du prince écartés du pouvoir et le puissant promoteur immobilier Patrice Pastor, accusé par certains de vouloir étendre son emprise sur Monaco.
Un profil solide qui ne résiste pas aux tensions du Rocher
Âgé de 66 ans, conseiller d’État, ancien procureur et ex-conseiller du Premier ministre Dominique de Villepin, Philippe Mettoux incarnait un choix stratégique pour Albert II. Depuis son intronisation en 2005, le souverain tente d’asseoir une gouvernance exemplaire, loin des soupçons de malversations qui ternissent régulièrement l’image de la Principauté.
Quelques jours avant sa renonciation, Mettoux s’était montré enthousiaste sur LinkedIn. « Il est incontestable que Monaco réussit dans les domaines de l’économie, de la finance, de l’attractivité, de l’innovation, du tourisme et de l’influence, selon un modèle original qui associe une monarchie active et une démocratie effective », écrivait-il. Et d’ajouter : « Comme tous les pays, Monaco est confronté à des enjeux politiques, géopolitiques, sociétaux, sociaux, technologiques, environnementaux importants », concluant : « J’aime les défis. Je me suis préparé ».
Renforcer la lutte contre la corruption
Dans son communiqué de démission, Mettoux déplore : « il m’est apparu malheureusement évident que je ne disposerai pas des leviers indispensables pour écrire la nouvelle page, pourtant appelée de ses vœux par le Souverain et qui est nécessaire au rayonnement, à la stabilité et au redressement du pays ». Il appelle également à une intensification de la lutte contre la corruption et le blanchiment d’argent.
Placée en 2023 sur la « liste grise » du Groupe d’action financière (Gafi), la Principauté a été rejointe récemment par la Commission européenne, qui classe Monaco parmi les territoires à « haut risque ». Et les défis sont nombreux : entre pressions économiques et attractivité fiscale, la concentration exceptionnelle de fortunes sur quelques kilomètres carrés suscite des convoitises.
Les « Dossiers du Rocher », révélateurs d’un climat délétère
Le climat de suspicion s’est envenimé depuis 2021 avec la publication du site « Dossiers du Rocher ». Ce site anonyme accuse quatre proches du prince, dont son avocat personnel Thierry Lacoste et son comptable Claude Palmero, de collusion avec des groupes immobiliers concurrents de Patrice Pastor.
Une trentaine d’enquêtes sont actuellement ouvertes dans ce contexte sulfureux. Mercredi, une nouvelle étape a été franchie avec l’inculpation de Didier Linotte, ancien président du haut tribunal monégasque, pour prise illégale d’intérêt en bande organisée et corruption passive.
Nouveau casse-tête pour le prince Albert II
Attendu samedi à l’exposition universelle d’Osaka pour la journée nationale de Monaco, le prince Albert doit de nouveau désigner un ministre d’État. Une fonction stratégique, traditionnellement confiée à une personnalité française détachée, chargée de piloter la politique publique et de superviser l’administration locale.
Depuis le décès en janvier dernier de Didier Guillaume, ancien ministre français de l’Agriculture qui avait pris ses fonctions à Monaco en septembre 2024, c’est la Monégasque Isabelle Berro-Amadeï, ministre des Relations extérieures, qui assure l’intérim à ce poste clé.
Avec AFP



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