Dans les Alpes-​Maritimes, tradi­tionnel bastion LR où le Rassemblement national grignote du terrain, une semaine de "chaos" a creusé les divisions entre militants Les Républicains approuvant l'alliance de leur président Eric Ciotti avec l'extrême droite et ceux dénonçant une ligne "infran­chis­sable en République".

"Ça a été un véritable chaos"! Vendredi soir, devant près de 300 militants rassemblés pour le lancement de sa campagne, Michèle Tabarot, députée LR des Alpes-​Maritimes, est revenue sur la folle semaine vécue par son parti.

Devant sa perma­nence installée à Pégomas, ville de 8.000 âmes connue pour ses plantes à parfum, la candidate à sa réélection dans la 9e circons­cription du dépar­tement a évoqué "le premier choc de la semaine", la disso­lution de l'Assemblée nationale annoncée dimanche, avant le second, mardi, quand "Eric Ciotti a choisi tout seul un nouveau destin pour Les Républicains".

Les deux se connaissent bien puisqu'ils sont chacun député du même département.

"Eric, pour lequel j'avais beaucoup d'amitié, a mis notre famille devant le fait accompli", a-​t-​elle lancé devant ses partisans débous­solés par ce scénario inima­gi­nable il y a une semaine encore, quand François-​Xavier Bellamy bouclait sa campagne européenne sur les terres de Tabarot, au Cannet.

"Les militants atten­daient une clari­fi­cation, ils ne savaient pas ce qui était en train de se passer, ils voyaient une famille déchirée. Ce qui les a rassurés, c'est de voir que le reste de la famille a fait bloc", voulait-​elle croire après son allocution. A cette heure, la justice n'avait pas encore suspendu l'exclusion d'Eric Ciotti de la prési­dence LR, décidée par le bureau politique du parti.

Dans la circons­cription de Mme Tabarot, la première de France pour les LR avec 1.800 encartés, les partis d'extrême droite RN et Reconquête ont frôlé dimanche dernier, à eux deux, les 50% des voix.

"Il y aura bien entendu quelques personnes qui nous repro­cheront de ne pas avoir fait cette alliance, mais on n'a reçu que des témoi­gnages de sympathie et d'amitié", assure Mme Tabarot.

"Je suis décidé à faire campagne activement", confirme à l'AFP Walid, 46 ans, employé dans le secteur du tourisme préférant taire son nom, et pour qui "Eric Ciotti a pris le parti en otage". "Je suis aux Républicains pour deux raisons, mon soutien ferme à Michèle Tabarot et le fait que ce soit un parti républicain. Il y a une ligne avec le RN que je ne veux pas franchir", insiste-t-il.

- "Pourquoi?" -

Présidente de la commission nationale d'investiture des LR, Michèle Tabarot devait attribuer ce samedi les dernières circons­crip­tions aux candidats du parti, y compris possi­blement face à Eric Ciotti dans la 1ère des Alpes-​Maritimes, à Nice.

Dans cette "circo", Eric Ciotti a lancé sa propre campagne. Vendredi, il a été accueilli par une haie d'honneur de quelques dizaines de personnes à sa perma­nence, selon une des personnes présentes, mais les militants semblent partagés sur son initiative.

Selon une source interne, après un sondage télépho­nique réalisé dans la semaine auprès de ses soutiens locaux, "60% approuvent sa décision mais 40% se demandent pourquoi il a fait ça et pourquoi il se vend au RN".

"À part flinguer le groupe LR, son opération ne ressemble à rien, il a bafoué la démocratie interne", fustige un cadre local qui refuse de le suivre. Un autre militant proche de M. Ciotti estime que "le rêve absolu" de ce dernier est de devenir ministre de l'Intérieur.

Des électeurs rencontrés vendredi sur le marché de Valberg, chic station de ski qui est aussi le fief de Charles-​Ange Ginesy, président du dépar­tement resté jusqu'à ce jour silen­cieux sur l'initiative du chef de parti, ont moins de réticences.

"Il a très bien fait", lance Eric, restau­rateur de 64 ans préférant rester anonyme. "Qu'est-ce qu'ils vont faire de mal le RN ? La seule chose qu'ils feront, c'est plus de sécurité, et c'est très bien. Les finances, de toutes façons, ne peuvent pas aller plus mal."

"Je suis à 100% pour l'union des droites, ça ne me dérange pas de faire front contre la gauche", lance de son côté Martine Médecin, 70 ans, employée dans la station, dont le père fut un célèbre maire de Nice.

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