Municipales 2026 - À quelques semaines des municipales, les propos polémiques de Jean-Luc Mélenchon sur Jeffrey Epstein ou Raphaël Glucksmann tendent un peu plus les relations entre La France insoumise et le reste de la gauche. Socialistes et Ecologistes, qui auront souvent besoin des voix insoumises au second tour, prennent pourtant chaque jour davantage leurs distances.
Dans les salles de meeting, une syllabe de trop peut coûter cher. Les « écarts » récents de Jean-Luc Mélenchon, accusé par ses adversaires de nourrir des soupçons d’antisémitisme, compliquent encore la perspective d’alliances de second tour aux municipales avec les autres formations de gauche.
Partie en solitaire dans une majorité de villes, La France insoumise n’est quasiment jamais en situation de gagner, selon l’AFP. Mais sa présence peut, dans de nombreux cas, empêcher ses partenaires de gauche de conserver un bastion ou de faire basculer une mairie.
Des villes clés où LFI peut peser
Cette configuration concerne des grandes villes comme Paris, Marseille et Lyon, mais aussi Toulouse, Limoges, Avignon, Amiens, ainsi que plusieurs autres communes. Dans ces lieux, la mécanique du second tour rend chaque voix stratégique, et place les listes insoumises au cœur des calculs de fusion.
Jusqu’à présent, socialistes et Ecologistes ont ménagé leur ex-allié du Nouveau Front populaire, même si le Parti socialiste avait dès le début refusé tout accord national avec LFI. Le climat s’était déjà tendu après l’homicide du militant d’extrême droite radicale Quentin Deranque, à Lyon, dans lequel plusieurs proches du député insoumis Raphaël Arnault sont mis en cause.
À l’époque, le PS avait évoqué de « rares » rapprochements avec LFI au second tour, à condition que les Insoumis s’engagent à rompre avec « la violence politique ». Une ligne loin de faire l’unanimité, plusieurs ténors demandant en interne une rupture totale. Et les candidats socialistes dans les deux plus grandes villes, Paris et Marseille, ont exclu toute alliance.
Et à Nice ?
L’union niçoise de la gauche, autour des bannières du PS, des Verts et des communistes, est sur la même position : pas d’alliance au second tour avec les rivaux/amis de la liste LFI. Juliette Chesnel-Le Roux reproche aux Insoumis locaux de n’avoir dit mot sur les outrances nationales de Jean-Luc Mélenchon. D’autres critères jouent. Ainsi, sur les réseaux sociaux, le socialiste Patrick Allemand a noté : « Battons-nous pour nos objectifs et cessons de tolérer des ambiguïtés de la part d’une extrême gauche capable, un jour, de décréter l’un de nous ‘ligne rouge’ et, le lendemain, de nous tendre la main. (…) Les pressions dont nous faisons l’objet, les interpellations publiques, ne doivent en rien nous faire dévier de notre trajectoire. »
Le PS durcit le ton
Ces dernières semaines, LFI avait pourtant semblé tendre la main à ses partenaires en proposant des « fusions techniques » pour empêcher la droite ou l’extrême droite de l’emporter. Mais les sorties de Jean-Luc Mélenchon, lors de deux récents meetings, ironisant sur la prononciation du nom du criminel sexuel new-yorkais Jeffrey Epstein et surtout sur celui de l’eurodéputé Raphaël Glucksmann, ont mis ses partenaires dans une position encore plus inconfortable.
Fait rare, le leader insoumis s’est dit lundi « désolé » d’avoir « par erreur » déformé le nom du leader de Place publique. En retour, Raphaël Glucksmann l’a comparé à l’ancien leader d’extrême droite Jean-Marie Le Pen.
Avant ces excuses, le patron du PS Olivier Faure a déploré chez Jean-Luc Mélenchon « une stratégie qui dérive sur les eaux brunes de l’antisémitisme ». Et la présidente de la région Occitanie Carole Delga, opposante notoire à M. Mélenchon, a jugé que toute alliance locale avec LFI au soir du premier tour serait « un déshonneur » et « un reniement ».
Sur le terrain, ces tensions se traduisent par des demandes de clarification et des avertissements. À Toulouse, le socialiste François Briançon, tête de la liste d’union de la gauche, ne peut envisager une victoire contre le maire divers droite sortant Jean-Luc Moudenc qu’en cas de fusion avec la liste du député LFI François Piquemal. Il a appelé ce dernier à une « clarification », faute de quoi un accord de second tour serait impossible.
François Briançon, comme d’autres candidats de gauche, dit avoir été pressé par ses adversaires, notamment de droite, de préciser sa position vis-à-vis de LFI. À Nantes, la maire PS sortante Johanna Rolland a elle aussi été sommée par son adversaire de la droite et du centre Foulques Chombart de Lauwe de s’exprimer sur un potentiel accord au second tour.
Les Verts entre prudence et… besoin de voix
Même les Ecologistes, pourtant liés à LFI par des accords de premier tour et jusque-là très prudents dans leurs critiques, ont haussé le ton. La secrétaire nationale des Verts Marine Tondelier, jugeant les propos de Jean-Luc Melenchon « innacceptables », a prévenu dimanche que des « conditions » seraient posées avant d’envisager un accord de second tour, avec des attentes de « paroles fortes » sur « la violence en politique » ou les « dérapages antisémites ».
Mais, comme au PS, les maires écologistes ont souvent besoin des voix insoumises au second tour. À Lyon, l’édile sortant Grégory Doucet, donné en très mauvaise posture dans les sondages face à Jean-Michel Aulas, soutenu par la droite et le centre-droit, a ouvert la porte à une alliance avec LFI.
Au PS comme chez les Verts, beaucoup espèrent presque ouvertement que les listes insoumises ne dépasseront pas la barre des 10% des votants au premier tour, ce qui les empêcherait de se maintenir.
Ce qui est important
- Dans plusieurs grandes villes (Paris, Marseille, Lyon, Toulouse, Nantes…), les listes LFI peuvent peser sur l’issue en bloquant ou en conditionnant des fusions de second tour.
- Les sorties de Jean-Luc Mélenchon sur Epstein et Glucksmann durcissent la prise de distance du PS et des Ecologistes, avec des exigences publiques et des lignes rouges posées.
- Le seuil de 10% au premier tour devient un enjeu tactique central, car il conditionne la capacité des listes insoumises à se maintenir.
Nice-Presse avec agence










Commentez l'actualité
Vous ne pouvez plus réagir 20 jours après la publication de l'article. Les contenus insultants ou diffamatoires ne seront pas autorisés, idem pour la publicité et les liens web. En cas de problème ou de contenu illicite, contactez-nous.