Emblématique directeur du Negresco depuis 2019, Lionel Servant veille sur l’un des derniers palaces indépendants de France, joyau niçois aux 6000 œuvres d’art, qui accueille chaque année les stars du monde entier.
Dans l’un des majestueux salons de l’hôtel le plus emblématique du Sud, avec un aperçu sur la mer et un autre sur le majestueux portrait du Roi Soleil vu par Rigaud, l’ancien directeur du Radisson Blu a reçu Nice-Presse Dimanche : entre grands travaux, défis contemporains et amour du patrimoine, il nous confie son ambition perpétuelle, « faire du Negresco l’hôtel identitaire de Nice, celui qui traverse le temps.»
L’hôtel a entrepris d’importants travaux de rénovation. À quoi doit-on s’attendre ? Et surtout, quand allons-nous revoir le célèbre dôme ?
La conclusion des travaux est prévue pour fin avril. La façade, entièrement rénovée, retrouvera tout son éclat d’origine : nous avons retiré 110 ans de peinture pour redécouvrir les moulures initiales, un travail extrêmement minutieux. Les quatre statues monumentales de Michel de Tarnowsky, présentes lors de l’ouverture en 1913, vont retrouver leur place.
La façade aura ainsi recouvré toute sa magie : le blanc, souligné par la couleur menthe, et l’enseigne légèrement réduite, mais toujours fidèle à son histoire. On a hésité, avec les Bâtiments de France, à changer la police d’écriture, mais finalement nous avons préféré rester alignés sur l’origine.
Conserver un tel héritage tout en restant dans l’air du temps, c’est un défi permanent ?
(Sourire) C’est permanent, oui ! Et c’est une démarche très volontariste. Ce qui distingue Le Negresco, c’est justement cette capacité à rester authentique et unique parmi les palaces légendaires de la Côte d’Azur. Nos hôtes cherchent précisément cette expérience singulière, empreinte d’histoire.
Votre clientèle reste très internationale. Comment abordez-vous la saison 2025 ?
Avec beaucoup d’optimisme. Nous avons une très bonne visibilité à court terme. Le volume de réservations est élevé pour les mois à venir. Après une année 2024 record en chiffre d’affaires, les indicateurs pour 2025 sont excellents. L’hiver doux que nous venons de passer a aussi beaucoup aidé…

Ressentez-vous cette volonté de lisser le tourisme sur toute l’année ?
De plus en plus. Nous remarquons clairement un allongement des périodes de séjour, avec une vraie tendance à éviter les pics saisonniers, à privilégier printemps et automne plutôt que l’été. Nice a d’ailleurs fait un gros travail pour attirer du monde en hiver, et cela porte ses fruits.
La politique événementielle de la ville participe-t-elle vraiment à cette évolution ?
Absolument. Nice s’est considérablement embellie depuis dix ans : rénovation de la Promenade des Anglais, embellissement du Vieux-Nice, sécurité améliorée, gestion du trafic optimisée. L’arrivée de nouveaux hôtels 5 étoiles contribue également à positionner la ville sur le créneau du luxe, ce qui bénéficie à toute la destination.
Le Negresco reste l’un des rares hôtels indépendants de luxe en France. Comment maintenez-vous cette singularité face aux grands groupes internationaux ?
C’est une immense fierté. Madame Augier, n’ayant pas d’héritier, a créé un fonds de dotation permettant de préserver cette indépendance. Mon rôle est de perpétuer cette stratégie : embellir la maison, lui redonner toute sa grandeur pour les prochaines générations. L’objectif : rester indépendants, malgré les nombreuses sollicitations.
L’hôtel abrite une collection d’art impressionnante, du XVIIe siècle à l’art contemporain. Comment l’enrichissez-vous aujourd’hui ?
Nous avons ici l’une des oeuvres majeures de Hyacinthe Rigaud, un portrait du Roi Soleil, dont seulement trois existent, une au Louvre, une à Versailles, et l’autre ici, face à nous. Le lustre du Salon Royal compte 16.200 pièces en cristal Baccarat, l’autre exemplaire étant au Kremlin.
Nous prêtons régulièrement des pièces, comme récemment des œuvres de Moretti au musée Lympia. C’est notre ADN de faire vivre cette collection. Dès que nos rénovations seront terminées, nous poursuivrons l’œuvre de Madame Augier en enrichissant encore ce patrimoine. Séjourner au Negresco, c’est une immersion unique.
Comment abordez-vous la concurrence de Cannes et Monaco ?
Nous nous adaptons très bien. L’arrivée des nouveaux hôtels haut de gamme contribue au « positionnement luxe » de Nice, longtemps en retard sur ce segment. Chacun trouve sa place : Cannes sur le tourisme d’affaires et les congrès, Monaco et Saint-Tropez sur un positionnement festif ultra-luxe. Mais nous profitons naturellement d’événements comme le Festival de Cannes ou le Grand Prix de Monaco.
Quelle est votre vision pour l’avenir du Negresco ?
Il traversera le temps, car il a déjà 110 ans d’histoire derrière lui. C’est un hôtel de légende. Beaucoup de nouveaux établissements arriveront, mais aucun ne pourra rattraper ce prestige accumulé. Si nous ne commettons aucune faute stratégique, Le Negresco restera l’emblème de Nice pour les décennies à venir.
Le Chantecler participe-t-il pleinement à ce rayonnement ?
J’ai beaucoup investi dans le Chantecler pour moderniser son image, le rendre attractif et contemporain. Avoir une femme cheffe étoilée, Virginie Basselot, Meilleure Ouvrière de France – seules deux femmes en France ont ce titre dans un palace étoilé ! – rajeunit clairement l’image du Negresco.
Le restaurant fonctionne très bien et attire une clientèle locale importante : Niçois, Cannois, Monégasques viennent célébrer ici des moments clés. Aujourd’hui, les Azuréens représentent 50% de notre chiffre d’affaires. La cuisine de Virginie, axée sur les produits locaux, plaît énormément.










Le Negresco une fierté pour nous les Niçois.
Cet hôtel magnifique et son architecture charmante, une véritable perle de la Côte d’Azur,
Bella jornada !