À l’approche des municipales de mars, la gratuité des transports s’impose comme un thème central dans de nombreuses villes françaises. Défendue comme un levier social et écologique par certains élus, contestée comme une promesse coûteuse par d’autres, elle cristallise les débats de campagne. Derrière un mot d’ordre séduisant, les projets diffèrent fortement selon les territoires et les candidats.
Gratuité pour tous, pour une partie de la population ou seulement certains jours… La promesse fait florès et attise les discussions. Dans les meetings comme dans les programmes, la question des transports publics revient avec insistance, parfois applaudie, parfois dénoncée comme une manœuvre électorale.
À Nice, le maire-candidat Christian Estrosi (Les Républicains-Horizons) propose d’instaurer la gratuité des transports publics « dès le premier jour de la retraite ». Ils le sont déjà, notamment, pour les moins de 11 ans. À gauche, la liste d’union PS-PCF-EELV et, distincte, celle de LFI-Viva, plaident pour étendre ce geste à tous.
La gratuité comme marqueur politique
À Montpellier, le maire sortant socialiste Michaël Delafosse revendique sans détour ce choix. « Tant que je serai là, la gratuité sera défendue », assure-t-il. La mesure, annoncée en 2020, a été progressivement étendue avant de concerner depuis un peu plus de deux ans l’ensemble des habitants de la métropole, soit environ 500.000 personnes, sur les réseaux de bus et de tramway.
Selon l’édile, le bénéfice est tangible pour les ménages. Il avance une économie annuelle de plus de 1.400 euros pour une famille de quatre, tout en mettant en avant un impact positif sur la pollution. « La mobilité doit être un droit, comme l’école gratuite ou l’accès universel à la santé », plaide-t-il, alors que la Cour des comptes a récemment exprimé des inquiétudes sur la capacité d’investissement des collectivités.
Sur le même territoire, les positions divergent. Si Mohed Altrad considère la gratuité universelle comme un « acquis », la candidate de centre-droit Isabelle Perrein souhaite en limiter le bénéfice aux jeunes et aux retraités, illustrant la diversité des approches au sein d’une même campagne.
Des effets positifs… sous conditions
À Dunkerque, la gratuité est présentée comme un succès. Le maire divers-gauche Patrice Vergriete la juge « géniale » dans les territoires où le réseau était auparavant peu fréquenté. Mise en place en 2018, elle a fait passer le nombre d’usagers quotidiens de 35.000 à 80.000. Les commerces du centre-ville auraient également bénéficié d’une hausse de fréquentation de 30%, selon l’élu.
Mais ce dernier pose une limite claire. « Si l’offre est insuffisante, le réseau saturé ou de mauvaise qualité, il ne faut pas la faire », avertit-il, rappelant que la gratuité ne peut fonctionner sans un service solide.
En France, une quarantaine de collectivités ont déjà sauté le pas, majoritairement des villes moyennes comme Châteauroux, Castres, Niort ou Bourges. Début 2026, le réseau Tadao, qui dessert environ 150 communes autour de Lens, est devenu le plus vaste à proposer la gratuité totale, y compris pour les non-résidents, sur un bassin de 650.000 habitants.
Mises en garde financières
Le gouvernement reste réservé. Le ministre chargé des Transports, Philippe Tabarot, s’est dit « pas favorable » à une généralisation, soulignant devant l’Assemblée nationale que l’offre ne suit pas toujours, que le report de la voiture vers les transports collectifs n’est pas automatique et que le financement repose in fine sur les entreprises via le versement mobilité.
Dans les grandes villes, les propositions se multiplient. À Lyon, Jean-Michel Aulas promet la gratuité aux habitants gagnant moins de 2.500 euros nets par mois. À Toulouse, François Piquemal l’envisage pour les moins de 26 ans. À Poitiers, le débat porte sur l’extension d’un dispositif déjà en vigueur le samedi, entre généralisation ou élargissement à d’autres jours.
Les critiques sont vives. À Clermont-Ferrand, le maire socialiste Olivier Bianchi estime que la gratuité totale n’est pas soutenable sans développement du réseau. Son adversaire Julien Bony dénonce une « pêche aux voix » et redoute une « dégradation de la qualité ». À Metz, le candidat RN Étienne Anstett juge que la mesure profiterait aussi aux ménages les plus aisés, sans répondre aux véritables enjeux.
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP









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