Le rappeur Freeze Corleone a été condamné lundi à Nice à 15 mois de prison avec sursis. Le tribunal correctionnel a retenu l’apologie du terrorisme dans une affaire liée à une chanson sortie en février 2024. Une amende de 50 000 euros et une interdiction de séjour dans les Alpes-Maritimes ont également été prononcées.
Dans la salle d’audience, une affaire très suivie localement, en lien avec l’attentat de la Promenade des Anglais, a trouvé son épilogue judiciaire. Lundi, le tribunal correctionnel de Nice a condamné Freeze Corleone à 15 mois de prison avec sursis, assortis de 50 000 euros d’amende et d’une interdiction de séjour de trois ans dans les Alpes-Maritimes.
Le parquet, qui avait requis 18 mois de prison avec sursis, a été suivi sur l’essentiel. Le rappeur, âgé de 33 ans, était poursuivi pour apologie du terrorisme.
Une chanson au cœur de l’affaire
L’affaire porte sur le titre « Haaland », un duo avec le rappeur allemand Luciano, extrait de l’album « La menace fantôme » sorti en février 2024. Dans ce morceau, Freeze Corleone semble s’identifier à l’auteur de l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice, qui avait fait 86 morts et des centaines de blessés après le feu d’artifice sur la Promenade des Anglais.
Le nom de l’avenue n’est jamais explicitement mentionné, mais il est suggéré par les rimes et une phrase interrompue : « En défense j’suis Kalidou, t’es Lenglet. Burberry comme un grand-père anglais. J’arrive dans l’rap comme un camion qui bombarde à fond sur la… ».
L’album avait enregistré 5,2 millions d’écoutes sur Spotify dans les 24 heures suivant sa sortie, a rappelé le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, lors du procès en février.
À l’époque, Christian Estrosi et Éric Ciotti s’étaient insurgés sur les réseaux sociaux contre ce couplet, qui a rapidement déclenché une enquête. Dans un communiqué, l’artiste avait dénoncé des « déclarations intempestives », « des interprétations arbitraires et injurieuses » et « des paroles imaginaires ».
Issa Lorenzo Diakhaté, de son vrai nom, n’a ensuite plus pris la parole dans ce dossier. Il ne s’est présenté ni au procès ni au délibéré.
Débats sur la liberté d’expression
Lors des audiences, les échanges ont porté sur la liberté d’expression dans le rap. « L’art peut et doit nous bousculer », a reconnu le procureur Damien Martinelli, tout en saluant des artistes capables de mettre « des mots parfois violents sur les réalités sociales parfois oubliées ».
Le magistrat a toutefois évoqué d’autres paroles controversées du rappeur, le qualifiant de « Dieudonné du rap français » en raison d’« un fond idéologique nauséabond et une volonté de provocation dans une logique mercantile ».
Son avocat, Me Adrien Chartron, a annoncé qu’il ferait appel, dénonçant une décision « qui relève plus de l’autoritaire, du discrétionnaire que du droit ». Il a soutenu que la condamnation portait sur des mots qui n’avaient jamais été prononcés.
Les victimes présentes au procès
Plusieurs victimes de l’attentat et associations se sont constituées parties civiles. Elles ont dénoncé l’usage commercial de leur souffrance et regretté l’absence du rappeur à l’audience.
« Je ne peux pas croire qu’on puisse glorifier leurs cauchemars », a déclaré Hager ben Aouissi, présidente d’une association accompagnant les enfants victimes. « Le terrorisme ne doit pas être une image de puissance, ça ne peut pas être une figure de style ».
Le tribunal a également condamné Freeze Corleone à verser 2 800 euros de dommages et intérêts à chaque partie civile.
Le rappeur avait déjà été écarté par son label Universal Music après une enquête en 2020 pour provocation à la haine raciale, classée sans suite.
Au moment de l’ouverture de l’enquête en février 2024, il était en tournée. Il a ensuite renoncé à se produire en concert après plusieurs annulations préfectorales.
Ce qui est important
- Une condamnation à 15 mois de prison avec sursis, 50.000 euros d’amende et une interdiction de séjour dans les Alpes-Maritimes
- Une affaire liée à une chanson évoquant l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice
- Des victimes et associations parties civiles, indemnisées à hauteur de 2.800 euros chacune
Nice-Presse avec agence



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