LIRE NOTRE DOSSIER - Les espoirs du quartier Riquier

La musique, les cris, en boucle dans les oreilles. Depuis leur ouverture dans le quartier Riquier, il y a quelques années, le Mama Shelter et le Pam Hôtel attirent les foules, et les foudres des riverains. Les nuisances se répètent, les plaintes aussi. Mais rien ne semble bouger. Excédés, le comité de quartier et le voisinage ne comptent pas en rester là.

FAITES-VOUS ENTENDRE – Vers minuit, ce serait toujours la même rengaine. « Le boucan de la soirée, commencée il y a plusieurs heures déjà. La musique finit par s’arrêter mais les gens restent devant l’entrée. Ils rient, chantent, crient. Parfois jusqu’à deux heures du matin ». Philippe vit juste en face du Pam Hôtel, rue Smolett. Et, malgré le double vitrage, il vit les soirées comme s’il y était !

Il a bien tenté de freiner les fêtards depuis son balcon, en leur jetant de l’eau dessus. Sans grand succès : « bientôt, je vais devoir passer aux œufs ! ».

Avant d’en arriver là, il y a eu des tentatives plus… conventionnelles. « On a appelé la police tellement de fois, raconte la fille de Philippe, mais on ne les a jamais vus venir. Souvent, ils nous renvoient vers la direction ».

Lire aussi – Riquier – Nice. À 26 ans, Maxime a transformé ce petit kiosque et refuse de voir son quartier s’éteindre, « il ne faut surtout pas qu’il lâche l’affaire »

IMG 0055 edited scaled
Rue Smolett : À droite, le Pam Hôtel, à gauche, l’immeuble où vit Philippe. Photo : Célia Soddu / Nice-Presse

Sauf que, quand ils contactent les responsables, « on nous répond que le nombre de décibels est en règle, raconte-t-elle. C’est un dialogue de sourds, tout le monde se renvoie la balle… »

« Depuis l’été dernier, ces fêtes sont récurrentes, plusieurs par semaine ». Ils sont rejoints par leur voisine du dessous : « j’espère qu’il n’y aura pas d’autres commerces aussi bruyants, sinon je vais finir par déménager ».

Au Mama Shelter, la pergola de la discorde exaspère le voisinage

Quelques trottoirs plus loin, une autre musique assourdit les riverains, celle du Mama Shelter, le long du boulevard.

Ouvert en juin 2024, l’hôtel possède une pergola, encastrée entre des immeubles, « au même niveau que certains des appartements alentour » explique Nathalie, du comité de quartier. On trouve également un fumoir à proximité, très fréquenté pendant les fêtes.

« Il y a beaucoup de soirées avec la piscine, des enceintes à fond, les cris des gens… imaginez tout ça au niveau de votre fenêtre ! » On retrouve les mêmes nuisances qu’au Pam, où « des groupes continuent de s’amuser jusqu’à deux ou trois heures du matin devant, dans la rue ».

« Même les clients qui ont pris une chambre se plaignent du bruit, à en croire les avis postés sur Google ! »

Lire aussi – Riquier – Les pistes cyclables de Nice, encore un vrai casse-tête ? Des usagers pointent ce quartier où le réseau reste « dangereux et incohérent »

IMG 0138
La pergola de l’hôtel Mama Shelter. Photo : Célia Soddu / Nice-Presse

Ces enseignes ne se présentent plus seulement comme des hôtels mais comme des lieux de convivialité, mettant en avant leurs animations à gogo, leurs bars et restaurants, ouverts à tous.

C’est moins le concept que l’emplacement qui fait enrager les riverains : « On était dans un quartier calme, argumente Nathalie. C’est bien d’attirer des touristes, mais ça ne doit pas devenir Ibiza ».

« Quand je me couche, j’angoisse du moment où la musique va commencer » confesse Nicole.

Là encore, des demandes ont été formulées auprès du Mama et de l’ancienne municipalité. « Lors d’une réunion de médiation, la directrice a promis deux fêtes, uniquement, dans l’année, explique Nathalie. Quant aux évènements liés au tourisme d’affaires, il ne peut, soi-disant, y avoir d’encadrement de leur part ».

Vivre ensemble à Riquier : dialogue impossible entre fêtards et habitants ?

Au sujet du Pam et du Mama Shelter, les demandes convergent : « terminer les réjouissances plus tôt, à des heures qui respectent aussi les habitants » affirme l’association.

IMG 0041 edited scaled
L’entrée du Pam Hôtel. Photo : Célia Soddu / Nice-Presse

Pour éviter les nuisances, « il faudrait créer une sorte de fumoir à l’intérieur » suggère la fille de Philippe. « Sinon, encadrer davantage les gens dehors, pour éviter qu’ils finissent ivres morts » réfléchit Nathalie.

IMG 0049
Photo : Célia Soddu / Nice-Presse
IMG 0025
Photo : Célia Soddu / Nice-Presse

Début avril, le comité de quartier envoyait un courrier au nouveau maire, Eric Ciotti, afin de lui faire part de ce calvaire. D’après le courrier en réponse que nous nous sommes procuré, il assure avoir « saisi les services municipaux pour exiger le respect strict des autorisations existantes », cela signifiant notamment « l’insonorisation complète du fumoir ».

« Mais des employés nous ont carrément conseillé de déménager, lâche Nathalie, puisque le programme des soirées ne ferait que s’intensifier ».

« Dans ce quartier, on se connaît bien, assure une habitante face au Pam, c’est comme un village. Ça me gêne, ce manque de communication. On serait contents que ça fonctionne pour les hôteliers, si on a notre tranquillité aussi. Il en faut pour tout le monde… »

Partagez cette info

Journaliste native de Nice, Célia Soddu est diplômée d'un Master en journalisme et d'une licence en Philosophie. Après des expériences marquantes au sein de Nice-Matin et de La Provence, elle rejoint Nice-Presse en 2026 et la rubrique « Nos Quartiers ». Elle se spécialise dans le reportage de proximité, couvrant les débats locaux, le tissu associatif et la vie des commerces azuréens. Sa pratique s'appuie sur une éthique rigoureuse, en tant que signataire de la Charte de Déontologie de la rédaction.

La zone commentaires n'est pas ouverte pour cet article.