Déjà engagé dans la course à l’Elysée, le Rassemblement national mise fortement sur les municipales de mars 2026, un rendez-vous où le parti devra confirmer dans les urnes ses sondages jugés « stratosphériques », sous peine de voir toute autre issue interprétée comme un frein brutal.
Une campagne peut en dissimuler une autre. Depuis la fin octobre, la tournée promotionnelle de Jordan Bardella autour de son ouvrage trace la carte des territoires convoités par le RN.
Cette carte regroupe les bastions conquis en 2020, de Bruay-la-Buissière (Pas-de-Calais) à Moissan (Tarn-et-Garonne), ainsi que Perpignan, tous mis en avant comme vitrines, mais également les villes jugées vulnérables, des côtes méditerranéennes aux rives de l’Yonne.
Lors de chaque déplacement, l’auteur, dont 35.000 exemplaires du livre ont été écoulés en deux semaines, reçoit l’accueil de centaines de sympathisants lors de longues dédicaces organisées par son éditeur Fayard, propriété du milliardaire conservateur Vincent Bolloré.
Le président du parti, en attisant ainsi l’enthousiasme de ses soutiens, prépare l’échéance d’un scrutin traditionnellement défavorable à l’extrême droite. En 2020, le RN avait en effet perdu près de la moitié de ses conseillers municipaux, un revers partiellement atténué par la quinzaine de communes remportées ou conservées.
« On peut percer »
Désormais, l’erreur n’est plus permise. Pas avec « 35% » d’intentions de vote annoncées au premier tour de la prochaine présidentielle. Pas après des semaines à réclamer une dissolution et à évoquer la perspective d’une majorité absolue à l’Assemblée, comme une revanche après l’échec du « plan Matignon » stoppé l’an passé par le « front républicain ».
Pour maximiser ses chances, le RN prévoit d’aligner un nombre élevé de candidats. Mi-octobre, il comptait déjà 530 têtes de listes, soit un quart de plus qu’en 2020. D’ici la clôture fin février, le cap des 700 investitures pourrait être franchi, dépassant largement le record des « 600 » fixé en 2014.
Une stratégie quantitative cependant minimisée par l’eurodéputé Julien Sanchez, directeur de campagne, qui assure que « ce n’est pas un objectif en soi » et que « le but est d’être présents là où on a des gens compétents ». Autrement dit, presque partout, selon l’ancien maire de Beaucaire (Gard), qui ambitionne d’être présent dans toutes les villes de plus de 100.000 habitants et dans « la majeure partie des chefs-lieux de départements ».
Tout en évitant les objectifs chiffrés, le parti veut enfin récolter les fruits de son implantation progressive, y compris dans des communes jusqu’ici considérées comme imprenables, telles qu’Amiens ou Bordeaux, où « on peut percer », selon un proche de Marine Le Pen. L’enjeu : franchir les « 10% » pour se maintenir au second tour et obtenir des sièges municipaux.
Une bataille locale décisive pour le RN et aux forts enjeux politiques
Les regards se porteront surtout vers le Sud, où le RN vise des conquêtes majeures. Après Perpignan, où Louis Aliot compte briguer un nouveau mandat malgré une inéligibilité et un procès en appel début 2026, Toulon semble désormais à portée de main pour la députée Laure Lavalette. Un baron local ironise même : « La surprise ce serait qu’on perde à Toulon, et qu’on gagne à Marseille ».
Mais l’optimisme pourrait être tempéré. La semaine précédente, un sondage a pour la première fois placé le RN en position de l’emporter à Marseille : Franck Allisio y serait au coude-à-coude avec le maire sortant socialiste Benoît Payan au premier comme au second tour, dans une quandrangulaire face à LFI et une coalition droite-centre.
« Si Marseille bascule, ça a une incidence énorme sur la présidentielle. Ca nous fait avancer de plusieurs cases », s’enthousiasme déjà un cadre du parti. La compétition pourrait également se jouer à Nîmes, Nice ou Menton. À la clé, suffisamment de grands électeurs pour constituer un groupe au Sénat en septembre 2026, une première, et un jalon supplémentaire vers 2027.
Dans le même temps, les municipales doivent aider à obtenir les « 500 » parrainages nécessaires à la présidentielle. Le RN prévoit donc de ne pas faire obstacle à certains élus « sans étiquette » jugés « favorables » à ses orientations, prêts à soutenir Marine Le Pen ou, en cas d’empêchement judiciaire, son successeur Jordan Bardella.
- Ce qu’il faut retenir : Le RN aborde les municipales de 2026 comme un test crucial avant la présidentielle. Le parti multiplie les candidatures pour maximiser ses chances dans des territoires parfois nouveaux. Ces élections seront aussi essentielles pour renforcer son influence locale et sécuriser les parrainages nécessaires.
Avec AFP






