En 2020, entrant dans le grand bain de la politique, il alertait sur le dérèglement climatique. Cinq ans plus tard, le docteur Richard Chemla, vice-président de la Métropole niçoise chargé de l’environnement, fait le bilan. Promenade du Paillon « saison 2 », qualité de l’air, plan vélo, véhicules électriques, JO d’hiver, extension de l’aéroport, Plaine du Var… Le point sur les grands dossiers locaux dans Nice-Presse Dimanche avec celui qui prône une « transition apaisée et mesurée, loin de écologie punitive ».
En 2020, vous disiez : « il ne reste que cinq ans pour agir à Nice. » Êtes-vous satisfait de ce qui a été entrepris, avez-vous des fiertés, des regrets ?
On n’est jamais totalement satisfait quand on parle du climat. La planète n’a jamais autant consommé de gaz et de pétrole. Mais chez nous, les trajectoires s’améliorent. Ma fierté, c’est d’avoir inscrit la transition dans la vie quotidienne des Niçois. Végétalisation massive, mobilités, qualité de l’air… On se rapproche des objectifs que l’on s’est fixés. Mon regret ? Que la pédagogie prenne autant de temps. Il faut expliquer, encore et encore, sans inquiéter inutilement.
Nous sommes en plein coeur de la nouvelle promenade du Paillon. En quoi ce projet contribue-t-il réellement à la transition écologique ?
La végétalisation capte du CO₂ et réduit les îlots de chaleur, c’est indéniable. Mais l’essentiel est ailleurs. C’est un nouvel espace de sérénité en plein centre, donc de santé mentale. Nos personnes fragiles y trouveront des zones fraîches, des paravents, de l’ombre. Et techniquement, ce n’est pas du « greenwashing ». Sous vos pieds, on a des réservoirs d’eaux pluviales pour l’arrosage, les essences choisies n’ont pas besoin de fosses profondes, on connaît nos contraintes de dalle au-dessus du Paillon. Les jardiniers et architectes ont tout dimensionné en conséquence.

Vos opposants parlent de « verdissement pot de fleurs ». Que leur répondez-vous ?
Que c’est inexact et malhonnête. Mais ça me fait sourire. C’est même plutôt flatteur, car dans des « pots de fleurs », on peut faire pousser bien des arbres. La réussite gêne parfois, mais les faits sont là.
Sur la pollution de l’air, quels sont vos résultats ?
Sur les référentiels européens en vigueur, nous sommes en-dessous des seuils sur tous les polluants suivis, sauf l’ozone qui reste notre point noir, à cause des effets du soleil et du trafic. Les pics d’air mauvais sont inférieurs à dix jours par an chez nous, quand Lyon est autour de quinze et Paris au-dessus. Pourquoi ? Parce que la mobilité change. Le tram seul, ce sont des dizaines de milliers de voitures en moins, et on observe une qualité de l’air bien meilleure sur des axes comme la Promenade des Anglais.
En 2021, on parlait de « 450 morts par an dans la Métropole » à cause de cet air vicié. Et aujourd’hui ?
Les estimations actuelles sont de l’ordre de 100 à 150 décès par an, selon les modèles. On a quasiment plus de dépassements en PM10 (particules fines). Reste la voie rapide, une zone plus exposée, mais encore sous les normes européennes, je le précise. Il faut diminuer l’utilisation de la voiture quand nous avons des alternatives crédibles.
Pensez-vous avoir réussi à faire comprendre aux Niçois l’urgence écologique ?
Partout, c’est difficile. Mais comment en vouloir aux Niçois… Nice est si agréable à vivre qu’on en oublie les risques. Mes « avocats », ce sont Alex, Aline, les nuits tropicales. Des signaux importants. Mon rôle n’est pas d’affoler, mais de préparer et protéger, contre les coups de chaleur et les pluies extrêmes.
L’écologie, c’est comme un livre de grammaire. Si on ne maîtrise pas les règles, on fait des contresens. J’entends certains vouloir climatiser partout. Ils ont tout faux ! Cela réchaufferait la ville en extérieur. La bonne réponse, c’est de végétaliser, créer des courants d’air, et prévoir des pièces rafraîchies, ciblées, dans des lieux sensibles, comme les EHPAD.
Concernant les mobilités, le mandat va s’achever sur un « plan vélo » pas totalement tenu…
On est un peu en dessous du calendrier initial, mais on a gagné en qualité avec des pistes sécurisées, des continuités réelles et une Maison du vélo. On travaille avec les associations. Les usages montent : +12 à +20% selon les axes, 4.000 à 4.500 cyclistes par jour sur la Prom’. On ne fait pas des pistes « pour ceux qui font déjà du vélo », on les fait pour donner envie, en sécurisant. Et ça fonctionne, surtout le matin pour aller travailler.

Nice a supprimé les aides à l’achat de véhicules électriques et certains critiquent le nombre de bornes de recharge. Est-ce suffisant ?
Les aides ont été relayées par l’État et surtout par les constructeurs. On ne peut pas subventionner indéfiniment. Sur les bornes, il y en a partout dans la Métropole, avec même de la charge rapide. Mais la priorité reste la multimodalité : tram, bus, vélo. Personnellement, je circule quasi uniquement en transport en commun et je ne suis jamais en retard (sourire).
Des inquiétudes entourent la tenue des Jeux Olympiques d’Hiver 2030. Quel est votre avis, y êtes-vous favorable ?
La transition écologique ne doit pas empêcher de vivre. 95 % des sites sont existants. La patinoire sera un équipement durable, avec une capacité réduite post-JO et deux glaces utiles à l’année. Notre patinoire actuelle est obsolète et ne répond plus aux standards. Notre vigilance portera sur le bilan carbone et la sobriété. Mais je fais confiance aux organisateurs. Nous serons exigeants.
L’extension de l’aéroport fait beaucoup parler. Au-delà des associations, les habitants eux-mêmes y sont opposés. Partagez-vous leurs inquiétudes ?
D’abord, et il est important de le rappeler, l’aéroport est un équipement d’État, pas municipal. Au sol, le site de Nice est exemplaire. Tout est électrifié. Dans les airs, les flottes évoluent dans le bon sens.
Pour le climat, je préfère une logique de « budget carbone », être très strict sur déchets, énergie, mobilités, pour compenser la porte d’entrée touristique de notre économie. Si on veut diminuer les trajets en avion, la priorité, c’est d’améliorer vraiment le train, ce qu’on a parfois refusé par le passé. Mieux vaut offrir une alternative ferroviaire crédible que « faire la guerre » à l’aéroport.

Avez-vous vraiment oeuvré pour restreindre le tourisme de masse ? L’été, la ville est toujours aussi saturée.
L’objectif, c’est d’étaler dans le temps. Moins de touristes en juillet-août, plus dans les ailes de saison et sur l’ensemble du territoire métropolitain, dans nos montagnes, vallées, villages. On travaille avec l’Office du Tourisme à des « packages » : deux jours à Nice, quatre jours ailleurs dans la Métropole. Les visiteurs veulent bronzer, oui, mais aussi découvrir notre patrimoine.
La Plaine du Var, elle, n’a cessé d’être « bétonnée », selon vos adversaires.
(Il coupe) Et j’étais d’accord avec eux avant d’entrer en fonction ! J’ai finalement changé d’avis au regard de la situation. On a récupéré des terrains qui n’étaient plus agricoles - souvent utilisés pour du dépôt et pollués - pour loger des actifs dans des bâtiments performants. En parallèle, on recrée une ceinture nourricière avec des jeunes agriculteurs accompagnés. C’est un mix entre bâti utile, là où le foncier agricole avait disparu, et remise en culture ailleurs.
C’était votre premier mandat politique de premier plan : qu’en retenez-vous ?
En deux mots, humilité et écoute. J’ai toujours été entendu quand je l’ai demandé. Avec mes collègues, on a élevé la qualité des pistes cyclables, ouvert la maison du vélo, donné une place centrale aux scientifiques. On a amélioré la santé environnementale. Et je tiens aussi beaucoup à la protection animale, où le dialogue a été ouvert avec toutes les associations.
Vous aviez laissé entendre que vous ne feriez qu’un mandat. Souhaitez-vous poursuivre l’aventure ?
Mon envie, c’est de continuer à travailler sur des thèmes précis. La qualité de l’air, l’alimentation, la biodiversité, le bien-être animal, l’écologie dans les écoles… Si on doit passer un échelon, c’est sur ces sujets-là. Je dis souvent à mes collègues : « je ne suis pas élu, le maire, lui, l’est. » On fera le point au moment opportun. C’est encore trop tôt pour le dire, mais j’y suis favorable.






Langue de bois dans toute sa spendeur, mauvaise foi sur toutes les largeurs !