Arrivés respectivement en deuxième et troisième position du premier tour, Sandra Paire (divers droite) et Louis Sarkozy (LR-centristes) ont choisi de fusionner leurs listes pour tenter de battre Alexandra Masson (RN). Après une campagne où ils se sont parfois invectivés, les deux candidats reviennent sur les coulisses de leur accord, défendant un « sacrifice nécessaire ».
Dimanche soir, au moment des résultats, quel a été votre premier sentiment ?
Sandra Paire : Très rapidement, j’ai appelé à un rassemblement. Mon idée était simple. Tendre la main à toute la droite, et même au-delà, pour éviter que le RN ne l’emporte.
Louis Sarkozy : Sandra Paire a tendu la main, je l’ai saisie. Ensuite, il a fallu agir dans des délais extrêmement courts, sauver le plus de colistiers possible tout en construisant une liste crédible.
Florent Champion explique qu’il aurait fallu une alliance à trois, avec une tête de liste neutre. Pourquoi cela n’a-t-il pas été possible ?
LS : Ça n’avait pas de sens. Les électeurs ont choisi Sandra Paire, en tête des listes de droite. Introduire une quatrième figure, sans score ni légitimité issue du premier tour, aurait été totalement hors sol. Il faut respecter le verdict des urnes.
SP : C’était à la fois une question de logique et de temps. Nous avions des contraintes très fortes pour déposer la liste, faire imprimer les bulletins, finaliser les documents. Il fallait une solution simple, claire.
Cette alliance est-elle née de vous deux seulement, ou a-t-elle été poussée par des appareils politiques ou des barons locaux ?
SP : Elle vient de nous. De personne d’autre.
LS : Exactement. Il n’y a eu ni plan caché, ni grande manœuvre extérieure. Cette vision selon laquelle tout serait piloté depuis Nice ou Marseille, par Christian Estrosi et Renaud Muselier, relève un peu du fantasme. Nous avons pris cette décision seuls, parce que nous pensions que c’était la seule utile pour Menton.

Après une campagne où vous vous êtes affrontés, n’est-ce pas un peu brutal pour les électeurs ?
SP : Ce n’est pas un reniement. Négocier, ce n’est pas oublier ses désaccords. C’est accepter de les dépasser quand l’intérêt général l’impose. Nous avons parlé pendant des heures, nous avons trouvé un terrain d’entente, nous avons tous les deux fait des sacrifices.
LS : Humainement, cela a été très dur. Il a fallu appeler nos colistiers un par un, leur expliquer, leur dire pourquoi certains restaient, pourquoi d’autres non. Ça a été un déchirement. Mais personne n’a contesté le principe de l’union. Tous savaient que c’était la seule voie pour empêcher Alexandra Masson de gagner.
Alexandra Masson se confie à Menton-Presse :
— Menton-Presse (@MentonPresse) March 18, 2026
« Si je suis élue maire dimanche, mes toutes premières urgences…»#Menton #Municipales2026 @A_Masson06
🟡 Ses priorités pour la ville au micro de @R_Boisaubert ➡️ https://t.co/LTakkTwQ2A pic.twitter.com/DRFlMetpZk
Que répondez-vous à ceux qui parlent d’une alliance de circonstance, voire « d’opportunisme » ?
LS : Je réponds qu’on a mis nos ego de côté. Sandra Paire a terminé devant moi : elle est tête de liste, c’est normal. Si j’avais terminé deuxième derrière Florent Champion, j’aurais fait la même chose avec lui. Ce n’est pas une affaire d’ambition personnelle, c’est de la cohérence démocratique.
SP : Il fallait être responsables. Les Mentonnais ne nous auraient pas pardonné de rester chacun dans notre coin en laissant le RN gagner.
Concrètement, sur le programme, qu’avez-vous gardé ? Qu’est-ce qui a changé ?
SP : Nous étions déjà d’accord sur l’essentiel. La sécurité, l’augmentation des effectifs de police municipale, la vidéoprotection, le stationnement, le refus d’augmenter les impôts.
LS : Nos programmes étaient similaires à 85 ou 90 %. Les vrais sujets de négociation n’étaient pas là. Ils portaient d’abord sur les listes, les places, les équilibres humains. Là où nous avons encore des nuances, nous en discuterons ensemble, dans le respect du rôle de Sandra Paire comme future maire si nous gagnons.
Comment cela va-t-il fonctionner ?
LS : Sandra Paire est la tête de liste, donc elle aura le dernier mot. Moi, je serai là pour l’épauler, porter des projets, défendre notre ligne commune. Ce qui compte, c’est qu’on travaille en équipe.
SP : C’est exactement cela. Nous avons fusionné deux équipes, nous faisons déjà des tractages communs, nous préparons ensemble la réunion publique. Il faut montrer que l’on peut travailler ensemble pour le bien de Menton.

Vous accusez Alexandra Masson d’éviter le débat. Pourquoi ce point vous agace-t-il autant ?
LS : Parce qu’on ne peut pas prétendre diriger une ville et refuser de défendre son projet devant les électeurs. Moi, je suis prêt à débattre n’importe où, n’importe quand, dans n’importe quelles conditions. Quand on veut administrer une ville, on assume la confrontation démocratique.
SP : J’y vais à chaque fois, même si ce n’est pas mon exercice préféré. On doit répondre aux questions, défendre son programme, entendre la contradiction. C’est la base.
Que reprochez-vous, sur le fond, au programme d’Alexandra Masson ?
LS : D’abord, beaucoup de promesses ne sont pas réalistes. La réouverture d’une maternité, par exemple, n’a aujourd’hui aucun sens au regard des critères de l’ARS et du nombre de naissances sur le territoire. Sur les ports aussi, sa proposition de reprise en régie nous paraît très risquée financièrement et peu crédible techniquement. Quant à l’augmentation de 80 % des effectifs de police municipale, elle n’est ni justifiée ni finançable en l’état.
SP : Nous, nous voulons un projet sérieux, finançable, applicable, pensé pour Menton.
Vous appelez clairement les électeurs de Florent Champion à voter pour vous ?
SP : Bien sûr. L’enjeu maintenant, c’est d’empêcher Alexandra Masson de gagner. Tous ceux qui ne veulent pas du RN doivent nous rejoindre.
LS : La droite mentonnaise, dans sa diversité, a fait un score largement supérieur à celui du RN. Il faut traduire cela dans les urnes dimanche.
Et les électeurs de gauche ?
LS : Il faut aussi leur parler. Nous avons toujours dit qu’avec une municipale, beaucoup de sujets dépassent les clivages partisans.
SP : Nous sommes la seule option crédible pour faire barrage au RN. C’est cela, la réalité de ce second tour. Et nous sommes prêts à reprendre de bonnes idées d’où qu’elles viennent, y compris sur la restauration scolaire ou d’autres sujets concrets.
Demain, si vous gagnez, quelle sera votre première décision à la mairie ?
SP : Un audit financier, d’abord. C’est indispensable. Ensuite, réunir tous les agents municipaux pour leur présenter notre méthode et notre vision.



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