Dominant la Méditerranée, le château médiéval de Roquebrune-Cap-Martin intrigue par son ancienneté et son rôle stratégique. Édifié à la fin du Xe siècle selon la tradition, il reste aujourd’hui l’un des témoins les plus singuliers de l’histoire locale. Pour Menton-Presse, l’historienne Christine Didier livre les origines et les évolutions de ce site ouvert toute l’année au public.
Depuis les hauteurs de Roquebrune, le regard embrasse la mer, Monaco et les reliefs du Cap Martin. Cette position dominante n’a rien d’un hasard. « On peut être quasiment assuré qu’il y a eu un habitat castral assez tôt » nous confie Christine Didier. Si les premières mentions écrites apparaissent au XIIe siècle, la tradition situe la construction à la fin du Xe.
Le site appartient alors aux moines des îles de Lérins, qui confient ce piton rocheux à un seigneur local. Le château ne naît pas seul. « Il se crée en même temps que le village. L’un protège l’autre » insiste l’historienne et archéologue au service patrimoine de la commune.

Une particularité rare. Là où la plupart des villages s’organisent autour d’une forteresse déjà en place, Roquebrune-Cap-Martin se développe simultanément, dans une logique défensive commune.
Contraint par la pente, le village s’étire vers le bas, en cercles successifs. Trois enceintes sont édifiées entre le XIIe et le XVIIIe siècle. En gravissant les ruelles, le visiteur traverse d’ailleurs ces strates sans toujours s’en rendre compte. « Quand on progresse dans sa direction, on remonte le temps » sourit Christine Didier.
« Une forteresse adaptée à toutes les guerres »
Le château évolue au rythme des techniques militaires. D’abord simple donjon de pierre, construit avec les matériaux extraits à proximité, il s’agrandit et se transforme. Les ouvertures changent de forme, passant des meurtrières étroites aux embrasures capables d’accueillir des armes à feu, puis des canons.
Le système défensif reste pourtant d’une efficacité redoutable. « Avec huit à dix hommes, on pouvait défendre l’ensemble du site. » Depuis les hauteurs, les tirs couvrent toutes les portes du village.

Le contrôle du lieu attire les convoitises. Trois puissances s’y succèdent. Les comtes de Vintimille d’abord, puis la République de Gênes, avant que les Grimaldi ne prennent le contrôle au XVe siècle. Les habitants prêtent tour à tour serment sans toujours savoir à qui ils appartiennent.
« Au début du XVIe siècle, Augustin Grimaldi, évêque de Grasse, le transforme en résidence. » Il fait percer une fenêtre à meneaux, signe d’une évolution vers un lieu de séjour plus que de simple défense.
Un patrimoine sauvé, préservé et toujours vivant
À la Révolution, le château devient bien national. Il est vendu au début du XIXe siècle, alors qu’il est déjà dégradé, puis divisé entre plusieurs propriétaires.
À la fin du siècle, l’Anglais William Ingram s’y intéresse. Il tente de le restaurer et ajoute des créneaux, une initiative mal perçue par les habitants. « Pour eux, il est sacré » rappelle Christine Didier. Ingram finit par céder le site à la commune au début du XXe siècle.

Depuis, le monument est intégré au patrimoine local. Il reste ouvert toute l’année et accueille des visiteurs réguliers. Des événements y sont organisés, notamment un festival de théâtre l’été et une fête médiévale début août.
« On le fait revivre avec des reconstitutions pour expliquer la vie dans ce type de forteresse. » Au pied des remparts, certaines familles portent encore les noms mentionnés dans les archives. « C’est un lien direct entre le château et ceux qui vivent toujours dans son ombre… »



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