Le couple à la tête de l’affaire Apollonia, qualifiée par l’accusation de plus grande escroquerie immobilière et financière jamais jugée en France, a été lourdement condamné jeudi. Jean et Viviane Badache écopent chacun de sept ans de prison ferme, d’amendes massives et de confiscations de biens, dans un dossier tentaculaire qui a fait environ 750 victimes pour un préjudice estimé à plus de 1,2 milliard d’euros.
Près de vingt ans après les premiers montages frauduleux, la justice a tranché. Pour des centaines de victimes ruinées, souvent issues des professions médicales, le verdict marque un tournant décisif. Et ouvre désormais la voie aux procédures de dédommagement tant attendues.
Sept ans de prison ferme pour les têtes pensantes d’Apollonia
Jean Badache, 71 ans, et son épouse Viviane, 69 ans, ont été condamnés à sept ans de prison ferme chacun pour leur rôle central dans l’escroquerie Apollonia. Le tribunal correctionnel de Marseille a assorti ces peines de mandats de dépôt différés avec exécution provisoire, ce qui signifie que le couple devra purger sa peine à une date ultérieure, malgré l’appel immédiatement annoncé par leurs avocats.
Les juges ont qualifié les époux Badache de « têtes pensantes de l’infraction ». Jean Badache aurait « imaginé et mis en place » les manœuvres frauduleuses destinées à « enfermer les potentiels acquéreurs dans la toile d’Apollonia ». Son épouse était, selon le tribunal, chargée de former le personnel à « dissimuler les informations utiles aux banques », le tout animé par une « volonté d’enrichissement hors norme ».
Apollonia : condamnés à 7 ans de prison pic.twitter.com/oUMJJ6Pvby
— BFM Marseille Provence (@BFMMarseille) January 15, 2026
Un système d’endettement massif au cœur du montage frauduleux
Le mécanisme reposait sur l’empilement de crédits immobiliers au nom des clients, démarchés par les commerciaux de cette société de conseil en patrimoine basée à Aix-en-Provence. Entre 2004 et 2009, Apollonia a encaissé 115 millions d’euros de commissions.
La promesse était séduisante : se constituer un patrimoine immobilier sans apport grâce au statut de loueur en meublé professionnel. Remboursement de TVA, loyers garantis et dispositifs de défiscalisation devaient permettre un autofinancement intégral. En pratique, les clients signaient des liasses de documents vierges et déléguaient toutes les démarches à Apollonia. Ils se sont retrouvés avec des dettes allant de 800.000 à quatre millions d’euros, contractées auprès de multiples banques.
Selon les témoignages recueillis à l’audience, Jean Badache qualifiait ces clients de « pigeons ». Une expression qui a durablement marqué les débats.
Confiscations, amendes et reconnaissance du statut de victimes
Outre les peines de prison, chacun des époux Badache a été condamné à une amende de 2,5 millions d’euros. Le tribunal a ordonné la confiscation de près de 20 millions d’euros de biens : biens immobiliers, comptes bancaires, bijoux et liquidités. Parmi eux figurent une villa à Cassis estimée à neuf millions d’euros et une autre propriété située à Marrakech.
La décision est perçue comme un soulagement par les victimes. « C’est un sentiment de soulagement pour tous nos clients. Aujourd’hui, leur statut de victime est enfin reconnu », a déclaré Christophe Jervolino, avocat représentant plus de 200 parties civiles.
Commerciaux, notaires et avocat également condamnés
Au total, quatorze personnes et la société Apollonia comparaissaient pour escroquerie en bande organisée, faux et blanchiment aggravé. Plusieurs commerciaux ont écopé de lourdes sanctions. François Melis, qualifié de « petit Badache » par le procureur, a été condamné à cinq ans de prison ferme, 300.000 euros d’amende et la confiscation de 450.000 euros de biens. Jean-Luc Puig a reçu une peine identique de prison et 150.000 euros d’amende.
Deux autres commerciaux ont été condamnés respectivement à trois ans ferme et à quatre ans de prison, dont deux avec sursis. Des notaires et un avocat, présentés comme apportant une « apparence de respectabilité » au montage, ont également été sanctionnés. Un notaire aixois a écopé de cinq ans de prison, dont trois avec sursis, sous bracelet électronique, et 700.000 euros d’amende. Un confrère marseillais a été condamné à cinq ans, dont 18 mois ferme, tandis qu’un notaire lyonnais a été relaxé.
L’avocat conseil de la société et du couple Badache a été condamné à cinq ans de prison, dont trois avec sursis, et 300.000 euros d’amende. Enfin, le fils du couple, Benjamin Heysen Badache, a écopé d’un an de prison ferme sous bracelet électronique et de trois ans avec sursis.
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP









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