À l'origine d'un groupe Facebook local fort de 42,000 inscrits, Maryze Careri est l'une des person­na­lités qui comptent dans le paysage du Port Lympia. Au point d'être souvent courtisée par certains barons locaux, conscients de son influence. 

"Maryze, c'est vous ?" lance une dame, attablée sur la terrasse ensoleillée de Posto 17, à l'angle du quai des Deux Emmanuels. La principale intéressée esquisse un sourire, gênée. "J'ai reconnu votre voix, poursuit la cliente du restaurant italien, entre deux parts de bruschetta. J'adore ce que vous faites sur Facebook. Je suis votre page assidûment depuis un moment ! Continuez comme ça. Félicitations." 

Une recon­nais­sance locale que Maryze Careri a encore du mal à accepter, non pas par fausse modestie, mais plutôt animée par cette volonté de rester dans l'ombre, et de ne pas figurer au premier plan. 

"Je n'aime pas parler de moi", soupire celle qui a été élevée par ses grands-​parents, laissée par un père "parti retrouver son Andalousie natale" et mariée à sa majorité. Pourtant, cette Niçoise de 58 ans n'a pas sa langue dans sa poche. Avec un franc-​parler assumé, cette mère de deux enfants, un garçon et une fille, peut refaire le monde autant de fois que vous le lui demandez !

Attachement viscéral à son quartier

Alors quand il s'agit d'évoquer Nice, et surtout son quartier, impos­sible de l'arrêter. "Le port, ça a toujours été une évidence pour moi. Je venais ici gamine. J'allais pêcher sur la digue avec mon grand-​père, j'allais faire des sauts dans la mer avec mes copines. Je fréquentais le collège du Port Lympia. Ici, c'est un peu ma vie. J'ai l'impression de connaître cet endroit sur le bout des doigts." 

Tellement, que depuis maintenant dix ans, l'ancienne secré­taire de direction gère la page Facebook "Nice et son port". "Un jour, je regardais un groupe que j'aimais bien et je me suis dit que j'allais lancer le mien. Au fur et à mesure, les gens ont adhéré. L'objectif est d'échanger entre nous et d'améliorer notre quartier, tous ensemble." 

Le manque de consul­tation, c'est ce que Maryze Careri dénonce parfois, désabusée quand les décisions sont prises sans l'aval des riverains.

De Saint-​Roch au Port Lympia, il n'y a parfois qu'un pas 

"Nous sommes beaucoup à le regretter. Certains change­ments opérés ces dernières années sont allés à l'encontre de la volonté des habitants. Quand on voit l'évolution de la place Île-​de-​Beauté, la végétation, le sens unique, le revêtement des pistes cyclables, l'arrêt de la fête tradi­tion­nelle… On se demande comment sont prises ces mesures." 

Celle qui réside dans le coin depuis dix-​huit ans après une jeunesse passée à Saint-​Roch, près des abattoirs, rouspète sur certains points. Sans pour autant dénigrer ce port qui lui est si cher.

"C'est un quartier histo­rique, où l'on se sent bien. Ce n'est pas pour rien que tout le monde souhaite s'y installer ! Il a toujours été dynamique, il y a de nombreux restau­ra­teurs, des commer­çants. On ne demande pas des change­ments majeurs, mais juste certains embellissements". 

Des convic­tions fortes, un attachement profond à ses terres. Elle connaît Christian Estrosi, a échangé par le passé avec Eric Ciotti, et bien d'autres élus, côté mairie et Département. De quoi se lancer en politique ? "Jamais de la vie ! sourit-​elle. Ça me rappelle un film avec Alain Delon dont j'ai oublié le nom. Pour y arriver, à un moment donné, vous êtes obligés de faire des alliances. Et moi, je n'y arriverais pas." Fidèle à ses principes et ses valeurs, mais avant tout… fidèle à son port.

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