La cheffe de l’Ofast Marseille et son adjoint ont été mis en examen à Paris dans une enquête sensible sur une livraison surveillée de cocaïne.
Un séisme secoue l’Office anti-stupéfiants (Ofast) de Marseille.
Deux hauts responsables de cette unité, sa cheffe et son adjoint, ont été mis en examen par la Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée (Junalco) à Paris. Ils sont soupçonnés d’irrégularités graves dans le cadre d’une livraison surveillée de cocaïne datant de 2023.
Mises en examen multiples pour des infractions graves
Les juges d’instruction les ont mis en examen, respectivement mercredi et jeudi, pour des faits notamment de « complicité de faux en écriture publique par une personne dépositaire de l’autorité publique » et « violation du secret d’une enquête portant sur la criminalité organisée », a confirmé le parquet de Paris. Le ministère public précise également qu’ils sont poursuivis pour « complicité d’atteinte à l’intimité par captation d’images et de paroles ».
Les deux commissaires sont désormais placés sous contrôle judiciaire. Il leur est interdit d’exercer des missions de police judiciaire, de pénétrer dans tout local de police des Bouches-du-Rhône, et d’entrer en contact avec toute personne citée dans le dossier.
Des accusations contestées par les avocats
Malgré ces mises en cause, les conseils des mis en examen assurent qu’il n’existe aucun lien avec des faits de corruption ou de trafic. « Ma cliente n’est ni mise en examen pour corruption, ni pour trafic de cocaïne, ni pour importation de stupéfiants en bande organisée », a affirmé Me Louis Cailliez, avocat de la cheffe de l’Ofast Marseille. Il a dénoncé une tentative « d’instrumentalisation » du dossier, assurant que sa cliente défendra sa probité avec fermeté.
De son côté, l’avocate de l’adjoint, Me Vanessa Bousardo, a rappelé que ce dernier est à l’origine du signalement ayant enclenché toute la procédure. Elle a dénoncé une « mise en examen résiduelle » qui envoie selon elle « un très mauvais signal aux lanceurs d’alerte », ajoutant qu’une requête en nullité serait déposée.
Une enquête explosive sur près de 400 kg de cocaïne
Tout commence par un renseignement anonyme reçu en février 2023. Il signale l’arrivée imminente d’un container chargé de cocaïne en provenance de Colombie, débarqué au port de Marseille pour une destination finale en région parisienne. L’opération baptisée « Trident » était censée être encadrée par les autorités.
Mais très vite, de lourdes dérives apparaissent. Le parquet évoque une possible cession illégale d’au moins 360 kg de cocaïne par des policiers, en dehors de tout contrôle hiérarchique. Finalement, ce sont près de 400 kg de drogue qui auraient pénétré sur le territoire. Plusieurs protagonistes du dossier ont d’ailleurs été surpris de la difficulté à écouler ces quantités à Marseille, laissant supposer que la surveillance policière aurait été éventée.
Déjà plusieurs policiers mis en cause dans le dossier
En avril, deux policiers de l’Ofast Marseille avaient déjà été mis en examen et placés en détention provisoire pour des faits de trafic de stupéfiants en bande organisée, blanchiment et association de malfaiteurs. Un troisième avait été mis en cause en juin. L’enquête de la Junalco, toujours en cours, semble révéler l’ampleur d’un possible dysfonctionnement systémique au sein de cette unité censée lutter contre les trafics.
La cheffe de l’Ofast affirme quant à elle avoir toujours dénoncé certaines pratiques internes. Son avocat assure que la garde à vue de cette semaine a permis de confirmer « l’absence de connaissance hiérarchique du déroulement réel du dossier Trident ». Un point que les juges devront désormais approfondir.
Avec AFP



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