Pour éviter un déficit massif d’ici la fin de la décennie, un rapport remis ce mercredi au gouvernement préconise une augmentation radicale des frais d’inscription à l’université. La facture d’un étudiant en licence ou en master pourrait être multipliée par cinq afin de renflouer les caisses des établissements de l’enseignement supérieur français.
Les comptes des facultés françaises virent dangereusement au rouge et la recherche de liquidités s’accélère. Face au spectre d’un système à l’agonie, un document de 117 pages remis mercredi livre un constat clinique. Ses auteurs, issus des assises lancées en janvier dernier, dressent un « diagnostic partagé ». Ils affirment que le fonctionnement de l’institution « ne sera plus soutenable d’ici à 2030 ».
Pour éviter ce naufrage, Jérôme Fournel, inspecteur général des finances, et Gilles Roussel, ancien président d’université, formulent une piste de rupture. Ils suggèrent d’augmenter drastiquement la participation financière des élèves, la qualifiant pourtant de « hausse modérée ».
À l’heure actuelle, les tickets d’entrée acquittés par les inscrits « représentent 1,9% du coût estimé des formations dispensées ».
Un non-boursier devrait ainsi débourser 900 euros pour une année de licence, contre 178 euros aujourd’hui. L’addition pour un master grimperait à 1.300 euros, pulvérisant les 254 euros actuels.
L’objectif consiste à modifier ce barème « pour atteindre globalement 10% des ressources universitaires », contre 3% en 2025. Cette évolution « pourrait utilement contribuer à la soutenabilité financière des universités ».
Conformément aux instances de l’État, ces droits nationaux doivent néanmoins rester « modiques ». La mesure s’accompagnerait d’un « barème progressif » pour protéger les plus modestes via une « refondation du système de bourses ».
Un remède jugé inacceptable par les syndicats
Le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a immédiatement tenté d’éteindre l’incendie sur ses réseaux sociaux.
« Le gouvernement n’a pas pour projet d’augmenter les droits d’inscription à l’université. Je l’ai dit à de nombreuses reprises, je le répète et je le redirai encore s’il le faut », assure le membre de l’exécutif, qui renvoie la discussion à la prochaine campagne présidentielle.
Pourtant, le rapport insiste face « à un risque majeur d’appauvrissement (…) d’un nombre croissant d’universités, si le modèle reste en l’état ». Ses instigateurs soulignent que cette refonte s’opérerait « sans remettre en question l’égal accès à l’enseignement supérieur ».
Cette vision suscite une levée de boucliers immédiate chez les syndicats. L’Unef fustige une proposition « totalement en dehors de la réalité des étudiants et de leur précarité. »
L’Union étudiante estime que le texte « confirme l’objectif de Macron », visant à « faire de l’accès à l’enseignement supérieur un privilège fondé sur l’argent et la nationalité ». Cette grogne fait écho à un décret paru en mai actant déjà une augmentation pour la majorité des étrangers hors Union européenne.
Des campus poussés à trouver leurs propres fonds
L’analyse financière expose très clairement la faille. « Le décrochage entre le rythme d’augmentation des dépenses et la stagnation des recettes pourrait conduire à une dégradation (…) jusqu’à atteindre un déficit d’environ 2 milliards d’euros en 2030 ».
Entre 2018 et 2025, les moyens octroyés ont pourtant « augmenté de 26%, soit plus de 3 milliards d’euros de hausse en euros courants ». Les effectifs étudiants n’ont grossi que de 3% sur la même période.
L’augmentation des charges de personnel plombe aujourd’hui près de 70 établissements de l’Hexagone, dont la trésorerie libre d’emploi est tombée sous la barre des 10%.
La mission gouvernementale incite donc les directions à « diversifier » « encore davantage » leurs rentrées d’argent public et privé. Les administrateurs sont appelés à exploiter leur parc immobilier, qui pèse seulement 0,6% des recettes, ou encore à « développer des cursus payants » en nouant des partenariats d’entreprises.
« On peut avoir une palette de recettes qui contribuent à restaurer un modèle financier soutenable », défend Jérôme Fournel. Une gestion plus autonome permettrait de réduire ou d’adapter les offres d’apprentissage selon les dynamiques des territoires.
Enfin, les rapporteurs préconisent d’impliquer les agents titulaires sur les appels à projets. Ils représentent 10% des recettes et obligent aujourd’hui à embaucher de nouveaux contractuels coûteux.
La subvention étatique doit toutefois demeurer « la ressource principale », censée compenser l’inflation, quitte à conditionner l’octroi d’une partie des fonds à des objectifs concrets.






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