Deux commissaires de l’Office anti-stupéfiants (Ofast) de Marseille ont été placés en garde à vue lundi, soupçonnés de graves dérives lors d’une opération de livraison surveillée de cocaïne en 2023. Une affaire explosive au cœur de la lutte antidrogue en France.
Les deux hauts gradés de l’Ofast ont été entendus lundi matin par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), dans le cadre d’une information judiciaire ouverte par la Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée (Junalco), selon une source proche du dossier confirmée par Le Parisien.
Une livraison surveillée devenue incontrôlable
Les investigations visent une livraison de cocaïne début 2023 arrivée au port de Marseille depuis la Colombie. Cette cargaison, initialement estimée entre 180 et 200 kg, aurait finalement permis l’introduction de près de 400 kg de cocaïne sur le territoire, selon le parquet de Paris.
La juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Marseille avait confié l’enquête, surnommée « Trident », à l’Ofast. Mais l’ampleur inattendue de la livraison et la manière dont elle a été gérée ont rapidement éveillé les soupçons.
Face à ces anomalies, l’Ofast de Nanterre s’est retirée de l’opération. D’autres services s’interrogent alors sur les difficultés rencontrées pour tracer et intercepter les stupéfiants à Marseille, laissant entendre que les trafiquants étaient informés de la surveillance.
Soupçons de corruption et de dissimulation
En janvier 2024, l’enquête initiale avait été classée sans interpellation. Mais dans le même temps, l’IGPN était saisie en interne de soupçons sur les conditions d’importation. Des perquisitions ont été menées en avril dans les locaux de l’Ofast à Marseille.
Depuis, l’affaire a basculé : en septembre, la Junalco reprend le dossier, avant de le confier à des juges d’instruction fin novembre. L’information judiciaire vise des chefs d’importation de stupéfiants en bande organisée, corruption, blanchiment et association de malfaiteurs.
Selon le ministère public, l’enquête a révélé d’éventuels échanges entre policiers et trafiquants sur la cession non déclarée d’au moins 360 kg de cocaïne, en dehors de tout contrôle hiérarchique, et la dissimulation des quantités réelles introduites en France.
Plusieurs policiers déjà mis en examen
En février 2024, deux indics présumés sont mis en examen et incarcérés. En avril, deux policiers de l’Ofast sont mis en examen, dont l’un est placé en détention provisoire. Un troisième officier, capitaine de 45 ans, est également poursuivi depuis mi-juin.
Ce n’est pas la première fois que la gestion des indics par des hauts gradés de la police française suscite la controverse. En septembre dernier, François T, ex-patron de l’Ocrtis (ancêtre de l’Ofast), a été acquitté pour avoir extrait de prison le trafiquant Sophiane Hambli dans le cadre d’une opération semblable. Il est toujours poursuivi à Bordeaux dans un autre dossier lié.
Michel Neyret, ancien numéro 2 de la PJ lyonnaise, avait lui été condamné à deux ans et demi de prison ferme en 2018 pour avoir fourni des informations à des indics en échange d’avantages personnels.
Avec AFP





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