Une grande partie des prisons françaises souffre d’une vétusté alarmante, maintenant un nombre élevé de détenus dans des conditions jugées indignes et contraires à leurs droits fondamentaux, alerte la contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), dénonçant l’inaction persistante de l’État.
Dans un avis daté du 12 mai et publié mercredi au Journal officiel, Dominique Simonnot souligne qu’« à ce jour encore, de nombreuses maisons d’arrêt sont installées dans des bâtiments du XIXe siècle ».
Elle note que « le fonctionnement continu de ces structures depuis des décennies, associé à de graves insuffisances dans leur maintenance, a inévitablement entraîné leur extrême dégradation ».
En 2023, une portion des coursives de la maison d’arrêt de Rouen s’est effondrée, conséquence directe du manque d’entretien chronique et des infiltrations d’eau dans ces bâtiments anciens.
Mais les problèmes ne concernent pas uniquement les établissements historiques : certains sites récents présentent aussi de graves défaillances, « souvent en raison de malfaçons dans le projet de construction », déplore la contrôleure. Le centre de détention de Fleury-Mérogis (Essonne), inauguré en septembre 2023, a ainsi dû fermer un an plus tard à cause de « fuites d’eau importantes, d’humidité et de moisissures ».
Prisons françaises dégradées : des conditions indignes et des droits fondamentaux bafoués ?
L’avis de la CGLPL évoque également des installations électriques défaillantes, comme à Nice, et la prolifération de nuisibles tels que cafards, rats ou punaises de lit. Selon elle, la vétusté de ces structures engendre directement des atteintes à la sécurité, à l’intimité et aux droits élémentaires des personnes détenues.
Dans un contexte marqué par une surpopulation carcérale chronique — la densité carcérale atteignait près de 135 % au 1er septembre, d’après le ministère de la Justice — la fermeture temporaire de cellules pour travaux accroît la promiscuité dans les autres espaces, accélérant la dégradation des infrastructures et des équipements.
Malgré de « multiples alertes », l’action des pouvoirs publics reste jugée « insuffisante ». Les réponses proposées par l’État sont considérées comme « inadaptées » et « en deçà des enjeux », note le CGLPL, qui recommande la réalisation d’un diagnostic complet pour chaque établissement vétuste afin de déterminer rapidement les mesures à engager.
Dans ses observations transmises fin août, le ministre de la Justice Gérald Darmanin affirme que « des diagnostics ont été effectués pour les établissements les plus vétustes afin d’identifier les travaux nécessaires et d’élaborer des propositions de phasage des opérations ». Il rappelle également le lancement de deux appels d’offres visant la création de 3 000 places de prison modulaires en 18 mois.
Avec AFP



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