C’est une perspective que plus aucun Niçois n’avait connue. Depuis le nouveau Belvédère de la Bourgada, le regard file à présent jusqu’au Mont Gros, libéré de toute entrave. Réussi pour beaucoup, le pari d’Alexandre Chemetoff, architecte-paysagiste de l’extension de la Promenade du Paillon, a été tenu. Redessiner le cœur de Nice pour réconcilier ses quartiers et sa mémoire…

« Ce projet n’aurait jamais été possible sans la démolition du Théâtre National et du palais Acropolis » confie-t-il. « Ces deux masses barraient la vue, coupaient le nord du sud, l’est de l’ouest. »

En disparaissant, elles ont ouvert un champ visuel et symbolique immense. Désormais, la promenade suit fidèlement le cours du Paillon. « On a tracé dans l’axe, face à face » explique Chemetoff. « C’est une croisée des chemins, un arc qui relie les pôles de la ville. »

Un jardin mi-azuréen, mi-exotique

Les boulevards alentour, les toitures orangées et les façades ont été intégrés au dessin général. « Le parc n’est pas un monde à part. Il se prolonge de façade à façade. Chaque rue qui le traverse se poursuit naturellement dans la verdure. » Une manière, dit-il, de « réunir deux pans longtemps séparés ».

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© Romain Boisaubert / Nice-Presse

Pour Chemetoff, la « saison 2 » du Paillon n’est pas un simple prolongement, mais « un jardin de Nice et de la Côte d’Azur, inspiré des parcs de Cimiez, du Château, ou des jardins d’Antibes et de Vintimille. »

Le belvédère rend hommage à l’architecture du lycée Masséna. Les matériaux (pierre calcaire, briques, bois des pergolas) s’accordent à la lumière méditerranéenne. « Nous avons voulu mêler l’esprit des collines niçoises à des séquences plus exotiques. »

De fait, le promeneur traverse des ambiances contrastées entre oliveraie, bosquets de pins et de chênes verts, jardin de cactus, massifs de bambous, jacarandas et paulownias. « Ce n’est pas un site monotone, mais une succession d’atmosphères. Même sans être botaniste, on perçoit les différences. »

Vivant !

Les pergolas, elles, seront peu à peu gagnées par les grimpants, jusqu’à créer des tunnels d’ombre et de fraîcheur. Le paysagiste insiste sur la dimension écolo du projet. L’eau de pluie, collectée et stockée dans des citernes enterrées, alimente les jardins sans puiser dans le réseau potable. « Nous avons voulu un milieu vivant, autonome. »

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© Romain Boisaubert / Nice-Presse
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© Romain Boisaubert / Nice-Presse

Les jardins d’eau ponctuent le tout. S’y reflète déjà le monstre du Loch Ness pensé par Niki de Saint Phalle. C’est une philosophie du temps qu’Alexandre Chemetoff défend. « Un paysage, c’est une affaire de patience. Même jeune, il doit être un lieu de vie. Les arbres vont pousser, les habitants vont s’y promener, jouer, s’y rencontrer. Le parc n’est pas figé, il va grandir avec les Niçois. »

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Né à Nice et diplômé de l'EDJ Nice, Romain Boisaubert couvre l'actualité des Alpes-Maritimes depuis 2014. Après avoir fondé la rubrique « Nos Quartiers » pour Nice-Presse, il dirige Menton-Presse depuis 2026. Expert de la vie locale, de la politique et du patrimoine azuréen, il est présent quotidiennement sur le terrain, de Menton à la Riviera. Engagé pour un journalisme responsable, il est signataire de la Charte de Déontologie de la rédaction.

1 Commentaire

En tant que touriste régulier à Nice, je peux témoigner du renouvellement de ce quartier.
Votre maire, Christian Estrosi réalise de magnifiques infrastructures et je ne doute pas un instant qu’il y aura prochainement une gentrification de ces lieux.
Par contre, il est urgent d’arrêter les Airbnb qui empêche les jeunes de pouvoir acheter un logement à un prix convenable.