Jadis perçu comme un simple lieu de passage, le secteur de Riquier voit son identité commerciale bousculée par la multiplication des fast-foods et la flambée des loyers. Pour pérenniser leur activité, les figures historiques de l’avenue de la République se diversifient et s’adaptent aux touristes.
« Vous voulez vous habiller, vous soigner, acheter votre pain, puis un casque de moto ? Vous pouvez tout faire ici ». Opticienne, Sophie Joanny dirige l’Union Commerciale de l’Avenue de la République (UCAR) qui comprend également des magasins des rues Barla, Auguste-Gal ainsi que les boulevards Risso et Delfino. « Il y a une trentaine d’adhérents, chacun a son offre spécifique » explique-t-elle.

Un large panel qui lui permet d’avoir les yeux partout. « Depuis six ou sept ans, beaucoup de boutiques ont été remplacées. La restauration rapide a pris une place proéminente ». L’avenue République en témoigne, avec une dizaine de fast-food installés sur quelques mètres ! « On a encore plusieurs enseignes de vêtements et de chaussures…»

« Il y a aussi pas mal de petits prix (comme le low cost C’est deux euros, ndlr). Ça a l’air de rouler, les gens font beaucoup plus attention à leur consommation ».
Vrai « esprit de village »
Pour Sophie, le quartier arrive à se faire une place à côté de Jean-Médecin ou de la zone piétonne qui bénéficient d’une plus grande attractivité.«On attire les hôtels, remarque-t-elle, qui amènent du monde et font vivre les commerces ».


Depuis le Covid, une vraie solidarité s’est créée entre les professionnels. « Au début, ils ne comprennent pas vraiment l’utilité de se rassembler. Parfois, il faut qu’il y ait un problème pour se rendre compte qu’une association, ça sert !»
Loyers intenables
La porte-parole prend aussi du recul sur ce qui va moins bien. « On perd beaucoup de clients, avoue-t-elle. Le pouvoir d’achat baisse, notre chiffre d’affaires avec. Il y a des vols et des agressions aussi. Je demande aux adhérents de m’en faire part dès que ça arrive. Une fois, un gérant s’est fait gifler ».
Le quartier, et notamment l’avenue de la République, ont subi de nombreux travaux. L’un des plus gros chantiers étant l’arrivée du tramway, il y a presque deux décennies. « Pendant trois ans, les travaux bouchaient l’entrée de mon magasin, beaucoup moins accessible. Mais il y a eu un impact très positif par la suite, car ça dynamise le coin ».

Autre préoccupation, « le centre TNL. Certaines boutiques voisines marchent grâce à leur offre très qualitative. Sinon, c’est un no man’s land : tout a été mangé par le centre commercial ». Lui-même pas au mieux de sa forme.

Enfin, l’épineuse question des loyers. « J’ai vu des prix monter jusqu’à cinq mille euros par mois, rue Papon. J’aimerais bien savoir quelle enseigne peut se maintenir avec cette charge ».
« C’est bien de nourrir le tourisme, mais sans les commerces, ça ne marchera pas »
La représentante de l’UCAR appelle à de nouvelles initiatives.«Il faut parler plusieurs langues, développer son site Internet en anglais, détaxer ses produits… On ne peut plus baser notre chiffre d’affaires seulement sur le riverain ». Autre ambition, « communiquer sur les réseaux sociaux, faire de la vente en ligne quand c’est possible ».

Sans oublier la proximité. « Garder ce contact client, créer une jolie boutique. Tout cela laisse un bon souvenir, ce que l’expérience en ligne peut difficilement offrir ».
Et se réinventer. « Je pense que le meilleur pari pour un professionnel est de créer une boutique diversifiée, qui propose différents services afin d’être plus rentable ». À l’image du restaurant Le Comptoir Méditerranéen, qui propose un service de chefs privés, et la librairie Read The Room qui vend des pâtisseries et programme des ateliers linguistiques.
« Mais il faut de l’argent. On a besoin de plus d’aides si on veut tenir sur le long terme. C’est bien de nourrir le tourisme, mais sans les commerces, ça ne marchera pas ».



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