Un commerçant niçois de 58 ans a été condamné ce jeudi à trois ans de prison dont deux avec sursis pour une escroquerie massive aux allocations de demandeurs d’asile. Entre 2022 et 2025, il a détourné cinq millions d’euros à travers ses trois boutiques en prélevant des commissions sur des achats fictifs.
Le manège était réglé comme une horloge et se répétait avec une régularité métronomique. Chaque mois, l’effervescence s’emparait de trois commerces niçois appartenant au même propriétaire, au moment précis où les fonds publics étaient versés.
L’homme de 58 ans qui tenait ces établissements vient de faire face à la justice. Déféré dans le cadre d’une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, il a été condamné pour escroquerie et blanchiment en bande organisée.
La sanction est tombée : trois ans d’emprisonnement, dont deux avec sursis, assortis d’une amende de 200 000 euros. Le tribunal a également ordonné la confiscation de l’ensemble de ses biens, ainsi que le remboursement des sommes dues au Trésor public.
Un système de commissions sur des achats fictifs
Le mécanisme de la fraude était simple mais redoutablement efficace. Le procureur de Nice, Damien Martinelli, a détaillé le mode opératoire utilisé pour siphonner les fonds de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII).
« Chaque début de mois, des individus porteurs de cartes bancaires de l’OFII défilaient dans ses magasins pour y faire des achats fictifs. En réalité, le commerçant encaissait la somme correspondant à l’allocation pour demandeur d’asile (ADA), théoriquement réservée aux achats de biens essentiels, et leur reversait 90 % de son montant, conservant 10 % de commission », a expliqué le magistrat.
Ce système de « cashback » illicite permettait aux bénéficiaires de transformer leur crédit virtuel en argent liquide, en échange d’une part laissée au commerçant niçois. Ces opérations étaient réalisées de manière intensive dès que l’argent arrivait sur les comptes.
Cinq millions d’euros envoyés vers l’étranger
L’ampleur du trafic donne le tournis. Les investigations menées par l’Office de lutte contre le trafic illicite de migrants (OLTIM) et la police judiciaire ont permis de quantifier précisément les flux financiers qui transitaient par ces boutiques.
L’exploitation des comptes bancaires des sociétés a mis en évidence « entre janvier 2022 et août 2025 des mouvements à hauteur de 5 millions d’euros, correspondant à ces opérations par l’intermédiaire de près de 3 900 cartes ADA », a précisé le parquet dans un communiqué officiel.
L’argent ne restait pas sur place. Selon les déclarations du procureur, « des opérations de transfert de fonds à l’étranger notamment en Italie, Albanie, Allemagne, Géorgie et Ukraine étaient ensuite souvent effectuées depuis ses établissements ».
L’enquête déclenchée par un simple contrôle
Tout a basculé en janvier 2025 lors d’un contrôle de routine. Les policiers interpellent alors un homme porteur d’une dizaine de cartes bancaires de l’OFII, un volume suspect qui attire immédiatement l’attention des enquêteurs.
Cet individu, déjà condamné depuis à trois ans de prison avec sursis, a rapidement avoué son rôle. Il avait alors expliqué « réaliser des opérations de « cashback » dans des commerces permettant de retirer en liquide le solde associé à chaque carte ».
C’est ce témoignage qui a mis les autorités sur la piste des trois commerces niçois. Interpellé et placé en garde à vue le 5 mai dernier, le gérant a entièrement reconnu les faits. Lors des perquisitions, les policiers ont saisi deux véhicules et des fonds sur ses comptes et à son domicile pour un montant dépassant 100 000 euros.
Ce qui est important
- L’escroquerie porte sur un montant exceptionnel de 5 millions d’euros détournés via 3 900 cartes d’allocations entre 2022 et 2025.
- Le réseau ne se limitait pas à la Côte d’Azur puisque les fonds étaient régulièrement transférés vers cinq pays étrangers.
- La justice a frappé fort avec de la prison ferme, une amende de 200 000 euros et la saisie intégrale du patrimoine du commerçant niçois.
Nice-Presse avec agence



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