Le Village Charlot réinvente la vie de quartier à Beausoleil en réunissant médiathèque, cantine participative et salles de création sous le même toit. Une métamorphose radicale imaginée pour offrir une bouffée d’oxygène bienvenue aux résidents de cette commune particulièrement dense.
Dans les couloirs du Village Charlot, les langues et les générations défilent. De l’ukrainien, du portugais, de l’italien, des enfants émerveillés, des ados qui plaisantent. À Beausoleil, ce nouvel équipement est avant tout pensé comme un point de rencontres. « L’objectif premier, c’est le lien social » explique à Menton-Presse Céline Tavares, la directrice du bâtiment inauguré le 29 novembre dernier.

« On est dans une commune de 13.800 habitants, cosmopolite, avec 70 nationalités différentes. L’idée, c’était de créer ‘la pièce en plus’ pour ceux qui vivent souvent dans des logements très petits, sans espace pour les enfants, les parents, le travail ou le repos. »
Le projet remonte à 2008, lorsque la mairie décide de préempter le Domaine Charlot. Deux ans avant l’ouverture, les riverains et les enfants des écoles ont été associés à la réflexion.

« On a vraiment questionné la raison d’être du site. Les enfants de CM1-CM2 des cinq écoles nous ont parlé de leurs envies de lecture, de jeux, d’activités. Quand ils sont revenus en sixième, ils ont vu qu’on avait respecté leurs demandes. »
Les jeunes ont déjà pris possession des lieux
La visite confirme cette appropriation rapide. Dans les bulles de silence, les collégiens travaillent ou discutent à voix basse.

À l’étage, le coin jeunesse et la ludothèque proposent près de 1.000 jeux, à consulter ou emprunter. Le mercredi et le samedi, les familles avec enfants de 0 à 6 ans investissent aussi les zones de lecture et les ateliers créatifs.

« Les collégiens, qui viennent parfois même depuis Menton, ont été la première tranche de population à s’approprier le lieu » constate Céline Tavares. « Les familles viennent aussi beaucoup, notamment autour de la ludothèque et du pôle créatif. »
Le Village Charlot accueille également une résidence d’artistes, la Villa Émilie, avec cinq hébergements, des ateliers et des salles d’exposition. L’architecte Marc Barani a travaillé sur la transparence, les matériaux naturels et les liens entre intérieur et extérieur. « On voit toujours le ciel, les jardins, la pierre, l’ocre. »

Numérique, entraide et repas partagés
Au-delà de la culture, la « maison commune » porte une mission sociale. L’espace public numérique accompagne les habitants dans leurs démarches en ligne. Carte Vitale désactivée, CV à refaire, droits à ouvrir… « Tout leur montrer pour qu’ils deviennent autonomes. »

Le « FabLab » complète cette dimension avec un espace gaming, une machine à podcast, une imprimante 3D à venir et la Micro-Folie, qui donne accès à des milliers d’œuvres de musées français.
Cette logique de convivialité se prolonge jusque dans l’assiette. Aux Petites Cantines, les plats changent chaque jour selon les saisons, les approvisionnements et les dons. Le vendredi, le menu devient même surprise, construit avec les arrivages de la semaine.

Les bénévoles arrivent dès 9h30 pour cuisiner le repas servi à midi, puis chacun s’installe autour des grandes tables. « On cuisine tous ensemble, on se connaît, on crée du lien et on partage un bon moment » résume Julien Sens-Olive. « Des gens qui habitent dans le même quartier, mais ne se connaissaient pas, découvrent leurs prénoms, partagent un moment de vie, puis se recroisent et se disent bonjour. »





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