Les plus hauts magistrats de Corse et les associations de protection des femmes ont noué mercredi à Bastia un dialogue inédit de trois heures, marqué par l’affaire de la jeune Lyhanna. Cet échange a débouché sur l’instauration de rencontres semestrielles régulières afin d’améliorer concrètement la prise en charge des victimes mineures.
Autour de la grande table de réunion, les robes noires de la haute magistrature corse ont fait face aux représentantes du tissu associatif local. Mercredi matin, les portes de la cour d’appel de Bastia se sont ouvertes pour abriter trois longues heures d’échanges intenses, profondément marqués par le souvenir de la mort de la jeune Lyhanna.
Ce sommet judiciaire a réuni la première présidente de la cour d’appel Hélène Davo, le procureur général Jean-Jacques Fagni, le président du tribunal Régis France ainsi que le procureur Jean-Philippe Navarre. De multiples autres magistrats siégeaient également face aux militantes des collectifs « Donne di Corsica », « Femmes solidaires » et « A scopa ».
Les deux parties ont tenu à publier un communiqué commun pour souligner cette démarche inédite sur le territoire. Les signataires ont conjointement écrit que « La recherche légitime de responsabilités individuelles ne peut dispenser d’une réflexion collective sur la prise en charge des dossiers de mineurs victimes ».
La présidente de l’organisation « Femmes solidaires », Rosy Sarrola, a salué auprès de l’AFP un véritable « rapport de confiance » nouvellement établi entre les citoyennes et l’institution. Le dialogue a permis d’acter formellement le principe d’une rencontre tous les six mois.
L’objectif de cette périodicité est défini par la responsable associative. « Nous allons rencontrer le procureur tous les six mois pour voir ce qui marche bien, ce qui ne marche pas et ensemble voir comment on peut y remédier », a-t-elle déclaré avec satisfaction.
Des explications sur les procédures arrêtées
Les discussions ont longuement porté sur une faille douloureuse du parcours légal des plaignantes. Le sort des dossiers refermés sans poursuite pénale représente une épreuve psychologique majeure, désormais prise en haute considération par les juges.
« On a parlé aussi du classement sans suite des plaintes, qui est terrible pour les femmes ou les jeunes filles, et désormais, on pourra être informé, sur demande, du pourquoi du classement sans suite », a tenu à préciser Madame Sarrola.
Les représentants du parquet ont alors détaillé le dispositif actuel pour répondre à cette détresse. Un « courrier explicatif » accompagne dorénavant ces décisions de classement, une démarche directement notifiée par une association, un délégué du procureur ou un magistrat.
Jean-Philippe Navarre a fermement rappelé le droit de recours fondamental des victimes. Le procureur a souligné que « quand les victimes sont mécontentes d’un tel classement, elles ont toujours la possibilité de saisir le procureur général ».
Des rendez-vous décisifs en Corse-du-Sud
L’ampleur du problème reste prégnante sur l’ensemble du territoire insulaire. Sur le seul ressort de Bastia, la justice recense actuellement « 140 procédures avec des victimes mineures d’agressions sexuelles ».
Pour intensifier cette dynamique protectrice, les services de l’État, les collectivités publiques et les partenaires associatifs organiseront une nouvelle session de travail. Cette grande réunion, prévue d’ici la fin du mois de septembre, sera spécifiquement « dédiée à l’accompagnement des victimes et au traitement des violences sexuelles et sexistes ».
Les magistrats ont profité de l’audience de mercredi pour aborder des cas problématiques préalablement signalés par les associations. Ce format de concertation pragmatique se déploie également au-delà de la Haute-Corse.
Une rencontre similaire s’organise dès vendredi du côté d’Ajaccio pour couvrir la Corse-du-Sud, une zone géographique où une centaine de procédures judiciaires sont en cours de traitement.
Les mémoires locales et nationales restent meurtries par le féminicide de Julie Douib survenu en 2019. Ses multiples plaintes déposées en vain contre le père de ses deux fils avaient précédé son meurtre, provoquant un vaste électrochoc et aboutissant à l’organisation d’un « Grenelle » sur les violences faites aux femmes.
Nice-Presse avec dépêche





Commentez l'actualité
Vous ne pouvez plus réagir 20 jours après la publication de l'article. Les contenus insultants ou diffamatoires ne seront pas autorisés, idem pour la publicité et les liens web. En cas de problème ou de contenu illicite, contactez-nous.