Un sac à main inspiré d’un portrait célèbre ou une robe bleue qui traverse les époques pour passer de la toile au podium s’exposent actuellement à Nice. Jusqu’au 28 septembre, le musée Matisse dévoile 160 œuvres croisées révélant le lien inattendu entre le couturier Yves Saint-Laurent et le peintre Henri Matisse. L’événement rassemble peintures, vêtements, bijoux et croquis pour une plongée inédite dans l’histoire de l’art et du textile. Un rendez-vous gratuit pour les habitants de la métropole niçoise…
Une touche de couleur s’échappe de son cadre classique pour venir draper la silhouette d’un mannequin en plein mouvement. La peinture ne se contente plus de rester sagement fixée au mur, elle devient matière vivante et s’enfile comme un habit luxueux.
Le musée Matisse de Nice propose une exposition audacieuse jusqu’au 28 septembre. Les vitrines et les murs rassemblent 160 pièces très variées, allant des tableaux aux robes de grands soirs, en passant par des bijoux et de nombreux croquis préparatoires.
Le parcours tisse des ponts évidents entre Henri Matisse et Yves Saint-Laurent, deux génies créatifs qui ne se sont pourtant jamais croisés. Les deux hommes partageaient des manières similaires d’aborder la couleur, la lumière ainsi que les différentes matières.
Le nom même de l’événement, « Le beau, la mode et le bonheur », adresse un clin d’œil direct au poète Charles Baudelaire. Les deux artistes nourrissaient une lecture commune des œuvres de cet auteur classique.

Un dialogue inédit entre la toile et le textile
L’événement azuréen s’appuie sur de longs travaux de recherches consacrés à l’impact de la mode sur le peintre. Le parcours s’attarde minutieusement sur les multiples citations, qu’elles soient diffuses ou assumées, laissées par le couturier dans ses propres collections entre 1936 et 2008.
Aymeric Jeudy, directeur de l’institution culturelle, résume l’ambition centrale du projet. Le but est d’explorer « le regard de Saint-Laurent sur l’œuvre de Matisse et la façon dont la mode et les textiles ont pu avoir une importance considérable dans l’œuvre de Matisse ».
L’attrait du maître de la peinture pour le tissu se vérifie par des parcours artistiques tangibles. Il a notamment mis son coup de crayon au service de la scène en dessinant lui-même d’authentiques costumes de ballet.
Des fantômes esthétiques dans les penderies
L’obsession du célèbre couturier pour le peintre ne tient pas du hasard. Yves Saint-Laurent et son compagnon Pierre Bergé possédaient personnellement de nombreuses œuvres originales, tout en accumulant des dizaines d’ouvrages consacrés au maître niçois.
La co-commissaire de l’exposition, Serena Bucalo-Mussely, éclaire cette passion fondatrice : « Matisse, pour Yves Saint-Laurent, c’est le peintre par excellence. C’est ce qu’il appelle un de ses fantômes esthétiques, ces personnalités qui l’accompagneront pendant toute sa carrière et qui l’inspireront durant toute sa création ».
Les influences se glissent parfois subtilement dans les coupes de vêtements. Les motifs si particuliers des gouaches découpées s’invitent par exemple de façon diffuse sur plusieurs robes signées Saint-Laurent.
Quel bonheur d’inaugurer ce soir au Musée Matisse l’exposition « Henri Matisse – Yves Saint Laurent. Le beau, la mode et le bonheur » : 160 œuvres qui font dialoguer la peinture et la haute couture, jusqu’au 28 septembre.
— Eric Ciotti (@eciotti) June 17, 2026
Un immense merci à Aymeric Jeudy, commissaire et… pic.twitter.com/fqqAmdrKVD
De la robe historique à la cape à fleurs
Certaines pièces frappent par leur troublante ressemblance. Le bouquet immortalisé sur le tableau « Robe violette et anémones » en 1937 donne l’illusion d’être littéralement projeté sur le dos d’une majestueuse cape dessinée en 1988.
D’autres hommages s’affichent de façon si directe qu’ils ont nécessité un accord légal avec les ayants-droit. Le public peut ainsi admirer un sac à main de 1983 reprenant fidèlement les lignes du « Portrait au visage rose et bleu » peint en 1936.
L’anecdote de la mythique robe bleue illustre cette passerelle temporelle. Après s’être vu offrir une étoffe d’un bleu devenu depuis sa marque de fabrique, le peintre a fait tailler une robe à jabot blanc, figée sur le tableau « Robe bleue reflétée dans la glace ».
Des décennies plus tard, cette même création est ressuscitée en 1981 par les ateliers du couturier. Elle revient sur le devant de la scène sous la forme d’une somptueuse robe du soir, simplement enrichie de quelques accessoires supplémentaires.
La démarche artisanale constitue le point de rencontre ultime entre ces deux créateurs. Le directeur des lieux s’attarde sur cette proximité technique : « Quand Matisse s’attelle aux gouaches découpées, il insiste sur le fait qu’il taille dans la matière. Il s’agit d’aller chercher la couleur, d’aller la modeler et d’aller en faire une architecture ».
Aymeric Jeudy achève sa démonstration en soulignant la finalité de cette méthode : « Une architecture pour la peinture chez Matisse, une architecture du vêtement, en mouvement pour Saint-Laurent ».
En savoir +
- Le site web du Musée Matisse
- Musée Matisse, 164 avenue des Arènes de Cimiez, 06000 Nice
- Du 17 juin 2026 au 28 septembre 2026
- Gratuit pour les résidents de la Métropole niçoise, sur présentation du Pass musées





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