Ancien plus grand casino de la Côte d’Azur, hôtel de ville né du jeu, palace oriental devenu immeuble bourgeois… Derrière leurs façades familières, trois édifices emblématiques de Menton cachent un passé insoupçonné. Avec David Rousseau, chef de projet « Ville d’art et d’histoire », plongez dans les coulisses de notre patrimoine.
1. Le Palais de l’Europe
On y entrait pour une exposition, un spectacle ou un rendez-vous à l’office de tourisme. Mais en 1909, le Palais de l’Europe n’était rien d’autre que le plus grand casino de toute la Côte d’Azur.

À l’époque, on l’appellait le Kursaal. « C’est Hans-Georg Tersling, un architecte danois installé à Menton, qui l’a conçu. Il a aussi travaillé à Monaco, avec Garnier. Il est fondamental dans le paysage Belle Époque mentonnais » rappelle David Rousseau à Menton-Presse.
Trente mille mètres carrés répartis sur trois niveaux. Une démesure assumée. Mais contrairement à l’image que l’on se fait d’un casino, on ne s’y rendait pas seulement pour jouer. La roulette est arrivée tardivement, dans les années 1910. Avant cela, le lieu est surtout un immense centre de loisirs.
Roller-skating avec orchestre live, théâtre toujours visible, passages des Folies Bergère, salons d’écriture, fumoirs pour gentlemen, presse britannique livrée dès le lendemain de Londres… Tout était pensé pour une clientèle hivernante fortunée, majoritairement anglaise et russe.
« On venait passer l’hiver à Menton. Il fallait rester pâle. Être bronzé signifiait que l’on travaillait dehors. Puis les Américains arrivent, changent les codes, imposent le culte du soleil. Le tourisme bascule. »
Avec la Première Guerre mondiale, cette clientèle disparaît. Menton glisse vers un tourisme estival. Le grand casino de bord de mer est construit dans les années 1930. Le Kursaal perd sa fonction, devient successivement centre associatif, commerces, avant d’être racheté grâce aux réparations de guerre.
De nos jours, le Palais de l’Europe concentre théâtre, bibliothèque, galerie d’art contemporain et accueille de grandes manifestations locales.
2. L’Hôtel de Ville
Vous l’ignorez peut-être, mais l’actuel hôtel de ville est lui aussi un ancien casino. Construit dans les années 1850 sous le nom de Cercle des étrangers, il accueillait jeux et spectacles avant d’être racheté par la municipalité en 1900.

« Ce qui est assez savoureux, c’est que l’actuelle salle du conseil municipal correspond à l’ancien théâtre du casino. Les Folies Bergère s’y sont produites » confie David Rousseau.
La façade, d’inspiration piémontaise, tranche avec le classicisme français. À l’intérieur, peu d’éléments subsistent de la période festive, hormis cette salle emblématique.
Un bâtiment majestueux, mais trop étroit. Tous les services municipaux n’y tiennent plus, contraignant la Ville à disperser ses équipes ailleurs.
3. L’Orient Palace
Impossible de le manquer. Avec ses arcs, ses motifs exotiques et son allure de décor de cinéma, l’Orient Palace est sans doute le palace le plus photographié de Menton.

À l’origine, pourtant, il n’avait rien d’oriental. Construit en 1874, le Grand Hôtel arbore d’abord une simple façade Belle Époque. Ce n’est qu’entre 1920 et 1930 qu’on lui ajoute « ces éléments d’inspiration moghole, pour coller à son nom et séduire une clientèle fortunée en quête d’exotisme. »
« Chaque palace avait ses boutiques en façade, souvent liées à la clientèle britannique. Pharmacies anglaises, commerces spécialisés… Et derrière, un immense jardin en plein centre-ville. » Les résidents restaient parfois plusieurs mois, certains redécoraient même leurs chambres pour ne pas être dépaysés.
Comme beaucoup de palaces mentonnais, l’Orient a été transformé en copropriété dans les années 1950, lorsque ces hôtels géants ne correspondaient plus aux usages.
Près de 70 % des appartements sont actuellement occupés à l’année. « Le prix au mètre carré n’est pas forcément plus élevé, mais les charges, elles, sont énormes. Entretenir un ancien palace, ça a un coût…»










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