A la demande du prince Albert II, le gouvernement monégasque a stoppé la démarche engagée par le conseil national en vue de légaliser l’avortement dans la principauté, où le catholicisme demeure religion d’Etat.
Peu avant la fête nationale, lors d’un entretien accordé au quotidien Monaco-Matin, Albert II avait déjà fixé le cap en déclarant : « Le cadre actuel respecte ce que nous sommes au regard de la place qu’occupe la religion catholique dans notre pays ».
Mardi soir, en séance publique, le chef du gouvernement Christophe Mirmand a donc confirmé que l’exécutif refusait de transformer en projet de loi la proposition adoptée en mai par le conseil national, approuvée alors par 19 voix contre deux.
Avortement à Monaco : un blocage revendiqué au nom de l’identité catholique
Christophe Mirmand, ancien préfet français, a insisté sur le fait que « La religion catholique et ses princes sont le socle de notre identité », ajoutant que, dans une période de « bouleversement continu », elle offrait à la collectivité et à chacun de ses membres une profondeur qu’il juge nécessaire de préserver.
Le ministre d’Etat a rappelé que le cadre actuel avait déjà évolué : depuis 2009, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) est autorisée en cas de risque pour la mère ou pour l’enfant, ou lorsque la grossesse résulte d’un viol. Depuis 2019, la dépénalisation de l’IVG met également à l’abri de poursuites les femmes qui se rendent en France pour avorter.
En revanche, faute de prise en charge par les régimes d’assurance maladie, les IVG ne sont pas remboursées. Sont concernées les Monégasques, les résidentes de la principauté mais aussi de nombreuses femmes qui y travaillent, ou qui dépendent de la couverture sociale d’un mari ou d’un père employé à Monaco, sans être systématiquement affiliées à la sécurité sociale française.
Pour Béatrice Fresko-Rolfo, présidente de la commission Famille et Egalité au conseil national, l’enjeu n’était pas d’imposer une orientation.
« Il ne s’agissait pas d’imposer une vision, encore moins d’encourager quoi que ce soit. Il s’agissait simplement de les prendre en charge à Monaco. Mais au lieu de cela, vous (…) continuez d’envoyer nos problèmes en France », a-t-elle dénoncé.
Le président du conseil national, Thomas Brezzo, a réaffirmé l’attachement des élus à l’identité catholique de la principauté, tout en soulignant que cette référence ne pouvait pas, selon lui, « devenir un argument d’immobilisme ». Il a rappelé qu’elle n’avait pas empêché Monaco, par le passé, d’autoriser les jeux d’argent, la prostitution, l’accès à la contraception ou encore le travail dominical…
- Ce qu’il faut retenir : Le gouvernement monégasque, soutenu par le prince Albert II, a choisi de ne pas donner suite à la proposition de légalisation plus large de l’avortement portée par le conseil national. Le cadre actuel, justifié par la place de la religion catholique, laisse les femmes se rendre en France sans poursuites mais sans remboursement. Une partie des élus dénonce un blocage politique et social au nom de l’identité de la principauté.
Avec AFP





Commentez l'actualité
Vous ne pouvez plus réagir 20 jours après la publication de l'article. Les contenus insultants ou diffamatoires ne seront pas autorisés, idem pour la publicité et les liens web. En cas de problème ou de contenu illicite, contactez-nous.