Mis en examen et placé en détention provisoire, l’élève de 3e qui a poignardé sa professeure dans un collège de Sanary-sur-Mer a reconnu les faits et expliqué avoir voulu « se venger » après plusieurs incidents disciplinaires. Alors que l’état de santé de l’enseignante reste préoccupant, l’enquête met en lumière un parcours personnel fragile, un passage à l’acte prémédité et un choc profond au sein de la communauté éducative.
Dans les couloirs habituellement calmes du collège La Guicharde, le silence a remplacé l’agitation ordinaire des jours de classe. Quelques heures après l’attaque, les élèves ont repris le chemin de l’établissement, sous surveillance renforcée et dans un climat encore chargé d’émotion. Pour beaucoup, la violence de l’événement reste difficile à comprendre.
Passage à l’acte reconnu
Interpellé après les faits, l’adolescent de 14 ans a immédiatement reconnu son geste. Selon le procureur de Toulon, il a admis être l’auteur des quatre blessures infligées à son enseignante avec un couteau Opinel doté d’une lame de 12 cm. Trois coups ont été portés à l’abdomen et un à l’avant-bras gauche, lors d’une pause en classe.
Lors de son audition, le jeune collégien a expliqué avoir agi par vengeance. Il estimait que sa professeure d’arts plastiques avait été injuste en signalant plusieurs incidents disciplinaires. Le magistrat a rapporté qu’il avait agi avec « trop de haine », affirmant avoir pris le couteau le matin même dans sa cuisine avec l’intention de « la planter ».
Les investigations ont également révélé qu’il avait consulté sur Internet les risques judiciaires encourus par un mineur en cas d’homicide sur un enseignant, quelques jours avant les faits. Un élément qui renforce la thèse d’un acte réfléchi.
Un climat scolaire marqué par des tensions récentes
Le logiciel de vie scolaire Pronote fait état de dix incidents concernant l’élève depuis la rentrée de septembre. La moitié d’entre eux provenaient de cette même enseignante, allant de l’oubli de matériel à des propos jugés irrespectueux envers plusieurs professeurs.
Ces signalements successifs auraient nourri un sentiment d’injustice chez l’adolescent. Après l’agression, il a toutefois déclaré que sa colère initiale s’était transformée en « une grosse haine » contre lui-même, traduisant un profond mal-être.
Au sein du collège, réputé pour son bon climat scolaire, l’émotion reste vive. La reprise des cours s’est faite de manière échelonnée, avec des emplois du temps aménagés. Des temps d’échange ont été organisés en classe, en présence de plusieurs enseignants, afin de permettre aux élèves d’exprimer leurs ressentis.
La communauté éducative sous le choc à Sanary-sur-Mer
Dès le lendemain de l’attaque, une cellule psychologique a été mise en place pour les élèves et l’ensemble du personnel éducatif. Elle restera ouverte aussi longtemps que nécessaire, selon l’Académie de Nice.
L’enseignante, en poste depuis 28 ans au collège La Guicharde, demeure dans un état préoccupant. Les médecins restent « réservés sur son pronostic vital », a indiqué le procureur lors d’un point presse.
Dans la ville, parents, élèves et enseignants tentent de faire face à un traumatisme collectif. Beaucoup décrivent un sentiment d’incompréhension face à un acte survenu dans un établissement jusque-là perçu comme paisible.
Fragilité et isolement
L’enquête dresse le portrait d’un jeune adepte de jeux vidéo, qu’il dit pratiquer une à deux heures par jour. Dans sa chambre, plusieurs armes blanches ont été retrouvées, qu’il jugeait « stylées ». Il ne pratiquait aucune religion et évoluait dans un contexte familial compliqué.
Des mesures d’assistance éducative avaient déjà été ordonnées par un juge des enfants, après des signalements concernant des violences qui auraient visé sa petite sœur. Une thérapie familiale avait été prescrite.
Ses parents, décrits comme effondrés, ont confié ne pas comprendre son geste. Le procureur a indiqué qu’ils le considéraient comme habituellement « calme et gentil ».
Son avocate, Margaux Albertini-Loiseau, a précisé : « Ce qui est important pour mon client, c’est le sort de la victime, il espère qu’elle survive et qu’elle s’en sorte ».
Hausse de 15%
Cette agression relance le débat sur la sécurité dans les établissements scolaires. En février 2025, le gouvernement avait signalé une hausse de 15% des signalements d’armes blanches. Entre mars et décembre, 12.000 contrôles avaient permis de découvrir 525 armes, selon le ministère de l’Education.
Parmi les pistes évoquées figure également l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, adoptée fin janvier à l’Assemblée, ainsi que le renforcement des dispositifs de prise en charge en santé mentale.
Pour le jeune mis en cause, âgé de moins de 16 ans, la peine maximale encourue est de 20 ans de prison, et non la réclusion à perpétuité. Une procédure judiciaire longue s’ouvre désormais, dans un contexte de forte attente de la part des familles et du monde éducatif.
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP









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