Christian Estrosi se défend. Concerné par une enquête sur, dit le parquet, des « soupçons de corruption et de favoritisme » au sujet de sculptures de l’artiste Richard Orlinski, le maire de Nice affirme qu’il « n’a jamais reçu de contrepartie » pour les décisions qu’il prend. Tout en déposant plainte lui-même contre un élu de l’opposition.
L’opposition soupçonne un lien entre une expo et des cadeaux
Courant 2023, la municipalité dévoilait un parcours artistique provisoire le long des rues, places et autres sites d’intérêt niçois : c’est alors le bestiaire de l’artiste Richard Orlinski qui ornait notamment Rauba Capeu et la Promenade du Paillon, avec force dinosaure, gorille, lion… Les stations de ski métropolitaines aussi avaient droit à leurs grosses bêtes.
L’année suivante, Mediapart indiquait dans un article que plusieurs maires de grandes villes, à Paris comme à Nice, auraient reçu des cadeaux du créateur. Immédiatement après, un élu écologiste de l’opposition, Jean-Christophe Picard, avait signalé ces éléments au procureur.
En clair, il cherche à savoir si l’entrepreneur aurait pu être favorisé par la municipalité grâce à ces présents :
« S’il y avait une contrepartie, qui sont des marchés, des commandes de la Métropole ou de la Ville, c’est très grave, ça s’appellerait un pacte de corruption »
La Ville avait indiqué que Richard Orlinski n’a pas perçu de droits pour la présence des oeuvres dans l’espace public — leur seule installation représentant une valorisation importante pour l’intéressé — seuls auraient été fracturés le transport des géants et la confection de leurs socles.
Le PNF ouvre une enquête
C’est le Parquet national financier (PNF) qui est en charge, et qui a décidé d’ouvrir une enquête pour d’éventuels faits de « corruption et de favoritisme » en septembre dernier. Mardi, plusieurs sites étaient perquisitionnés à Paris et à Nice, dont les domiciles de Richard Orlinski et de Christian Estrosi, ainsi que l’Hôtel de Ville.
Pas camouflé pour un sou, un gorille orlinskien était présenté sur l’une des étagères du bureau du maire depuis des mois. Cette semaine, les policiers sont repartis avec.
Des « cadeaux » pour qui et pour quoi ?
Le président de la Métropole s’exprimait pour la première fois après les perquisitions ce jeudi 20 mars, à l’antenne de BFM Nice Côte d’Azur : « j’ai fait l’objet d’une audition libre très brève. Tous les éléments ont été apportés à la justice pour démontrer que je n’avais jamais rien reçu (à titre privé, précise son équipe, NDLR). Je n’ai jamais obtenu de ma vie une contrepartie à quoi que ce soit.»
Aux accusations de l’opposition, Christian Estrosi répond vivement :
«(Jean-Christophe Picard) ment et fait l’objet d’une plainte pour dénonciation calomnieuse. Il aura des comptes à rendre »
En mai 2024, il avait déjà souligné que « comme tous les nombreux cadeaux (officiels, NDLR) qui me sont faits, ils resteront ici ou partiront aux archives après la fin de mes mandats ».
Un point sur lequel Jean-Christophe Picard tique, puisqu’au déontologue de la mairie, Christian Estrosi avait déclaré par écrit, fin mars 2024, n’avoir « jamais reçu de cadeau de la part de Richard Orlinski dans le cadre de (ses) fonctions au sein de la Métropole et de la Ville ».
Contactée à ce sujet, la collectivité précise que : « ces petits objets de 18 et 35cm de haut, des copies en résine et sans aucune valeur marchande - elles ne sont pas signées et ne disposent d’aucun certificat - ont été données par Richard Orlinski au stock du protocole de la mairie, pas à Christian Estrosi ». En sous-texte : puisqu’elles ne quitteront pas les services municipaux, même s’il le voulait, l’édile ne pourrait pas les vendre ou les emporter chez lui, donc en percevoir un bénéfice quelconque.



Il ne faut jamais oublier le proverbe « il n’y a pas de fumée sans feu ».